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Salima

Samuel Salima

Le train

L’Intercités filait vers le nord dans la lumière rase de fin de journée, et Samuel regardait défiler les champs sans les voir. Trois jours de formation à Paris, un séminaire de communication territoriale dont il connaissait déjà le contenu par cœur. Quarante-quatre ans, la nuque appuyée contre le dossier, le téléphone au creux de la main. Il l’avait sorti sans y penser, comme on allume une cigarette.

Tinder. Le pouce qui balaie. À droite, à gauche, surtout à gauche. Il faisait ça en déplacement avec une régularité d’habitude prise — chez lui la vie conjugale dormait, ici le terrain s’ouvrait. Il ne se racontait pas d’histoire là-dessus. C’était une mécanique propre, sans culpabilité, qui s’enclenchait dès que le train sortait de Brive.

À deux cents kilomètres de là, dans un appartement du dixième, Salima était allongée en travers de son canapé, un pied contre le mur, l’autre par terre. Dimanche soir. La pire heure de la semaine, celle où l’appartement est trop silencieux et le corps trop présent. Quarante-quatre ans, célibataire, et un ennui très précis sous le sternum — pas de la tristesse, une faim. Elle aussi avait le téléphone à la main. Elle aussi balayait, mais elle, c’était sans illusion : la plupart des profils l’ennuyaient avant même la deuxième photo.

Elle s’arrêta sur le sien. Pas un gamin. Un type carré, barbe poivre et sel, qui souriait à moitié sur une photo de rando comme s’il n’avait rien à prouver. Elle relut la bio : de passage à Paris cette semaine. De passage. C’était presque mieux. Elle glissa le pouce à droite.

Au même instant, dans le train, l’écran de Samuel vibra. C’est un match. Le visage de Salima : brune, des yeux noirs, un décolleté qu’elle n’avait pas cherché à cacher. Il sentit le petit déclic familier, ce léger resserrement qui n’était pas encore du désir mais l’annonçait.

Le train ralentissait déjà, les premiers entrepôts de la banlieue, l’annonce de Paris-Austerlitz. Il tapa, le pouce posé.

Tu tombes bien. J’arrive ce soir.

La réponse vint avant même qu’il ait rangé son sac.

Je sais. Tu es sur mon canapé depuis dix minutes.

Il sourit pour de bon, cette fois.


L’hôtel était un trois-étoiles sans charme près de la gare de l’Est, une chambre étroite où le radiateur cognait. Samuel avait posé son sac, retiré ses chaussures, et le téléphone n’avait pas arrêté de vibrer. Ils s’étaient écrit pendant tout le trajet en métro, des banalités tenues d’une main, le genre d’échange qui peut s’éteindre aussi vite qu’il s’allume. Puis quelque chose avait basculé. Il ne savait plus qui avait poussé le premier.

Tu fais quoi à Paris, au juste ? Trois jours à écouter des gens parler de territoire et d’attractivité. Autant te dire que je cherche une bonne raison de penser à autre chose. Et je suis une bonne raison ? Ça dépend de toi.

Chez elle, Salima avait reposé son verre de vin sur le parquet. Elle connaissait ce moment, ce point précis où la conversation choisit. Elle détestait perdre du temps. Les hommes qui tournaient autour du pot pendant trois jours pour finir par envoyer une photo de leur sexe à minuit, elle en avait soupé. Elle décida de trancher.

Je te préviens, je suis pas là pour discuter pendant des semaines. Je sais ce que je veux. Dis-le.

Deux mots. Pas une question — un ordre, posé tranquillement. Elle le relut deux fois. C’était exactement ce qu’elle attendait sans se l’avouer : qu’on lui dise de parler, au lieu de la laisser tout porter. Elle sentit la chaleur descendre, basse et nette.

Je veux un mec qui décide. J’aime provoquer mais j’aime pas mener. Je cherche quelqu’un qui me remette à ma place. Et c’est quoi, ta place ? En dessous.

Samuel s’était allongé sur le couvre-lit, une main derrière la tête. Il lisait sans répondre tout de suite, laissant le silence travailler pour lui. Il connaissait ce type de femme — celle qui parle fort pour qu’on lui prouve qu’on parle plus fort qu’elle. Il pensa : elle déballe parce qu’elle a besoin qu’on l’arrête. Il décida de ne pas l’arrêter tout de suite. De la laisser se découvrir d’abord.

Continue. Dis-moi tout ce que tu aimes. Ne saute rien.

Elle obéit, et ce simple fait — obéir à un inconnu derrière un écran — l’humecta franchement.

J’aime quand c’est sale. Pas le sexe propre et gentil. J’aime être salie, qu’on me prenne par tous les trous, qu’on me laisse pas le choix. J’aime sucer. J’aime la sodo. Elle hésita une seconde, puis l’écrivit quand même. Et y a un truc que j’ai jamais réussi à faire. J’ai jamais squirté. J’en crève d’envie. Personne a jamais su me le faire.

Il regarda ces mots un long moment, le pouce immobile.

Ça, on verra demain si tu le mérites.

Elle laissa échapper un petit rire, seule dans son salon, le souffle déjà court. Personne ne lui avait jamais répondu si tu le mérites. Elle reposa la tête contre l’accoudoir, glissa une main entre ses cuisses par-dessus le jean, et constata qu’elle était déjà trempée.


Montre-moi.

Elle ne se fit pas prier. Elle cala le téléphone contre le pied de la table basse, fit glisser le jean le long de ses jambes, et écarta les cuisses devant la caméra. La photo partit avant qu’elle ait réfléchi : sa chatte brune, fournie, le poil sombre luisant déjà d’humidité, les lèvres gonflées entrouvertes. Elle n’avait jamais eu honte de ça. Au contraire — elle aimait qu’on la voie comme ça, offerte.

Dans sa chambre d’hôtel, Samuel reçut l’image et sentit son sang descendre d’un coup. Il avait une faiblesse précise pour ça, les chattes naturelles, généreuses, charnues — et celle-là débordait. Il défit sa ceinture sans quitter l’écran des yeux.

Tu es trempée. Je te l’ai dit. C’est toi qui as fait ça. Touche-toi. Mais tu fais exactement ce que je dis. Pas plus.

Elle posa deux doigts à plat, sans bouger, attendant la suite. Le simple fait d’attendre l’ordre la faisait fondre davantage que le geste lui-même. C’était ça qu’elle cherchait depuis des mois, sans le trouver : quelqu’un qui prenne la barre.

Caresse-toi lentement. Pas le clito. Juste autour. Tu n’y touches pas tant que je l’ai pas dit.

Elle obéit, et un petit gémissement frustré lui échappa, seule dans son salon. Ses doigts tournaient à la lisière, le ventre déjà contracté, et elle se rendit compte qu’elle suppliait à voix haute une chambre vide. Le téléphone vibrait à chaque consigne. Elle mouillait tellement qu’elle entendait le bruit de ses doigts, ce clapotis humide qui montait dans le silence.

De son côté, Samuel s’était empoigné, lent, le pouce passant sur le gland. Il lui écrivait d’une main, par à-coups, en regardant les photos qu’elle envoyait entre deux consignes — son cul rond renversé vers l’objectif, ses doigts qui s’écartaient pour montrer combien ça brillait.

Maintenant le clito. Doucement. Tu jouis quand je te le dis, pas avant.

Elle accéléra malgré elle, désobéit d’une seconde, puis se reprit. Elle était au bord, retenue par un fil, et ce fil c’était lui, à deux cents kilomètres, qui le tenait. Elle pensa qu’elle aurait fait n’importe quoi pour avoir le droit de jouir.

S’il te plaît. Laisse-moi. Vas-y. Maintenant.

Elle partit dans la seconde, le dos cambré contre le canapé, un cri étouffé dans le creux de son coude, la main inondée. Au même instant il jouit aussi, par-dessus son poing, le souffle court, les yeux sur la dernière image. Pendant quelques secondes il n’y eut plus, dans deux pièces séparées de la ville, que deux respirations qui se rattrapaient.

Puis il reprit le téléphone.

Demain. Dix-huit heures. Un bar dans le dixième, je t’envoie l’adresse. Tu mets une robe et la culotte la plus simple que tu as. Et à partir de maintenant, tu ne te touches plus. Je veux savoir dans quel état tu arrives.

Elle lut, relut. Elle qui décidait toujours de tout, elle se surprit à taper une seule lettre.

Oui.


Le bar, le resto

Il la vit traverser la place avant qu’elle ne le repère. Salima était petite, un mètre soixante à peine, mais tout en elle prenait de la place : une robe noire croisée qui retenait une poitrine lourde, des hanches larges, un cul rond qui roulait à chaque pas. Brune, la bouche pleine, l’assurance affichée d’une femme qui, la veille, le suppliait de la laisser jouir.

Elle s’assit en face, croisa les jambes, le menton haut.

— Alors c’est toi.

Elle se pencha, et le décolleté s’ouvrit franchement.

— Je t’ai obéi, tu sais. Pas une fois je me suis touchée depuis hier. Tu peux pas savoir dans quel état je…

— Tais-toi.

Il avait dit ça doucement, sans dureté, en reposant son verre. Elle se tut net. Elle sentit la chaleur lui monter au visage — pas la honte, autre chose, ce relâchement qu’elle cherchait depuis des mois et que personne ne lui donnait.

— Tu parles trop quand t’es nerveuse. À partir de maintenant tu réponds à mes questions, c’est tout. Écarte les genoux.

Elle obéit sous la table, sans réfléchir, le souffle court.

— Plus.

Elle écarta encore. Il avança la main, remonta lentement le long de l’intérieur de la cuisse, sans la quitter des yeux, jusqu’à effleurer le coton déjà détrempé.

— Tu vois. Je sais exactement dans quel état tu es. Pas besoin que tu me le dises.

Elle pensa : il va me rendre folle avant même le dîner. Il retira la main, but une gorgée tranquille, et lui montra deux doigts luisants avant de les essuyer sur la nappe.

— Bois. On a une table à huit heures. Et tu gardes les genoux écartés jusque-là.


Le restaurant était une petite salle basse à deux rues de là, des nappes blanches, une banquette au fond où il l’installa contre le mur, lui à côté d’elle plutôt qu’en face. De l’extérieur, un couple parmi d’autres. C’était ce qu’il voulait : être tout près, et que personne ne voie rien.

Elle tenait à peine. La marche jusqu’au restaurant, les genoux qu’il lui avait ordonné de garder écartés, la culotte qui collait — elle était arrivée dans un état qu’elle n’osait pas nommer. Elle commanda sans regarder la carte. Dès que le serveur s’éloigna, il posa la main sur sa cuisse, sous la nappe, et ne la retira plus.

— On va manger tranquillement, dit-il à voix basse, le regard sur la salle. Toi, tu vas rester polie. Tu souris au serveur, tu réponds si on te parle. Et pendant tout le repas, je vais te raconter ce que je vais te faire cette nuit.

Sa main remonta, écarta le coton sur le côté, et deux doigts se posèrent à même la chair trempée. Elle planta sa fourchette dans la nappe pour ne pas trembler.

Il parla bas, près de son oreille, entre deux bouchées, sur le ton d’une conversation ordinaire. Il lui dit qu’il allait l’attacher. Que la boule qu’elle avait dans son sac, c’est lui qui la lui mettrait, et qu’elle baverait dessus sans pouvoir rien dire. Qu’il prendrait son temps avec son cul, petit à petit, jusqu’à ce qu’il puisse la sodomiser. Il décrivait chaque chose à plat, sans emphase, et à chaque phrase ses doigts bougeaient d’un millimètre, juste assez.

Elle, elle hochait la tête, souriait quand le serveur revenait, articulait c’est très bon, merci d’une voix presque normale — et sous la table elle était ouverte, dégoulinante, au bord de partir à chaque mot. Le contraste lui faisait perdre la raison. Tenir son rôle de femme bien élevée pendant qu’un inconnu la doigtait en lui annonçant qu’il allait la défoncer : c’était précisément ça, ce qu’elle cherchait depuis toujours sans jamais le dire à personne.

À un moment elle crut qu’elle allait jouir, là, sur la banquette. Son souffle se coupa, sa cuisse se contracta. Il le sentit et retira la main net.

— Pas ici. Pas maintenant.

Elle laissa échapper un petit son de frustration, vite ravalé, les yeux brillants.

— S’il te plaît…

— Non. Tu jouiras quand je l’aurai décidé, et pas avant. Cette nuit. Plusieurs fois. Tu vas me supplier d’arrêter.

Il porta à sa bouche les deux doigts qui sortaient d’elle, tranquillement, sous le regard d’une salle qui ne voyait rien.

— Et ta culotte, tu la gardes. Trempée comme elle est. Je veux voir l’état exact dans lequel tu seras quand je te l’enlèverai.

Elle reposa sa fourchette. Elle n’avait plus faim de rien d’autre que de lui.


Le parc

Dehors, l’air de la nuit lui fit du bien et du mal à la fois. Il avait réglé sans qu’elle s’en aperçoive, l’avait prise par la nuque pour la lever de la banquette, et maintenant ils remontaient une rue calme du dixième vers son hôtel. Pas de taxi. Il voulait qu’elle marche.

— Devant moi. Un pas devant.

Elle obéit. Elle sentait son regard descendre dans son dos, sur ses fesses qui roulaient sous la robe, et elle savait qu’à chaque pas la culotte trempée frottait, lui rappelait à quel point elle était au bord. Elle marchait les cuisses serrées par réflexe.

— Desserre. Marche normalement. Je veux que ça te travaille.

Elle relâcha, et le simple frottement du tissu mouillé contre elle lui arracha un frisson en pleine rue. Des passants les croisaient sans rien voir : une femme qui marche, un homme derrière. Personne ne pouvait deviner qu’à ce moment précis elle aurait joui d’un rien, qu’elle priait pour qu’il la touche, qu’elle se serait laissée prendre contre n’importe quel mur.

Au bout de la rue, un petit square fermé pour la nuit, mais dont la grille longeait un renfoncement d’arbres, à l’écart du lampadaire. Une zone d’ombre, deux bancs, personne. Il ralentit, lui posa la main sur l’épaule.

— Là. Rentre dans le noir.

Elle pensa : il ne va quand même pas… Et son ventre se serra de désir à l’idée que si, justement, il allait.


Dans l’ombre des arbres, elle se retourna vers lui, mais il ne lui laissa pas le temps de décider quoi que ce soit. La main sur l’épaule, il appuya — une seule pression, claire.

— À genoux.

Elle descendit sans un mot, le dos contre la grille froide, le gravier sous les genoux à travers la robe. Au-dessus d’elle il défit sa ceinture, sortit sa queue déjà dure, et la lui présenta sans rien dire. Elle le prit en bouche tout de suite, avidement, et un soupir lui échappa à elle — pas à lui. Sucer, c’était ce qu’elle préférait au monde. Le sentir grossir contre sa langue, le prendre au fond, s’étouffer un peu : elle s’y jeta comme à un festin qu’on lui aurait refusé depuis trop longtemps.

Il la laissa faire un moment, une main posée à plat sur sa tête, puis prit la nuque et imposa le rythme. Lent quand il voulait, brutal quand il décidait, l’enfonçant jusqu’à ce qu’elle ait un haut-le-cœur, la salive débordant aux coins de sa bouche et coulant le long de son menton. Elle ne se débattait pas. Au contraire — chaque fois qu’il la tenait au fond, les yeux brouillés, elle sentait monter cette reddition qu’elle cherchait, ce moment où elle n’avait plus rien à décider.

À vingt mètres, sur le trottoir d’en face, un couple passa en discutant. Salima les entendit. Elle sut qu’il suffirait que l’un d’eux tourne la tête vers le noir pour les voir — une femme à genoux, une bouche pleine de queue. L’idée la traversa comme une décharge ; elle gémit autour de lui, mouilla d’un coup davantage, accéléra d’elle-même. Le danger ne la freinait pas. Il la rendait folle.

Lui aussi le sentit monter, ce point où il aurait pu lâcher. Il s’arrêta net, se retira de sa bouche, et resta un instant immobile, la respiration coupée, sa queue luisante de salive devant le visage levé de Salima.

— Pas encore.

Il la releva par le bras. Elle chancela, les lèvres gonflées, le menton brillant — et avant qu’elle ait repris son souffle, il glissa la main sous la robe. Il écarta la culotte d’un doigt, sur le côté, et enfonça deux doigts droit en elle. Pas de préliminaire, pas de caresse : la pulpe recourbée vers l’avant, il alla chercher le point précis, là, tout de suite, comme s’il connaissait son corps depuis toujours.

Elle se cambra contre la grille, agrippa ses épaules, la bouche ouverte sur un cri qu’elle ravala de justesse. Il appuya, revint, frotta ce point gonflé avec une exactitude qui lui coupa les jambes. En quelques secondes à peine elle sentit tout se nouer — déjà au bord depuis des heures, privée au restaurant, la bouche encore pleine du goût de lui. Elle poissa ses doigts d’un coup, une mouille épaisse qui dégoulina jusqu’à son poignet, et partit là, debout dans le noir, secouée, le front contre son épaule.

Il ne la lâcha qu’une fois le dernier spasme passé. Puis il retira la main, lentement, deux doigts luisants et gluants qu’il leva entre leurs deux visages.

— Nettoie.

Elle hésita une demi-seconde — l’humiliation lui monta au visage, la chaleur de se savoir réduite à ça, sa propre cyprine présentée à sa bouche comme un ordre. Et puis elle ouvrit les lèvres et les prit, les suça l’un après l’autre, propres, pendant qu’il la regardait faire sans rien dire.

Quand il fut satisfait, il retira ses doigts de sa bouche et les essuya tranquillement sur le tissu de sa robe, à la hanche, comme on s’essuie sur un torchon. Du dos de la main, il remit la culotte en place sur elle, bien à plat.

— Voilà. Tu peux remonter.

Elle resta une seconde sans bouger, le souffle court, le ventre encore tremblant. C’était dégradant, et elle le savait — il la traitait comme une chose, il s’essuyait sur elle. Mais c’était exactement, mot pour mot, ce qu’elle était venue chercher en montant dans ce square. Elle remit sa robe d’aplomb et le suivit jusqu’à l’hôtel, les jambes en coton.


L’hôtel

L’ascenseur de l’hôtel était minuscule, une cabine pour deux avec une glace au fond. À peine les portes refermées, il la poussa contre le miroir, son dos contre le froid de la paroi, et glissa de nouveau la main sous la robe. La culotte était toujours là, trempée, alourdie, le coton plaqué contre elle. Il appuya la paume dessus, sans entrer, juste la pression, et la regarda dans la glace par-dessus son épaule.

— Regarde-toi.

Elle leva les yeux vers le reflet. Elle se vit, et eut du mal à se reconnaître : les cheveux défaits, la bouche enflée d’avoir sucé, une trace luisante au menton qu’elle avait oublié d’essuyer, le décolleté de travers. Une femme méconnaissable, débraillée, déjà ouverte. Elle qui soignait toujours son image, qui contrôlait tout — elle se vit livrée, et ce fut presque pire que tout le reste.

— Voilà ce que tu es ce soir, dit-il bas, à son oreille, la main qui pesait toujours sur le coton gorgé. Et on n’a même pas commencé.

Elle ferma les yeux. Il les rouvrit d’un mot.

— Non. Tu regardes.

Les étages défilaient lentement. Il la maintint comme ça, la paume immobile sur sa culotte trempée, jusqu’à ce qu’elle recommence à onduler des hanches malgré elle, à chercher le contact, à redevenir folle alors qu’elle venait à peine de jouir. Quand la cabine s’arrêta, il retira la main net et la laissa pantelante.

— C’est là.


La chambre était petite, un lit à deux places trop grand pour la pièce, une lampe de chevet qu’il alluma. Il referma la porte, mit le verrou. Elle resta debout au milieu, le sac à l’épaule, et pour la première fois de la soirée ce fut elle qui prit l’initiative — la seule qu’il lui laisserait.

— J’ai apporté des trucs, dit-elle. Si tu veux.

Elle posa le sac sur le lit et l’ouvrit. Elle déballa elle-même, une à une, les choses qu’elle avait préparées en pensant à lui : des sangles de cuir avec leurs mousquetons, un bâillon-boule rouge sur sa lanière noire, une trousse avec trois plugs alignés du plus petit au plus gros, un flacon de lubrifiant. Elle les disposa sur le couvre-lit, et le simple fait de les offrir ainsi, de montrer à un inconnu l’inventaire exact de ce qu’elle voulait qu’on lui fasse, la fit rougir plus que tout ce qui avait précédé.

Il s’approcha sans se presser. Il prit chaque objet, le soupesa, l’examina. Le bâillon qu’il fit claquer une fois entre ses doigts. Les plugs qu’il aligna dans l’ordre. Il s’appropriait ses jouets à elle, méthodiquement, et elle comprit qu’à partir de cet instant ils ne lui appartenaient plus.

— Déshabille-toi. Garde la culotte.

Elle dénoua la robe croisée, la laissa tomber, dégrafa le soutien-gorge. Sa poitrine lourde se libéra, ses gros seins, ses tétons durcis ; il ne restait sur elle que la culotte simple, trempée, plaquée et sombre d’humidité. Il la laissa là, presque nue devant lui encore habillé, et la détailla un long moment sans rien dire — juste pour qu’elle sente le poids du regard.

Puis il prit les sangles. Il la fit monter sur le lit, à quatre pattes, face à la tête de lit. Bras écartés, il attacha chaque poignet à un coin du sommier, les sangles tendues en croix, de sorte qu’elle ne pouvait plus ni avancer ni se redresser.

Il passa derrière elle. Du plat de la main, il claqua l’intérieur d’une cuisse, puis de l’autre — deux claques sèches, pas méchantes, juste assez pour la faire sursauter.

— Écarte. Plus.

Elle ouvrit davantage les genoux, le souffle court. Il posa la main au creux de ses reins, appuya ; comme elle ne creusait pas assez, il lui claqua une fesse, franc, la marque rouge montant aussitôt sur la peau claire.

— Cambre. Comme ça.

Elle creusa les lombaires, releva le cul, et cette fois il eut la vue qu’il voulait : le dos en arc, les fesses offertes, la culotte trempée tendue sur tout l’entrejambe ouvert.

Alors il fit le tour, vint se placer devant elle, près de la tête de lit. Il sortit sa queue, déjà dure, et la prit par le cou — une main refermée sans serrer sur sa gorge, juste pour qu’elle sente la prise — et la lui glissa dans la bouche. Pas pour jouir. Pour lui rappeler, là, maintenant, qui décidait. Il la tint quelques secondes au fond, la regardant lever les yeux vers lui, la bouche pleine, soumise et bavante, avant de se retirer.

— Voilà. Maintenant tu sais.

Il prit le bâillon, lui passa la lanière derrière la nuque, présenta la boule rouge devant ses lèvres.

— Ouvre.

Elle ouvrit. Il la cala entre ses dents, serra d’un cran. Aussitôt elle ne put plus parler, plus former un mot — seulement respirer par le nez et émettre des sons étouffés. La salive monta, déborda autour de la boule, fila en longs filets sur le couvre-lit. Réduite à ça : ligotée bras en croix, cambrée, bâillonnée, nue à part une culotte gorgée, qui bavait sous elle.

Il revint derrière elle, contempla la vue — ce gros cul relevé, la culotte sombre d’humidité tendue dessus. Et dans cette attente aveugle elle n’avait aucune peur, seulement le soulagement immense d’être, enfin, exactement là où elle voulait être.


Il prit le bord de la culotte à deux mains, à la taille, et la fit descendre lentement sur le cul cambré. Le coton se décolla de la peau à regret, gorgé, alourdi ; au moment où l’entrejambe se détacha de la chatte, un filet de cyprine s’étira entre le tissu et les lèvres, tint une seconde, puis cassa. Il la roula le long des cuisses, la dégagea d’un genou puis de l’autre, et la garda au creux de la main.

Il la porta à son visage. Il enfouit le nez dans le fond du tissu, là où c’était le plus trempé, et inspira longuement, sans pudeur — l’odeur de femme, chaude, franche, montée de toute une soirée d’attente. Derrière son bâillon, Salima émit un son étranglé en le voyant faire ça ; qu’un homme renifle sa culotte ouvertement, qu’il y prenne ce plaisir-là devant elle, ça la traversa d’une honte qui la fit ruisseler davantage.

— Tu l’as bien trempée, dit-il, la voix basse. Tout le repas. Tout le trajet. Pour moi.

Il jeta la culotte sur l’oreiller, à portée, et se pencha sur elle par-derrière.

Sa chatte était là, offerte, le poil sombre collé en mèches luisantes, les lèvres gonflées écartées par la position, brillantes jusqu’au périnée. Il y plongea la bouche d’un coup. Il la bouffa pleinement, à pleine langue, du clito jusqu’à l’anus plissé qu’il effleura au passage, et elle se cabra dans ses liens, un cri étouffé dans la boule rouge, la bave coulant de plus belle sur le couvre-lit.

Il la lécha longtemps, sans la lâcher, jusqu’à ce que tout son bas-ventre soit nappé d’une mouille épaisse, crémeuse, qui collait à ses doigts quand il la touchait. Puis il enfonça deux doigts et repartit chercher ce point précis, à l’avant, qu’il avait trouvé dans le square. Il appuya, frotta, tambourina pendant que sa langue travaillait le clito.

Elle monta vite, trop vite. Il la sentit se tendre, tout entière, au seuil — et il s’arrêta net. Retira la langue, immobilisa les doigts.

Elle hurla derrière le bâillon, un son rauque et désespéré, le cul qui cherchait le contact dans le vide.

— Non. Pas encore.

Il la laissa redescendre, à peine, puis recommença. La mena de nouveau au bord. S’arrêta de nouveau. Trois fois, quatre fois, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une chose tremblante et trempée qui le suppliait sans pouvoir parler.

À un moment il s’acharna sur le point G, deux doigts crochus, vite, fort, en lui ordonnant à voix basse de gicler — vas-y, mouille, donne — guettant le jet qu’elle disait n’avoir jamais connu. Elle inonda sa main, déborda en longues coulées crémeuses le long de ses poignets, plus mouillée qu’elle ne l’avait jamais été. Mais le jet ne vint pas. Ça resta cette crème épaisse, abondante, sans la décharge qu’elle cherchait depuis toujours.

Il retira les doigts, les essuya sur la fesse rouge.

— Pas ce soir. Pas encore. Faudra le mériter autrement.

Et elle s’effondra sur ses avant-bras tendus, frustrée à pleurer, le corps en feu, suspendue à ce qu’il déciderait ensuite.


Il attrapa le flacon de lubrifiant et la trousse aux trois plugs. Le plus petit d’abord. Il en enduisit la pointe, fit couler un filet froid dans la raie de Salima, et étala le tout d’un pouce qui tourna autour du trou plissé jusqu’à le détendre. Elle frissonna, se contracta par réflexe, puis se força à se relâcher — elle savait, elle voulait ça depuis le début.

Le petit entra sans peine, d’une poussée lente, et se logea derrière l’anneau qui se referma dessus avec un petit bruit mat. Elle souffla par le nez, le dos creusé. Il le fit jouer un moment, le ressortit à demi, le renfonça, pour qu’elle s’habitue à la sensation d’être ouverte par-derrière.

— Tu en veux un plus gros.

Ce n’était pas une question. Il retira le petit, prit le moyen. Plus large, plus exigeant. Il poussa progressivement, lui laissant le temps à l’endroit où ça résistait, et le plug franchit l’anneau d’un coup, l’élargissant nettement. Cette fois elle gémit fort dans le bâillon, un son grave, et il vit son trou se distendre autour de la base. Il la travailla là aussi, l’enfonçant et le retirant, pendant que de l’autre main il glissait deux doigts dans sa chatte ruisselante — les deux à la fois, le cul et la chatte, jusqu’à ce qu’elle ondule d’elle-même entre les deux.

— Encore plus gros. Pour que tu sois prête à me prendre.

Il sortit le moyen et présenta le gros. Le dernier, épais, qui la fit se raidir rien qu’à le sentir contre l’anneau dilaté. Il versa encore du lubrifiant, appuya. Ça résista, longtemps, le trou tendu à blanc autour de la plus grosse circonférence — puis ça céda d’un coup, et le plug s’enfonça entier, la base venant buter contre les fesses. Elle poussa un long cri étouffé, le corps secoué, partagée entre la brûlure et un plaisir profond et sourd qu’elle ne connaissait qu’avec ça dans le cul.

Il la laissa ainsi un moment, le gros plug logé en elle, et se recula pour regarder : son cul cambré, rouge des claques, comblé, la chatte béante et dégoulinante juste en dessous. Il posa une main à plat sur une fesse, sentit sous sa paume la plénitude du plug à travers la chair.

— Voilà. Maintenant ton trou est prêt.

Il commença à retirer le plug, lentement, et l’anus resta un instant ouvert, béant, dilaté à sa taille, avant de se refermer à demi. Derrière elle, il défaisait déjà sa ceinture.


Il empoigna ses hanches et entra dans sa chatte d’un seul coup, jusqu’à la garde. Après des heures de privation, d’être ouverte, léchée, amenée au bord et abandonnée, le simple fait d’être enfin remplie lui arracha un cri de pur soulagement, étouffé par la boule. Il la prit fort, à fond, les sangles se tendant à chaque coup de reins, son gros cul claquant contre lui, le plug retiré laissant le trou encore dilaté juste au-dessus.

Il la pilonna sans la ménager, une main au creux des reins pour la maintenir cambrée. Elle était si trempée que chaque va-et-vient faisait un bruit obscène, mouillé, qui montait dans la petite chambre. Très vite elle recommença à se tendre, à grimper — et cette fois, parce qu’elle l’avait mérité, il se pencha sur son dos et lui souffla l’ordre qu’elle attendait depuis le restaurant.

— Maintenant tu peux. Jouis.

Elle partit dans la seconde, violemment, tout le corps secoué dans ses liens, le cri long et rauque déformé par le bâillon, sa chatte se resserrant en spasmes autour de lui pendant qu’elle inondait le couvre-lit. Il ne s’arrêta pas, la baisa au travers de l’orgasme jusqu’à ce qu’elle retombe, vidée, les bras tremblant sur les sangles.

Alors il se retira, luisant de sa cyprine, et présenta son gland contre l’anus dilaté que les plugs avaient préparé. Il poussa lentement. Le trou s’ouvrit autour de lui, le reçut centimètre par centimètre, et elle gémit grave, longuement, un son qui n’était plus de la résistance mais du pur plaisir sombre — celui qu’elle ne trouvait que là. Une fois logé au fond, il prit appui sur ses hanches et la sodomisa, plus posément d’abord, puis de plus en plus dur, son cul plein qui ondulait pour venir à sa rencontre, le bas-ventre encore secoué de répliques.

Quand il se sentit monter, il ne ralentit pas tout de suite. Il alla au bout de ce qu’il voulait lui prendre, puis se retira d’un coup. Il fit le tour du lit, défit en hâte la lanière du bâillon ; la boule rouge tomba, et Salima aspira une grande goulée d’air, le menton ruisselant de bave, la bouche enfin libre — qu’il remplit aussitôt de sa queue.

— Avale tout.

Il jouit dans la seconde, au fond de sa gorge, par longs jets qu’elle reçut sans pouvoir reculer, la tête tenue par la nuque. Elle déglutit autour de lui, encore, tout, jusqu’à la dernière giclée, puis le garda en bouche le temps qu’il redescende, le nettoyant de sa langue comme il le lui avait appris dans le square.

Il se retira enfin. Il dénoua les sangles une à une, et elle s’effondra de tout son long sur le lit défait, les poignets marqués, le corps en vrac, le souffle haché — épuisée, vidée, plus comblée qu’elle ne l’avait été de toute sa vie. Sur l’oreiller, à dix centimètres de son visage, traînait sa culotte de la veille, encore humide.

Elle sourit, la joue contre le matelas. Le squirt, elle ne l’avait pas eu. Mais elle savait déjà qu’elle reviendrait le chercher.