L’arrivée
### 1.1 Les textos
Samuel était arrivé le premier. La maison de sa belle-sœur dormait dans le soir qui tombait, au bout d’un chemin de terre, à un quart d’heure de Poitiers — une longère de pierre claire, des volets bleus, un jardin qui débordait sur les champs. Sa belle-sœur et son mari étaient partis pour le week-end et lui avaient laissé les clés sans poser de questions : un stage de coaching au CREPS, un lit, c’était tout ce qu’ils croyaient savoir. Il avait posé son sac dans la chambre d’amis et ouvert deux fenêtres pour chasser l’odeur de maison fermée. Le rez-de-chaussée n’était qu’une grande pièce à vivre : un canapé d’angle confortable au milieu, dans son dos la cuisine et son îlot, sur sa gauche la salle à manger et sa cheminée de pierre. Un verre à la main, il guettait l’allée par la baie, l’oreille tendue vers le chemin.
Ils se connaissaient depuis longtemps, Annabelle et lui — depuis Angers, la fin du lycée, l’âge où l’on n’ose pas. Elle n’était pas pour lui à l’époque, et il n’en avait jamais fait une blessure ; la vie avait suivi son cours des deux côtés. Ce qui le tenait debout devant cette baie, le verre tiède oublié dans la main, ça n’avait rien à voir avec ces années-là. C’étaient les mois récents. Les confidences sans filtre, les vocaux la nuit, les FaceTime où ils s’étaient montrés, regardés, où ils avaient joui ensemble à cinq cents kilomètres — sans jamais s’être touchés une seule fois. Voilà ce qui le rendait fou. Tout faire, et jamais le corps. Ce soir, pour la première fois, il n’y aurait pas d’écran pour les arrêter.
Le téléphone vibra. Pas de texte d’abord, juste une photo : prise sur une aire d’autoroute, le téléphone glissé sous la jupe légère. Une petite culotte de coton gris chiné, toute simple, sage en apparence — sa signature, le genre qu’on met pour avoir l’air d’une institutrice, ce qu’elle était. Rien de spectaculaire. Il fallait être attentif, agrandir l’image, pour distinguer au centre une trace légère, à peine plus sombre, un peu jaunie, qui trahissait le reste.
Si tu voyais l’état de ma culotte.
Il agrandit encore, chercha la trace, la devina plus qu’il ne la vit. Une image presque innocente, qui en disait à la fois trop et pas assez — et c’était précisément ça qui le mettait dans cet état : le contraste entre la culotte de maîtresse d’école et ce qu’elle cachait à peine.
Montre-moi mieux. En entier.
Non.
Il insista. Il en avait besoin, là, tout de suite — depuis des semaines il butait sur la même image, la nuit, la main sur sa queue : son odeur à elle, qu’aucune photo, qu’aucun vocal n’avait jamais pu lui donner. Il la voulait, et il le dit sans tourner autour.
Tu sais ce que je veux voir. Et surtout, je veux savoir si ça va être à la hauteur. Ça fait des mois que tu me racontes ta chatte, que tu me chauffes avec tes culottes — j’ai intérêt à pas être déçu quand je vais avoir le nez dedans.
Dans sa voiture arrêtée, Annabelle rit toute seule. Ça, cette phrase-là, ça la faisait mouiller plus que n’importe quel compliment — pas la flatterie, la petite menace en dessous, l’exigence. Elle répondit du tac au tac, parce qu’elle ne se laissait jamais faire, même quand obéir était tout ce qu’elle voulait :
Déçu ? Le jour où un mec est déçu en me léchant, je raccroche les gants. T’as pas idée de l’état dans lequel tu vas me trouver. Mais tu veux toujours rien voir avant, hein.
Et elle reposa le téléphone, souriante. Parce que c’était ça, le jeu — et qu’elle le menait aussi bien que lui. La culotte, l’odeur, c’était son arme ; la seule chose qui faisait lâcher prise à cet homme posé qui décidait de tout par la voix. Mais une arme ne sert à rien déchargée d’un coup. Tout lui montrer maintenant, c’était le calmer ; le laisser deviner et rien de plus, c’était le rendre dingue sur les derniers kilomètres. Elle se servait de son obsession à lui pour obtenir exactement ce qu’elle voulait, elle : qu’il n’ait plus une once de patience quand elle franchirait la porte, et qu’il lui tombe dessus comme une bête.
Parce qu’elle avait sa propre idée en tête, et elle n’avait rien d’innocent. Elle n’était pas venue chercher un amant prévenant — elle en avait à Bordeaux, des doux, des attentionnés, et ils l’ennuyaient à mourir. Elle avait fait deux heures de route pour le seul qui savait vraiment la mener, celui qui décidait à sa place et la laissait enfin lâcher la barre. Ce soir, elle ne voulait pas d’un ami, pas d’un confident, pas de quelqu’un qui lui demanderait si ça allait. Elle voulait être plaquée contre un mur et prise comme une chose, sans un mot de trop.
Rien qu’à taper ça, elle s’était mise dans un état impossible. Elle glissa une main entre ses cuisses, par-dessus le coton, juste pour appuyer un peu, se calmer avant de reprendre la route. Mauvaise idée : ça ne calma rien du tout. Alors elle tira la culotte sur le côté et s’enfonça un doigt, un seul, lentement, les yeux fermés une seconde dans l’habitacle silencieux. Quand elle le ressortit, il brillait. Elle le photographia comme ça, luisant jusqu’à la deuxième phalange, et envoya l’image sans un mot. Pas la culotte, pas la chatte — juste ça. La preuve, rien d’autre ; à lui de compléter le tableau.
T’auras le reste en vrai. Pas avant, ajouta-t-elle. Plus que vingt minutes. Tiens-toi prêt.
Dans le grand canapé d’angle, Samuel relut, regarda le doigt luisant sur l’écran, et la queue lui pesa franchement dans le jean. Elle le tenait — et c’était précisément ce qu’elle cherchait. Il posa à son tour ce qui l’attendait, sans rien adoucir :
Voilà le programme. Tu poses même pas ton sac. Je remonte ta jupe dans l’entrée, je t’arrache cette culotte — et celle-là, je la garde —, et avant que t’aies vu une seule pièce de la maison je suis déjà en train de te bouffer contre le mur. T’es prévenue.
Il y eut un silence un peu plus long. Sur l’aire, Annabelle relut, la nuque contre l’appuie-tête, et sentit le coton se réchauffer encore sous elle. Elle qui décidait de tout, toute la journée, pour tout le monde — il n’y avait que là, dans ces mots-là, qu’elle posait les armes. C’était exactement pour ça qu’elle avait fait la route.
OK, écrivit-elle. Puis, parce qu’elle ne résistait jamais au dernier mot : Sois à la hauteur de tes textos.
Il reposa le téléphone à l’envers sur la table basse. Dehors, les champs viraient au bleu. Il finit son verre sans le goûter, l’oreille déjà tendue vers le chemin de terre.
### 1.2 Sauvage
Les phares balayèrent la haie, puis l’allée, et le moteur se tut. Dans le salon, Samuel était déjà debout. Une portière, des pas sur le gravier — il ouvrit la porte avant même qu’elle ait frappé.
Et Annabelle était là. En vrai. Pas dans un cadre de huit centimètres, pas en pixels sous une lampe de chevet : là, sur le seuil, dans la lumière jaune de l’entrée. Une jupe fluide qui tombait haut sur les cuisses, un petit haut sans rien dessous, les pointes des seins qui marquaient le coton. Les boucles défaites par deux heures de route. Et son odeur de peau, son parfum tiède, qui acheva de lui faire comprendre qu’aucun écran ne lui avait jamais rendu ça.
Ils restèrent une seconde à se regarder, pour de bon, à se découvrir réels. Le sac glissa de l’épaule d’Annabelle et tomba sur le paillasson. Elle eut le temps d’un demi-sourire — Eh ben. Te voilà. — et ce fut tout ce qu’elle put dire.
Parce qu’il tint parole. Il ne la laissa pas poser un pied dans la maison. Il la tira par le poignet à l’intérieur, claqua la porte d’un coup de talon, et la plaqua contre le mur de l’entrée. Leurs bouches se trouvèrent enfin — la première fois, après tous ces mois, que leurs lèvres se touchaient vraiment — et il n’y eut rien de doux là-dedans : un baiser affamé, qui dévorait, des mois de retard rattrapés d’un coup. Elle gémit dedans, les mains accrochées à sa nuque.
Une main remonta le long de sa cuisse, sous la jupe, et trouva le coton. Pas besoin de le baisser pour savoir : il était trempé, gorgé, un tissu qui ne pouvait plus rien absorber. Il appuya dessus, malaxa la chatte à travers, et le coton fit un bruit mouillé sous sa paume.
— Putain. T’avais pas menti.
— Je mens jamais là-dessus, souffla-t-elle contre sa bouche.
Il aurait pu la baisser tout de suite, écarter le tissu, y plonger le nez et le reste — c’était ce qu’il avait promis par texto, et l’envie le tenait à la gorge. Il ne le fit pas. Une idée venait de se former, meilleure : faire durer. Il garderait la culotte pour plus tard. Pour l’instant, il ne ferait que ce qu’il fallait.
Il la retourna face au mur, une main entre les omoplates pour la cambrer. Il fit descendre la culotte, mais pas jusqu’en bas — juste aux genoux, où elle resta tendue entre ses jambes. D’un coup de pied il lui écarta les appuis. Puis il sortit sa queue, se cala contre elle, et entra debout, d’un coup, jusqu’au bout.
Elle partit presque aussitôt. C’était ça qu’elle réclamait depuis le parking — être remplie, sans préambule —, et son corps n’attendait que ça. Le front sur l’avant-bras, la culotte tendue qui lui sciait les cuisses, elle jouit vite et fort, un cri court qu’elle ne retint pas. Et de la sentir se serrer comme ça, après des mois à n’avoir qu’un écran, l’amena au bord en quelques coups de reins — trop vite, il le sentit monter, inévitable.
Il se retira au dernier moment. Elle avait compris avant qu’il le dise : elle se laissa glisser le long du mur, se retourna, à genoux sur le carrelage de l’entrée, et le prit en bouche pour le finir. Quelques allers-retours, la langue, le regard levé vers lui — puis elle le sortit, referma le poing dessus et le pompa les dernières secondes. Il jouit dans sa main, en jets épais, le dos creusé, une plainte sourde retenue entre les dents.
Un silence. Les souffles. Le sac toujours sur le paillasson, la maison toujours pas visitée.
Elle se releva, un demi-sourire aux lèvres. Et là, au lieu de garder la culotte comme il l’avait juré, il s’accroupit, attrapa l’élastique resté à ses genoux et la lui remonta lui-même — la recula sur la chatte trempée, le tissu qui colla aussitôt. Un geste presque soigneux, déconcertant après la brutalité d’avant.
Annabelle baissa les yeux sur lui, intriguée.
— Je croyais que tu devais me l’arracher. Et la garder.
— J’ai changé d’avis. — Il se redressa, remit de l’ordre dans son jean, parfaitement calme à nouveau, le maître revenu. — C’est que le début de la soirée. Et du week-end. Je vais pas tout prendre dans l’entrée. Cette culotte, je la découvrirai quand je l’aurai décidé. Pas avant.
Elle resta une seconde sans répondre, partagée entre l’agacement et autre chose de bien plus diffus. Elle était venue se faire défoncer dès le seuil — et elle l’avait été. Mais il venait de lui montrer, en la reculottant comme on referme un cadeau gardé pour plus tard, qu’il comptait mener bien au-delà de ce soir. Ça, elle ne l’avait pas anticipé.
— … D’accord, dit-elle enfin, la voix encore rauque. On joue à ça.
— On joue à ça.
### 1.3 Le dîner
Dans la cuisine, pendant qu’il dressait deux assiettes de ce qu’il avait acheté en passant — pain, fromage, charcuterie —, Annabelle vint se coller dans son dos. Des mois à se raconter leurs nuits sans jamais partager une cuisine, et voilà : aucune gêne, l’intimité immédiate de deux gens qui se connaissent par cœur. Sauf qu’elle ne resta pas sage. Sa main passa devant, sur le jean, et se mit à le caresser lentement pendant qu’il continuait de couper le pain, comme si de rien n’était.
— Tu compliques le service, dit-il sans s’arrêter.
— C’est le but.
Il posa le couteau, se retourna, et lui rendit la monnaie à sa façon : la main sous la jupe, deux doigts qui remontèrent vérifier l’état du coton. Toujours trempé, encore chaud. Il en ramena un doigt luisant qu’il porta à son nez, sous ses yeux à elle, et renifla — lentement, ostensiblement, sans un mot. Juste pour lui montrer qu’il savait, et qu’il se réservait le reste.
— Pervers, souffla-t-elle, ravie.
Ils s’assirent quand même pour manger. Chez eux, parler de sexe à table était aussi naturel que parler du temps, et il y vint vite.
— Y a un truc qu’on s’est jamais fait. Et je comprends toujours pas ton non. C’est quoi, le blocage ?
— Y a pas de blocage. J’ai jamais essayé, j’ai jamais eu envie. C’est tout. Le seul truc où je te suivrai pas, je te l’ai dit.
— Et si je te disais que tu peux pas savoir avant d’avoir essayé une fois ? Avec quelqu’un qui sait y aller doucement.
Elle le vit venir et crut le coincer d’un coup. Elle reposa sa fourchette, sûre d’elle.
— D’accord. Donnant-donnant, alors. Tu veux me toucher le cul ? Je m’occupe du tien d’abord. À égalité. — Elle sourit, certaine d’avoir gagné. — On en reparle quand tu seras prêt à ça.
Il ne cilla pas.
— Marché conclu.
Le sourire d’Annabelle se figea une seconde. Ce n’était pas du tout la réponse qu’elle attendait.
— … Tu bluffes.
— Tu verras bien. — Il se leva, parfaitement calme. — Viens.
### 1.4 Lent
La chambre d’amis sentait le linge propre et le renfermé tiède des maisons qu’on n’habite pas tout le temps. Il alluma la lampe de chevet, pas le plafonnier. Cette fois, rien ne pressait.
Il la déshabilla lui-même, lentement — mais tout le déshabillage n’avait qu’un but, et ils le savaient tous les deux. Le petit haut passa par-dessus la tête, les seins libres, les pointes durcies. La jupe glissa au sol. Restait la culotte, le gris chiné alourdi d’humidité, et c’était elle qu’il était venu chercher depuis le seuil.
Il la fit descendre le long des jambes, la ramassa, et cette fois il ne la posa nulle part. Il la déplia devant elle, sous la lampe, prit le temps de regarder — le fond raidi, la trace élargie, le coton encore tiède et lourd d’être resté collé toute la soirée. Puis il y enfouit le nez, pour de bon, sans plus rien retenir. L’odeur enfin pleine, à la hauteur de ce qu’il avait imaginé pendant des mois : dense, chaude, franche, un peu âcre, le concentré d’une femme qui avait mouillé sans discontinuer depuis l’autoroute. Il ferma les yeux et resta là, à respirer le fond du tissu.
Annabelle le regarda se perdre dedans — et au lieu d’attendre, elle se mit au travail. Elle lui ôta le tee-shirt, ouvrit le jean, le fit tomber, et referma la main sur sa queue déjà raide. Elle le branla lentement, sans le presser, pendant qu’il avait le nez dans son coton sale. L’image la rendait dingue à son tour : ce type posé, ce maître, complètement perdu dans une culotte trempée, pendant qu’elle le tenait dans sa main.
De l’autre main, elle se toucha. Se masturber n’avait jamais rien d’une honte chez elle, c’était un réflexe — et là, debout contre lui, elle glissa deux doigts entre ses cuisses, les fit tourner, les ressortit luisants. Puis elle les porta à la bouche de Samuel, à côté du tissu qu’il respirait encore.
— Tiens. Un avant-goût. — Elle lui glissa les doigts entre les lèvres. — En attendant la vraie.
Il les suça, les yeux dans les siens, le nez toujours dans le coton, sa queue dans la main d’elle. Ils restèrent un instant comme ça, chacun pris dans l’autre.
Il finit par lâcher la culotte sur la table de chevet — consommée, cette fois — et l’allongea sur le grand lit. Quand il descendit entre ses jambes, ce ne fut plus la faim brutale de l’entrée. Il s’installa, le nez contre elle, et la goûta lentement, à la source maintenant, sans le coton pour filtre — la langue à plat, patiente, qui s’attardait, le menton vite luisant.
Sous lui, Annabelle perdit pied autrement. Ça montait par couches, sans urgence, chaque passage de langue un cran plus haut. Elle s’entendit gémir dans le silence de la maison, une main dans ses cheveux, les hanches qui suivaient toutes seules.
C’est en la léchant qu’il commença, presque l’air de rien. Sa langue descendit plus bas que la fente, lentement, jusqu’à passer sur l’autre endroit — un coup de langue, puis un autre, baveux, appuyé, là où elle ne s’y attendait pas. Annabelle se figea une demi-seconde, surprise par la sensation autant que par l’endroit. Elle attendit l’inconfort, le réflexe de refus. Il ne vint pas. À la place, une chose étrange : son ventre se serra, et le plaisir monta d’un coup, plus fort, comme si tout était relié. Il s’attarda là un moment, la langue patiente, puis un pouce mouillé de cyprine vint prendre le relais, posé contre le trou sans entrer — juste une pression chaude et ronde, pendant que sa bouche remontait sur le clito. Elle ne dit rien. Lui non plus.
Elle grimpa très haut, jusqu’au bord — mais le bord, chez elle, ne suffisait jamais. Il le savait.
— Viens, souffla-t-elle. Prends-moi. Mais doucement, cette fois. Fais durer.
Il remonta, s’allongea sur elle et entra lentement, en la regardant — tout le contraire de l’entrée. Centimètre par centimètre, jusqu’au fond, puis un va-et-vient long, profond, sans hâte. Le front contre le sien. Ils étaient passés, en une soirée, du mur de l’entrée à ça : deux corps qui se connaissaient enfin pour de vrai, et qui avaient tout le temps du monde.
Quand elle bascula, ce fut lent et énorme — remplie, exactement comme il fallait, le corps qui se refermait par vagues longues autour de lui, un gémissement qu’elle ne retint pas. Il la suivit peu après, au fond, le visage dans son cou, sans un bruit cette fois, juste un long frisson qui le traversa.
Ils restèrent emboîtés un long moment, la lampe basse, la maison muette autour d’eux. Sur la table de chevet, la culotte gris chiné gisait là où il l’avait laissée — il avait fini par la lui prendre, comme promis depuis le seuil.
— Alors ? murmura-t-elle, moqueuse, à moitié endormie. À la hauteur de ce que t’imaginais ?
— Au-dessus. — Il l’attira contre lui. — Et on n’a même pas commencé. T’as un marché à honorer, je te rappelle. Dors.
Elle sourit dans le noir. Demain, il serait au CREPS toute la journée. Ça lui laissait le temps de réfléchir à ce dans quoi elle venait de s’embarquer.
L’entre-deux
### 2.1 Le réveil
Le jour entrait par les volets mal joints quand Annabelle s’éveilla la première. Une lumière grise de petit matin, la campagne muette, et à côté d’elle Samuel qui dormait encore, sur le dos, un bras en travers du lit. Elle resta un moment à le regarder — cet homme qu’elle avait connu sur un écran pendant deux ans et qui était là, en chair, dans le même lit qu’elle. Puis elle eut envie, simplement, comme tous les matins de sa vie.
Elle ne le réveilla pas. Elle souleva le drap, descendit le long de son corps, et le prit en bouche alors qu’il dormait encore — doucement d’abord, la langue, les lèvres, sur une queue qui durcit bien avant que le reste de lui n’émerge.
Samuel remonta du sommeil par le bas, tiré par cette chaleur humide qui montait et descendait. Il crut rêver une seconde, puis il sentit les boucles sur ses cuisses, la bouche qui le travaillait, et il ouvrit les yeux sur le drap qui bougeait au-dessus de lui. Il gémit, une main qui chercha la nuque d’Annabelle.
— … Putain. Quel réveil.
Elle releva la tête, les lèvres luisantes, un sourire.
— Bonjour. Je pouvais pas attendre. Tu connais le problème.
Elle remonta sur lui, à califourchon, et refit ce qu’elle avait fait la veille — parce que ça lui avait plu, et que ça lui plaisait à lui. Elle glissa une main entre ses propres cuisses, se caressa quelques secondes, déjà trempée du matin, et porta ses doigts à la bouche de Samuel.
— Tiens. Comme hier. Goûte dans quel état je me réveille.
Il les suça lentement, les yeux encore lourds de sommeil mais la queue parfaitement réveillée sous elle. Et ça suffit à tout faire basculer. Elle n’attendit pas plus : elle se souleva, le saisit, et s’empala dessus d’un coup — assise sur lui, remplie, parce que c’était comme ça qu’elle aimait commencer une journée.
Elle se mit à bouger, lente puis moins lente, les mains à plat sur son torse. Pour une fois il la laissa mener — les paumes sur ses hanches, à la regarder se servir de lui dans la lumière grise. Mais ses mains ne restèrent pas sages longtemps. L’une glissa dans son dos, descendit le long de la raie, et il reprit là où il s’était arrêté la veille — sauf qu’il alla un cran plus loin. Un doigt mouillé de tout ce qui coulait d’elle se posa contre le trou, appuya, et cette fois entra. Une phalange, pas plus.
Annabelle se crispa aussitôt, suspendit son mouvement.
— Eh. Qu’est-ce que tu fais.
— Le marché. — Il ne bougea pas le doigt, le laissa juste là, posé, à peine entré. — Continue. Si t’aimes pas, tu le dis, j’arrête.
Elle ne dit pas d’arrêter. C’était ça, le plus troublant. Elle aurait dû — la sensation n’avait rien d’évident, une présence bizarre, un corps étranger là où elle n’avait jamais rien laissé entrer. Pas franchement agréable, au départ. Mais elle le laissa faire. Et en recommençant à onduler, lentement, elle comprit autre chose : ce qui montait, ce n’était pas vraiment la sensation. C’était l’idée. Faire ça — le seul truc qu’elle avait toujours refusé, là, maintenant, son doigt en elle pendant qu’elle le chevauchait — c’était une transgression. Et la transgression, ça, elle avait toujours adoré : le frisson de passer une ligne. Elle se remit à bouger pour de bon, le doigt toujours là, et le plaisir revint, mêlé à quelque chose de neuf et d’un peu sale.
Elle bascula plus vite qu’elle ne l’aurait cru — penchée en avant, le souffle court contre sa bouche, le doigt encore en elle au moment où elle se referma partout. Il la suivit dans la foulée, l’autre main enfoncée dans ses fesses, au fond d’elle.
Elle resta affalée sur son torse le temps que les souffles retombent, leurs deux corps tièdes dans le lit défait.
— Bon. — Elle l’embrassa dans le cou, se redressa. — Maintenant j’ai faim. La vraie, cette fois.
### 2.2 Le petit-déjeuner
Elle le rejoignit dans la cuisine en petite culotte et rien d’autre — un modèle propre sorti de son sac, coton blanc tout simple, la version sage de la veille —, les cheveux en bataille, parfaitement à l’aise dans la maison de gens qu’elle ne connaissait pas. Samuel avait lancé le café et trouvé de quoi faire griller du pain. Il la regarda traverser la pièce, pieds nus sur le carrelage, les seins libres, et se dit qu’il pourrait s’habituer à ce genre de matin.
Ils déjeunèrent comme un vieux couple qui n’en serait jamais un — le café, les tartines, un fond de confiture trouvé dans le placard, la lumière du matin sur la table. La même aisance que la veille au dîner, en plus tranquille encore. Elle piochait dans son assiette à lui, il la resservait en café ; ils ne parlaient pas beaucoup, et c’était bien comme ça.
Mais l’heure tournait, et il avait un stage.
Il monta s’habiller, redescendit en tenue de sport, le sac sur l’épaule — coach pour la journée. Elle l’accompagna jusqu’à la porte, toujours en culotte, un mug à la main.
— Tu rentres quand ?
— Dix-sept heures, dix-huit. La maison est à toi. — Il posa le sac, et son ton changea, celui qu’elle connaissait, calme et sans réplique. — Une dernière chose. Pour la journée.
— Je t’écoute.
— Tu te touches pas. Pas une fois jusqu’à ce soir.
Elle faillit éclater de rire.
— Tu plaisantes. Tu sais que je tiens pas une journée. Jamais.
— Je sais. C’est exactement pour ça. — Il s’approcha, glissa une main dans la petite culotte propre, deux doigts qui constatèrent qu’elle était déjà prête, et les retira sans rien faire de plus. — Tu vas y penser toute la journée. Et ce soir, quand je rentre, t’auras jamais été dans cet état de ta vie. C’est comme ça que je te veux pour la suite. Pour le marché.
Elle le regarda, partagée entre l’envie de l’envoyer balader et le frisson très net que la consigne venait de lui donner. C’était insupportable. C’était exactement ce qu’elle aimait.
— … Et si je triche ?
— Tu triches pas. Si t’as trop envie, tu m’écris, tu me le dis. Mais tu touches pas.
Il l’embrassa, récupéra son sac et sortit dans la lumière déjà chaude. Elle resta sur le seuil à le regarder démarrer, le mug tiède entre les mains, et comprit qu’il venait de lui pourrir — délicieusement — la journée entière.
### 2.3 La journée seule
La maison, une fois la voiture partie, devint très silencieuse. Annabelle traîna un moment en culotte dans les pièces vides, finit son café froid, prit une douche longue dans la salle de bains de gens qu’elle ne connaissait pas. Et dès la douche, ce fut là : l’envie, comme tous les jours, la main qui voulait descendre toute seule sous l’eau chaude. Elle se retint. Pas par pure obéissance — par jeu. Parce qu’elle savait ce que ça donnerait le soir, si elle tenait.
Elle ne tint pas facilement.
Vers onze heures, elle craqua à moitié : allongée sur le lit défait, elle glissa une main dans sa culotte… et la ressortit. Elle attrapa son téléphone à la place.
Tu me pourris la journée. Trempée depuis ton départ et même pas le droit d’y toucher. T’es un grand malade.
La réponse vint dix minutes plus tard — il était en séance, elle l’imaginait au bord d’un terrain, le sifflet autour du cou.
Bien. C’est le but. Tu touches pas. Et tu m’écris à chaque fois que t’en crèves d’envie. Je veux le compte ce soir.
Salaud. Elle reposa le téléphone, fixa le plafond, et calcula combien d’heures il restait.
L’après-midi fut une torture lente et délicieuse. La chaleur montait dans la maison, elle tournait en rond, lisait trois pages d’un livre pris sur une étagère sans rien retenir. Tout la ramenait au même endroit : le doigt du matin, la sensation neuve, l’idée du soir. Le marché. Elle qui avait dit non toute sa vie à cette chose-là se surprenait à y penser sans dégoût — avec autre chose, même, qu’elle n’osait pas tout à fait nommer. Le frisson de céder sur le seul terrain où elle ne cédait jamais.
En fin d’après-midi, par désœuvrement autant que par curiosité — elle l’avait prévenu, elle fouillerait —, elle ouvrit le sac qu’il avait laissé dans la chambre. Rien d’extraordinaire : des affaires de sport, un nécessaire de toilette. Et, dans une poche, une petite trousse qu’elle n’aurait pas dû ouvrir. Un tube de lubrifiant, neuf. Et trois plugs, neufs eux aussi, encore sous blister — un petit, un moyen, un gros, du plus sage au plus inquiétant.
Elle resta un moment à les regarder dans sa main. Trois tailles. Une progression. Il avait relevé son défi la veille sans une hésitation — et pour cause : il était venu préparé. Il avait su, avant même qu’elle ne pose le marché, comment finirait le week-end, et jusqu’où il comptait l’amener, par paliers. Ça aurait dû l’agacer. Ça l’excita d’un coup, violemment, et elle dut serrer les cuisses pour ne pas désobéir sur-le-champ.
Elle remit tout en place exactement comme c’était. Et envoya un dernier message.
J’ai fouillé. Trouvé ta petite trousse. Donc t’avais tout prévu, depuis le début.
Évidemment. Tiens jusqu’à ce soir. Plus que deux heures.
Elle posa le téléphone sur son ventre, ferma les yeux, et attendit le bruit de la voiture dans l’allée — trempée, affamée, et beaucoup moins sûre de son « non » qu’elle ne l’avait été toute sa vie.
Le pacte
### 3.1 Le retour
La voiture revint dans l’allée un peu après dix-huit heures. Le temps que Samuel pousse la porte, Annabelle était déjà debout au milieu du salon — elle avait tenu toute la journée, contre sa nature, et ça se voyait : la respiration courte, les cuisses serrées, affamée.
Il posa son sac, calme, et ne la toucha pas tout de suite.
— Le compte.
— Onze. J’ai pas triché. Je te déteste.
— Onze. — Un demi-sourire. — Bien. Alors on a un marché. Et ce soir, on y va.
Elle soutint son regard. Brûlante, prête à céder sur tout — mais c’était elle qui avait posé le deal, et elle n’allait pas le laisser inverser les rôles si vite.
— OK. On y va. — Elle s’approcha, posa une main à plat sur son torse. — Mais c’est à toi de tenir ta parole en premier. Donnant-donnant, c’était mon idée. Alors va te doucher. Et après, je m’occupe de ton cul.
Il la regarda une seconde, et quelque chose passa dans ses yeux — il n’avait peut-être pas prévu qu’elle reprenne la main aussi nettement. Puis il sourit, et recula vers la salle de bains.
— Marché conclu. Déshabille-toi en m’attendant.
### 3.2 À elle d’honorer
Quand il ressortit de la douche, la serviette à la main, il la trouva dans la chambre exactement comme il aimait : en petite culotte et rien d’autre, assise au bord du lit — une main entre ses cuisses, par-dessus le coton, en train de se caresser sans la moindre gêne.
Il ouvrit la bouche.
— Eh. Je croyais que—
— Le deal, c’était de pas me toucher tant que t’étais pas rentré. — Elle ne s’arrêta pas, le regard planté dans le sien. — T’es rentré. Donc je rattrape. Onze heures à me retenir, faut bien.
Il ne trouva rien à redire. C’était imparable, et c’était bien elle : trouver la faille dans sa propre consigne et s’y engouffrer.
— Et j’ai pas chômé de la journée. — Elle eut un petit sourire, presque appliqué. — J’ai regardé des tutos. Pour bien faire. Puisque je m’y connais pas, autant apprendre.
L’idée d’Annabelle, seule dans cette maison, en train d’étudier sérieusement comment s’occuper du cul d’un homme entre deux crises d’envie, le fit bander net.
— Alors montre-moi ce que t’as appris. — Il laissa tomber la serviette. Nu. — Qu’est-ce que je fais ?
Elle se leva, le fit reculer jusqu’au lit, et le poussa d’une main sur l’épaule.
— À quatre pattes. — Sa propre voix la surprit, plus assurée qu’elle ne l’aurait cru. — Je m’occupe de toi.
Il obéit. Et c’était une chose étrange et neuve, ce renversement : lui qui menait toujours, à genoux sur le lit, offert, pendant qu’elle s’installait derrière. Il aimait ça depuis longtemps, se faire prendre le cul à la langue — mais il y avait quelque chose de plus, là, à le recevoir d’elle, sa confidente, la seule à qui il n’avait jamais réussi à faire passer ce marché-là dans l’autre sens.
Elle commença par les mains, les fesses écartées, le souffle dessus, puis elle se pencha et le lécha — un coup de langue large, à plat, de bas en haut. Elle l’entendit grogner et appuya. Elle prit ça au sérieux comme elle prenait tout : la langue qui tournait, qui appuyait sur le trou, qui s’enfonçait à peine, pendant que d’une main passée sous lui elle attrapait sa queue et le branlait, lentement, au même rythme. Les deux à la fois. Elle avait retenu ses leçons.
Devant, Samuel avait baissé la tête entre ses bras, perdu. Lui qui tenait toujours tout, il n’avait plus rien à tenir — juste à recevoir cette langue baveuse derrière et cette main devant, et à sentir, pour une fois, le sol se dérober un peu sous lui.
Quand elle le sentit bien détendu, elle passa à la suite. Elle avait posé le lubrifiant et le petit plug à portée sur le drap — elle aussi avait fouillé la trousse. Elle en enduisit ses doigts et revint masser l’anus, lentement, en rond, sans forcer. Puis un doigt entra. Il se laissa faire, le souffle long. Elle le travailla un moment comme ça, fascinée par ce qu’elle découvrait : cet homme ouvert sous elle, qu’elle menait pour la première fois.
Puis elle prit le petit plug, l’enduisit, et le présenta. Elle poussa doucement, par à-coups, comme les tutos le disaient, jusqu’à ce que l’anneau se referme dessus et qu’il soit en place. Samuel lâcha un juron sourd dans le drap.
— Voilà, souffla-t-elle, une pointe de fierté dans la voix. Petit plug. Posé. Et toi qui devais m’apprendre…
Elle se remit à le branler, le plug en lui, et le sentit monter vite — trop vite. Il l’arrêta net, la main sur son poignet.
— Stop. — La voix rauque mais ferme, le maître qui revenait même à genoux. — Pas comme ça. Je garde le reste. Maintenant, c’est ton tour.
### 3.3 Son tour
Il se redressa — le petit plug toujours en lui, et il ne le retira pas. Elle le remarqua : lui aussi resterait dedans, à égalité, le temps qu’il faudrait. C’était ça, le marché.
Il la fit basculer sur le dos, lui retira enfin la petite culotte blanche — propre du matin, trempée d’une journée entière de retenue. Il prit une seconde pour la respirer, réflexe, puis la posa de côté.
— On va y aller tout doucement, dit-il, calme. Y a pas de chrono. Si à un moment c’est trop, tu le dis et on s’arrête. Tu me fais confiance ?
— Je te fais confiance.
— Et tu te touches. Tout du long. — Il lui prit la main, la guida entre ses cuisses. — Tu restes dans ton plaisir à toi. Le reste, c’est moi qui m’en occupe. T’as rien d’autre à faire que te caresser.
Ça, elle savait faire — c’était même la chose qu’elle faisait le mieux au monde. Deux doigts sur le clito, lents, familiers, et tout de suite quelque chose se dénoua : elle était chez elle, là, dans son propre plaisir, pendant qu’il s’occupait du terrain inconnu.
Il la retourna sur le ventre, lui glissa un oreiller sous les hanches, et commença par la langue. Longtemps. Sans rien chercher d’autre que de la détendre — le trou, la chatte, des allers-retours patients, baveux, jusqu’à ce qu’il sente, sous sa bouche, les muscles lâcher un à un. Elle se caressait sous elle, le visage tourné sur le côté, la respiration qui s’allongeait.
Quand il la jugea prête — vraiment prête, pas avant —, il mouilla un doigt de lubrifiant et le posa contre elle. Juste posé. Il attendit qu’elle s’y habitue, puis poussa, très lentement, millimètre par millimètre.
Elle se crispa malgré tout.
— Doucement…
— Doucement. Je bouge plus. Continue de te toucher.
Il s’immobilisa, le doigt à peine entré, et la laissa revenir à elle — à sa main, à son clito, à ce qu’elle connaissait. Peu à peu le corps se rouvrit autour de lui, et il put avancer encore un peu. Ce n’était pas du plaisir, pas encore. C’était juste supportable — une présence, une sensation pleine et étrange qui ne faisait plus mal. Et c’était déjà énorme, pour elle qui avait dit non toute sa vie : laisser quelqu’un là, et ne pas le fuir.
Il ne chercha pas à en faire plus. Pas de second doigt, pas de pointe de plaisir arrachée trop tôt. Il laissa juste le doigt en elle, immobile et chaud, pendant qu’elle se faisait monter toute seule de l’autre côté — jusqu’à ce qu’elle bascule, un orgasme franc, le sien, celui de sa propre main, le cul simplement habité sans que ça la dérange.
Quand elle eut fini, tremblante, il retira son doigt avec la même lenteur, et se pencha sur sa nuque.
— Voilà. Pour ce soir, c’est tout. — Un baiser entre les omoplates. — Tu t’es laissé faire, t’as pas fui. C’est déjà beaucoup. Le plaisir, le vrai, ça viendra. Cette nuit, ou demain. On a le temps.
Le franchissement
### 4.1 Dimanche matin
Elle se réveilla avant lui, comme la veille. Mais ce matin-là, ce ne fut pas l’envie ordinaire qui la tira du sommeil — c’était l’autre chose. Toute la nuit, son corps avait gardé la mémoire du doigt immobile, de la sensation pleine et étrange, de cet orgasme bizarre où elle avait joui le cul habité sans que ça la gêne. Elle avait dormi dessus. Et au réveil, dans la lumière grise qui passait les volets, elle sut, avec une netteté qui la surprit elle-même, qu’elle voulait aller au bout. Pas parce qu’il le demandait. Parce qu’elle, maintenant, voulait savoir.
Celle qui avait dit non toute sa vie resta un moment immobile à fixer le plafond, presque à rire de ce qui lui arrivait. Puis elle se tourna vers lui.
Samuel dormait sur le ventre, un bras pendant hors du lit. Elle se colla à son dos, la bouche contre sa nuque, et le réveilla doucement.
— Hé. — Elle attendit qu’il émerge. — Je veux le faire. Maintenant. Pour de vrai.
Il ouvrit un œil, mit une seconde à comprendre, puis se réveilla tout à fait.
— … T’es sûre ?
— Je sais pas si je suis sûre. Mais j’en ai envie, et ça, je le sais. — Un demi-sourire. — Et t’as un marché à finir d’honorer, je te rappelle. Alors apprends-moi.
Il ne se fit pas prier, mais il ne se précipita pas non plus. Il la voulait détendue, ouverte, sans une once de peur. Il prit le tube et le petit plug — celui qu’elle ne lui avait pas laissé poser la veille —, la remit à plat ventre, un oreiller sous les hanches, sa propre main entre ses cuisses.
— Tu te touches. Comme hier. Tu restes dans ton plaisir, je m’occupe du reste.
La langue d’abord, longtemps, jusqu’à la détente. Puis le doigt, qui passa plus vite que la veille — son corps se souvenait. Et cette fois, quand il présenta le petit plug enduit et qu’il poussa, doucement, par à-coups, jusqu’à ce que l’anneau se referme et qu’il soit en place… il se passa quelque chose de neuf.
Ce n’était plus seulement supportable. Pendant qu’elle se caressait le clito, la présence pleine derrière se mit à résonner avec le plaisir de devant — les deux reliés, comme avec le doigt la première fois, mais en plus fort, en plus profond. Un plaisir qu’elle ne connaissait pas, sourd, qui montait d’un endroit dont elle n’avait jamais rien attendu.
— … Oh. — Elle se figea, stupéfaite. — Oh putain. C’est… ça commence à être bon.
— Voilà. — Il y avait du sourire dans sa voix, et autre chose, du désir nu. — Je t’avais dit. Bouge un peu. Sens-le.
Elle ondula contre l’oreiller, le plug en elle, sa main devant, et le plaisir s’installa pour de bon — toléré la veille, désiré ce matin. Celle qui disait non en redemandait.
Il laissa le petit un moment, puis le retira et présenta le moyen. Plus gros. Elle se crispa au passage, souffla, le prit. Et une fois passé, ce fut encore meilleur : la sensation plus large, plus pleine, qui la faisait gémir dans l’oreiller sans qu’elle cherche à se retenir.
— T’es prête, dit-il. Pas pour le plug. Pour moi.
Elle tourna la tête, le regarda, et hocha la tête. Elle le voulait.
Il retira le plug, se plaça derrière elle, et présenta sa queue à la place — enduite, lente. Il poussa par paliers, s’arrêtant chaque fois qu’elle se tendait, la laissant respirer, reprendre sa main, redescendre. Centimètre par centimètre, comme il avait tout mené depuis la veille. Et elle le prit. Entièrement. Le seul truc de toute sa vie qu’elle avait juré ne jamais faire, et il était en elle, jusqu’au bout.
Elle resta un instant immobile, le souffle suspendu, à mesurer ce qui venait d’arriver. Puis il commença à bouger, très lentement, et le plaisir sourd revint, décuplé.
— Touche-toi, souffla-t-il. Mets-toi les doigts. Devant. Je veux que tu jouisses comme ça.
Elle obéit. Deux doigts dans sa chatte, le clito sous la paume, la queue qui allait et venait dans son cul — remplie des deux côtés, exactement ce qu’il lui fallait pour basculer. Et elle bascula. Plus fort que jamais, un orgasme qui partit de partout à la fois, le corps secoué, un cri long qu’elle ne retint pas dans la maison vide. De la sentir se refermer comme ça, partout, l’emporta à son tour — il alla au fond, une dernière poussée, et jouit en elle, le front entre ses omoplates.
Ils s’effondrèrent sur le côté, encore emboîtés, trempés, hors d’haleine. Un long silence. Puis elle se mit à rire — un rire incrédule, heureux.
— Quoi ? fit-il dans son dos.
— Rien. — Elle attrapa sa main, la serra. — J’ai dit non à ça toute ma vie. Et il a fallu toi, un week-end, et un marché à la con.
— Et trois plugs.
— Et trois plugs. — Elle rit encore. — La ferme. Garde-moi juste un peu comme ça.
### 4.2 Le départ
Ils ne se levèrent pas tout de suite. Le dimanche s’étirait, sans stage cette fois — juste la maison silencieuse, un dernier café tiède bu à moitié nus dans la cuisine, la lumière qui montait sur les champs. Ils parlèrent peu. Il n’y avait pas grand-chose à dire qui n’ait déjà été dit, en deux ans d’écran et un week-end de peau.
Puis il fallut bien. Elle avait deux heures de route, lui un peu plus. Ils remirent la maison de la belle-sœur en ordre — les draps dans la machine, la vaisselle, les fenêtres rouvertes pour chasser leur odeur des pièces qui ne leur appartenaient pas. Comme s’ils effaçaient le week-end. Comme si personne ne devait jamais savoir.
Annabelle s’habilla pour la route — une autre jupe légère, un autre haut —, et par réflexe chercha une culotte propre dans son sac. Samuel l’arrêta.
— Celle d’hier. Celle de l’arrivée. — Il la sortit de l’endroit où il l’avait rangée, le gris chiné, et la lui montra. — Celle-là, je la garde. Comme promis le premier soir.
Elle leva les yeux au ciel, mais elle souriait.
— Pervers. Jusqu’au bout.
— Jusqu’au bout. — Il la rangea dans son sac, tranquille. — De quoi patienter jusqu’à la prochaine fois.
Les deux voitures étaient garées côte à côte dans l’allée de terre. C’était une drôle d’image — deux quadras, chacun sa vie à des heures de route, retrouvés là le temps d’un week-end pour finir ce qu’ils avaient commencé sur un écran. Ils ne se firent pas de promesses. Ce n’était pas ce genre de relation, ça ne l’avait jamais été et ça ne le serait jamais. Pas d’amour, pas de « et maintenant ». Autre chose, plus rare peut-être : deux personnes qui se disaient tout, et qui désormais se le diraient en sachant.
Il l’embrassa contre sa portière, longuement.
— Roule prudemment.
— Toi aussi. — Elle ouvrit la porte, puis se retourna, l’œil moqueur, fidèle à elle-même jusqu’au bout. — Et merci pour le cours. J’aurais jamais cru dire ça, mais… je crois que je vais avoir des idées, maintenant.
Il rit. Elle démarra la première, lui fit un signe par la vitre, et la voiture disparut au bout du chemin dans la poussière du dimanche.
Il resta une seconde dans l’allée, le sac à l’épaule, la culotte gris chiné au fond. Ce soir, comme tous les soirs, ils se réécriraient — un vocal, une photo, le récit d’une journée. Rien n’aurait changé, et tout aurait changé. Ils s’étaient enfin touchés. Leur histoire pouvait reprendre comme avant, à distance — mais sans manque, cette fois : ils savaient, désormais, exactement ce qu’il y avait au bout de l’écran.