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La culotte de Fabie

Samuel Fabie

Adopte un mec

Sur Adopte un mec, l’homme ne fait que se montrer et attendre : ce sont les femmes qui font leur marché et qui choisissent. Samuel le savait quand il s’y était inscrit — quarante et un ans, marié, une alliance qu’il ne retirait jamais, l’habitude de chercher en déplacement ce que la maison ne donnait plus. Son profil traînait là depuis des semaines quand, un soir, à cent quatre-vingts kilomètres, dans un appartement toulousain où son compagnon s’était endormi devant la télé, Fabie avait fait son marché. Quarante-six ans, brune, pleine, lucide. Elle avait fait défiler les profils comme on parcourt un rayon, s’était arrêtée sur le sien — le Lot, un sourire posé, pas de chichi —, l’avait choisi et lui avait écrit la première. Aucun des deux ne cherchait une histoire. C’était un plan cul, et ça avait été clair dès le deuxième message.

C’est même ce qui les avait mis à l’aise. Lui marié, trois enfants, une femme qu’il ne quitterait pas. Elle en couple depuis huit ans, pas malheureuse, pas comblée non plus. Chacun avait quelque chose à perdre, donc personne à qui rien promettre. Le mensonge était à la maison, dans les lits où ils dormaient le dos tourné ; entre eux, sur l’écran, il n’y avait que la vérité — ce qui rendait tout plus simple, et beaucoup plus cru. Pas de préliminaires de mots. Dès les premiers soirs, ça avait glissé droit vers le sexe.

Les nuits étaient devenues un rendez-vous tacite — chacun chez soi, dans le noir, l’autre endormi à côté, le téléphone baissé au minimum. Elle menait, parce qu’elle menait depuis le début. C’est elle qui avait réclamé une photo ; il en avait envoyé une, elle aussi, un soir, prise dans la salle de bain pendant que l’autre regardait le foot : en soutien-gorge, le décolleté lourd, le ventre rond assumé, un regard par en dessous. Ça te va, ça ? Samuel avait répondu en lui décrivant exactement ce qu’il lui ferait, sans euphémisme, et Fabie, allongée dans le noir, la main déjà quelque part sous le drap, avait senti monter cette chaleur basse qui ne demandait qu’un prétexte. Les messages disaient ce qu’ils se feraient — où, comment, dans quel ordre. Rien n’était encore prévu, ils ne s’étaient pas vus ; mais l’évidence était posée entre eux : un jour, un déplacement l’amènerait dans le Sud, et les mots cesseraient d’être des mots.


Ça sortit un soir où ils étaient allés plus loin que d’habitude. Il était tard — passé minuit —, Samuel avait un verre de rouge entamé à côté de lui dans le salon noir, et ça faisait une heure qu’ils s’écrivaient sans plus aucun détour. Ces soirs-là avaient leur mécanique : elle menait, elle posait les questions, et lui répondait en détail parce qu’il avait compris qu’elle aimait les détails. Ce qu’il lui ferait en arrivant. D’abord je te déshabille pas, je passe la main sous ta jupe et je vérifie. Comment il la prendrait. À quatre pattes, la première fois, je te tiens par les hanches. Elle renvoyait la pareille, crue, précise — je te sucerai avant, je veux te sentir durcir dans ma bouche —, et il la sentait, à un département de distance, glisser une main sous le drap pendant qu’elle tapait. Ils en étaient là : deux inconnus qui se branlaient chacun chez soi en se décrivant l’avenir, l’autre endormi dans la pièce d’à côté.

Et ce soir-là, peut-être à cause du vin, peut-être parce qu’elle l’avait chauffé plus que d’habitude, Fabie avait posé la question autrement. Pas qu’est-ce que tu me ferais — ça, elle l’avait déjà. Mais : c’est quoi ton vrai truc à toi ? Pas la réponse de catalogue. Le truc que tu dis à personne. Samuel resta la main sur le verre, à fixer l’écran. Son truc, il le connaissait depuis toujours, et il n’en avait plus honte — quelques femmes, au fil des années, l’avaient accueilli, et l’une d’elles savait même très bien s’en servir. Mais c’était justement le genre d’aveu qu’on ne sort pas à n’importe qui : dit trop tôt, à une inconnue jamais vue, il faisait passer pour un pervers et tuait le plan d’un mot. À la maison, il le taisait ; dehors, il le dosait. Là, il pesait le risque — quelques semaines de messages, une femme qu’il n’avait jamais touchée. Il pensait : si je lui sors ça maintenant, soit elle embarque, soit c’est fini. Mais il était tard, il bandait, elle était à cent quatre-vingts kilomètres et il ne risquait que des mots. Alors il joua le coup, et il l’écrivit. Les culottes. Pas neuves : portées. Gardées toute une journée sur une femme, tièdes, marquées, chargées de son odeur à elle. L’odeur d’une femme dans le tissu, qu’il voulait respirer avant même de la toucher. Il envoya, et posa le téléphone à l’envers sur sa cuisse, le cœur un peu vite, comme on attend après avoir trop parlé.

À Toulouse, Fabie relut deux fois. Sa première réaction fut un froncement de sourcils, un léger recul. Les culottes sales ? Elle s’était attendue à tout sauf à ça. Sur le moment, ça la refroidit — elle répondit quelque chose de vague, t’es un drôle de mec toi, orienta la conversation ailleurs et coupa peu après. En reposant le téléphone, elle se dit que c’était bizarre, et rangea ça dans la case des trucs d’hommes qu’on ne comprend pas.

Sauf que l’idée ne resta pas dans sa case. Elle revint le lendemain, sans prévenir, pendant qu’elle s’habillait : en remontant sa culotte le matin, Fabie se surprit à penser qu’à cet instant précis, un homme dans le Lot aurait voulu l’avoir. La pensée la fit sourire, puis la troubla de la sentir tiède contre elle. Les jours suivants, ça revint encore — au bureau, dans la voiture, ce truc idiot qui infusait. Elle qui croyait avoir tout entendu se découvrait remuée par la seule chose qui l’avait d’abord rebutée. Ce n’était pas la culotte, comprit-elle. C’était lui, et ce que ça lui faisait à lui : l’idée d’un homme qui la respirerait avant de la toucher, qui voudrait d’elle ce que personne ne lui avait jamais demandé. Le pouvoir qu’il y avait là-dedans — le rendre fou avec un bout de tissu qu’elle portait déjà — finit par l’allumer franchement.

Elle n’en dit rien à Samuel. Elle garda ça pour elle, comme on garde une idée qu’on sait qu’on va réaliser. Quand, quelques semaines plus tard, il lui annonça qu’un salon le ferait descendre à Pau, et qu’elle pourrait monter le retrouver, Fabie sentit la chose se mettre en place toute seule. Elle savait déjà, à la seconde où elle dit oui, ce qu’elle lui apporterait.


Le soir de Pau

Le salon e-tourisme se tenait au Palais Beaumont, deux jours de conférences dans l’ancien casino Belle Époque posé au bord du parc — verrières, dorures, et les Pyrénées au loin par les hautes fenêtres. Samuel y montait pour l’office, avec Marielle : pas comme exposants, comme visiteurs — des tables rondes, des keynotes, une soirée de gala prévue le second soir. Ils étaient arrivés la veille du premier jour, en fin d’après-midi, et logeaient au même appart-hôtel, le long du même couloir. Personne autour d’eux ne savait ce qu’il y avait entre eux, et c’était très bien ainsi. Le soir même de leur arrivée, quand Marielle lui avait proposé de dîner avec elle et deux partenaires croisés à l’enregistrement, Samuel avait répondu qu’il était pris — des amis de fac qui habitent dans le coin. Elle n’avait pas insisté ; lui non plus n’aimait pas trop savoir ce qu’elle faisait certains soirs. C’était la règle tacite de leur arrangement : chacun sa marge. Il avait à peine posé sa valise qu’il guettait déjà l’heure, l’estomac noué par ce qui l’attendait — la première fois qu’il verrait en vrai une femme qu’il connaissait déjà par cœur sans l’avoir jamais touchée.

À Toulouse, Fabie avait décidé de faire les choses bien. Il voulait une culotte sale ? Elle lui en donnerait une vraie. La veille, elle était allée en acheter une exprès — pas de la dentelle, pas un truc pour faire joli : elle avait compris que ce qu’il voulait n’était pas l’objet mais ce qu’il en garderait, alors elle avait pris un coton tout simple, blanc, du tissu qui boit et qui retient. Le soir, elle s’était douchée longuement, savonnée partout — propre, nette, pour partir de zéro —, puis elle avait enfilé la culotte neuve sur sa peau lavée. À partir de cet instant, elle ne la quitterait plus jusqu’à lui.

Cette nuit-là, dans son lit, l’homme avec qui elle vivait endormi à côté d’elle, Fabie avait glissé la main dans le coton neuf et s’était caressée sans bruit, lentement, en pensant à ce qu’elle s’apprêtait à faire — et elle avait joui contre le tissu, qu’elle avait laissé boire. Première marque. Au matin, elle était allée aux toilettes et, pour la première fois de sa vie, s’était essuyée à peine — un geste rapide, exprès bâclé, juste de quoi ne pas tremper le reste. L’idée du tissu pas net contre elle, ce truc qui l’aurait dégoûtée une semaine plus tôt, lui serra le ventre. C’était sale, et ça l’excitait. La femme qui avait froncé les sourcils devant son message avait disparu : à sa place, une autre, qui plongeait dans le truc de cet homme et y prenait un plaisir qu’elle ne s’expliquait pas.

Toute la journée, ça monta. Régulièrement, elle s’isolait — aux toilettes du travail, puis sur une aire en conduisant vers Pau — relevait sa robe et vérifiait : la trace s’élargissait, jaunissait sur les bords, l’odeur devenait franche, musquée, c’était elle, concentrée. Chaque fois elle se caressait un peu à travers le coton, juste assez pour remouiller, puis elle s’essuyait la chatte avec le fond de la culotte pour qu’elle boive tout — la charger, encore. Il va adorer, pensait-elle à chaque contrôle, et de le penser la remettait au bord. Quand elle arriva à Pau en fin d’après-midi et vérifia une dernière fois dans les toilettes d’un bar, le coton était lourd, tiède, gorgé de près de vingt-quatre heures d’elle. Elle faillit y glisser la main pour de bon, se retint. Pas maintenant. Garde tout ça pour lui. Elle se remit un peu de rouge à lèvres et sortit le retrouver dans Pau avec, sous sa robe légère, le secret qui la tenait au bord depuis la veille.


Ils s’étaient donné rendez-vous en haut du boulevard des Pyrénées, là où la ville s’ouvre d’un coup sur la vallée et les montagnes au loin, bleues dans le soir qui tombait. Samuel l’attendait contre la balustrade quand il la vit arriver — et il y eut cette seconde étrange, propre aux rencontres d’écran, où le cerveau cale : c’était bien Fabie, exactement elle, et pourtant pas tout à fait l’image qu’il s’était faite. Plus petite. Plus pleine que sur les photos, le corps rond sous une robe légère, la poitrine lourde, les cheveux bruns lâchés. Quarante-six ans portés sans s’excuser. Il pensait : c’est elle, c’est vraiment elle, et quelque chose dans son ventre répondit oui avant même qu’il ait décidé quoi que ce soit.

Elle aussi le recalibrait. L’homme du Lot, en vrai, était plus grand qu’elle ne l’imaginait, sec, la barbe courte déjà grisonnante par endroits, et il avait cette façon calme de la regarder qui collait à ses messages. Bon, pensa-t-elle, ça, c’est réglé — parce qu’elle avait redouté, pendant tout le trajet, l’instant où elle le verrait et où ça ne prendrait pas. Ça prenait. Restait le plus drôle : ils s’étaient tout dit, tout décrit, ils s’étaient fait jouir par écrit pendant des semaines, et maintenant qu’ils étaient l’un en face de l’autre, ils ne savaient plus comment se dire bonjour. Une bise maladroite, une main qui ne sait pas où se poser, un rire un peu trop fort pour rien. Deux inconnus intimes.

Ils descendirent vers la vieille ville et trouvèrent un petit restaurant dans une ruelle, presque vide à cette heure, une salle basse aux murs de pierre. La gêne tint les premières minutes — la carte qu’on lit trop longtemps, les phrases sur la route, sur le salon, sur la pluie annoncée le lendemain. Des banalités d’autant plus drôles qu’elles recouvraient tout le reste. Samuel la trouvait plus timide en vrai qu’à l’écran, et ça lui plaisait ; il ne se doutait pas une seconde de ce qu’elle tenait sous sa robe. Car Fabie, elle, n’avait rien oublié. Assise en face de lui, les cuisses serrées, elle sentait à chaque mouvement le coton lourd et tiède contre sa chatte — vingt-quatre heures d’elle, gardées pour lui, à trente centimètres de ses mains à lui qui beurraient tranquillement un morceau de pain. Elle souriait à ses banalités, le ventre au bord, et pensait : si tu savais ce que je t’ai apporté.


Le vin fit son travail, et la gêne tomba comme elle était venue. Au deuxième verre, ils riaient déjà de s’être dit tant de choses sans s’être jamais touchés ; au troisième, la conversation revenait toute seule là où elle voulait aller. Ce fut elle qui ouvrit la porte, parce que c’était elle qui menait depuis le premier message. Elle reposa son verre, le regarda bien en face, et lâcha, sans baisser la voix plus que ça :

— Alors c’est vrai, ton histoire de culottes ?

Samuel sentit la chaleur lui monter au visage — pas de honte, autre chose. D’ordinaire, c’était lui qui menait ces moments-là, lui qui posait les questions et regardait les femmes rougir. Là, il était de l’autre côté, et il découvrit que ça l’excitait aussi.

— C’est vrai.

— Qu’est-ce que tu en fais, exactement ?

Il le lui dit. Calmement, à voix basse, par-dessus la nappe : qu’il aimait qu’une femme en garde une sur elle toute la journée, qu’il aimait la prendre tiède, la respirer avant de la toucher, sentir dans le tissu ce qu’elle ne montrait à personne. Il parlait, et Fabie l’écoutait en serrant un peu les cuisses sous la table, parce que chaque mot tombait pile sur ce qu’elle avait fait depuis la veille. Elle aurait pu le lui dire. Elle aurait pu se pencher et lui souffler qu’elle en avait une, là, maintenant, gorgée de vingt-quatre heures, à quelques centimètres de lui. Elle ne le dit pas. Elle garda ça comme on garde la meilleure carte — pour le moment où ça ferait le plus d’effet. Mais elle le regardait autrement, à présent, et ce regard-là le disait presque.

— Et si une femme t’en donnait une, comme ça… relança-t-elle, en jouant avec le pied de son verre. Une vraie. Bien portée. Tu ferais quoi ?

— Je crois que je n’attendrais pas d’être rentré.

Quelque chose bascula à ce mot-là. Ils se turent une seconde, et dans ce silence il n’y avait plus rien de la gêne du début — seulement deux personnes qui savaient parfaitement comment la soirée allait finir et qui n’avaient plus tellement envie de faire durer le dîner. Fabie posa sa main à plat sur la table, près de la sienne, sans la toucher. Samuel chercha le serveur des yeux. Il pensait : on s’en va.


Le bout de tissu

Quand le serveur apporta l’addition, Fabie se leva.

— Je passe aux toilettes. Tu règles ?

Elle traversa la salle en sentant le regard de Samuel sur elle, et chaque pas faisait glisser le coton trempé contre sa chatte, ce qui acheva de la décider. Elle s’enferma dans le cube du fond, tira le verrou, et resta une seconde immobile, le dos contre la porte, le cœur qui cognait. Voilà. C’était maintenant. Elle releva sa robe.

La culotte était dans un état qu’elle n’aurait pas cru possible vingt-quatre heures plus tôt. Le coton blanc n’avait plus rien de blanc au fond : au centre, une large auréole raidie, jaunie et brunie sur les bords par les couches qui avaient séché les unes par-dessus les autres, et en plein milieu une zone plus sombre, encore humide, qui luisait. Partout les traces de sa cyprine — des dépôts crémeux, blanchâtres, craquelés là où c’était sec, visqueux et filants là où elle venait de remouiller ; le tissu avait durci par plaques, cartonné sous la pulpe des doigts. Et l’odeur, quand elle baissa le nez vers le fond : franche, musquée, lourde, son odeur à elle concentrée par un jour entier — avec, dessous, une note plus acide, presque ammoniaquée, parce qu’au matin elle s’était essuyée à peine après avoir pissé. C’était sale. Vraiment sale. Une semaine plus tôt, ça l’aurait écœurée ; ce soir, debout dans ce cube, elle trouva ça magnifique, et obscène, et exactement ce qu’il voulait. Tout ça pour lui.

Elle glissa la main à l’intérieur, deux doigts sur le clito déjà gonflé, et n’eut presque rien à faire — elle était au bord depuis la veille, depuis des heures à se caresser dans la voiture, à se savoir à portée de ses mains à lui pendant tout le dîner. Quelques cercles, la paume écrasée sur le tissu détrempé, la bouche serrée pour ne pas faire de bruit, et elle jouit là, debout, vite et fort, le front contre la porte des toilettes d’un restaurant de Pau, en pensant à la tête qu’il allait faire.

Elle resta penchée un instant, les jambes un peu molles, à reprendre son souffle. Puis elle fit ce qu’elle était venue faire : elle fit glisser la culotte le long de ses cuisses, l’enjamba, la ramassa. Le tissu était brûlant au creux de sa main, lourd, poisseux, alourdi de tout ce qu’il avait bu. Une partie d’elle — la femme d’avant, celle qui avait froncé les sourcils — eut un dernier sursaut : tu vas vraiment lui mettre ça dans la main, à table ? Mais la femme d’avant n’avait plus voix au chapitre. Fabie roula la culotte serré dans son poing, rabattit sa robe sur ses fesses nues, et se regarda une seconde dans le miroir au-dessus du lavabo — les joues rouges, l’œil brillant, le sexe à l’air sous le coton de la robe. Elle se trouva belle. Elle sortit.


Samuel avait réglé et rangé sa carte quand il la vit revenir vers la table. Quelque chose avait changé dans sa démarche — quelque chose de délié, de sûr, l’œil un peu trop brillant. Elle ne se rassit pas. Elle vint à côté de lui, se pencha comme pour attraper sa veste sur le dossier, et dans le même geste elle lui prit la main sous la table et y déposa quelque chose. Quelque chose de tiède. De mou et de lourd. Du tissu, roulé en boule, encore chaud d’avoir été porté — et chaud d’autre chose. Le temps qu’il comprenne, elle avait déjà la bouche contre son oreille, et elle souffla, lentement, pour qu’il ne perde pas un mot :

— Je l’ai mise hier soir, en sortant de la douche. J’ai dormi avec. Je me suis caressée dedans cette nuit, et encore toute la journée — je me suis essuyée avec à chaque fois que j’ai mouillé. Ça fait vingt-quatre heures qu’elle est sur moi… et je viens de jouir dedans, là, à l’instant, dans les toilettes.

Tout chez Samuel s’arrêta une seconde, puis tout repartit en même temps. La main se referma toute seule sur la boule de coton. L’odeur lui monta avant même qu’il ait bougé — il n’eut pas besoin de la porter au nez, elle était déjà là, dans sa paume, qui montait jusqu’à lui : franche, intime, sale, exactement ce qu’il aimait, en plus fort que tout ce qu’il avait connu. Il bandait déjà, d’un coup, à en avoir mal contre la couture. Il pensait : elle a fait ça. Elle a vraiment fait ça. Vingt-quatre heures. Pour moi. Lui qui menait, d’habitude, lui qui décidait du tempo, venait de se faire cueillir à une table de restaurant par une femme qui avait pris son kink et l’avait poussé plus loin que lui-même n’aurait osé le demander.

Il ouvrit la main une seconde sur ses genoux, juste pour regarder — le coton raidi et jauni, l’auréole foncée, le fond poisseux —, et il dut serrer les dents. Il n’avait qu’une envie : le porter à son visage, là, maintenant. Il ne le fit pas. Il roula la culotte et la glissa dans la poche de sa veste, où il garda la main un instant, fermée dessus, comme sur quelque chose de volé. Puis il se leva. Sa voix sortit un peu rauque.

— On y va.

Fabie souriait. Elle savait exactement l’effet qu’elle venait de produire, et c’était précisément pour ça qu’elle l’avait fait.


Dehors, la nuit était tombée pour de bon sur la vieille ville, les ruelles pavées luisaient un peu, désertes. Ils prirent vers l’appart-hôtel sans se presser, et quelque chose s’était inversé depuis les toilettes : elle l’avait cueilli à table, d’accord — mais maintenant il avait sa culotte dans la poche, la main fermée dessus, et le désir lui avait rendu l’aplomb. C’était son terrain à lui, ça. Il passa le bras autour de sa taille, descendit la paume sur ses reins, puis plus bas, sur la rondeur des fesses, par-dessus le coton léger de la robe. Et là il le sentit : pas de couture, pas de ligne, aucune barrière — rien que la robe, et dessous la peau nue, pleine, qui roulait sous sa main à chaque pas. Il pensait : plus rien. Elle n’a plus rien. Ça lui coupa le souffle autant que le chuchotement de tout à l’heure.

Il ne tint pas jusqu’à l’hôtel. Quelques mètres plus loin, là où une ruelle s’enfonçait dans le noir entre deux murs, il la tira contre la pierre, à l’abri du réverbère. Pas de préambule. Il remonta la robe d’une main, de l’autre il chercha entre ses cuisses — et il la trouva trempée, brûlante, la fente déjà ouverte et gluante, encore gonflée d’avoir joui dix minutes plus tôt. Fabie écarta les jambes contre le mur sans qu’il ait à le demander, le souffle court. Deux doigts trouvèrent le clito, glissèrent dans tout ce qui coulait, remontèrent, appuyèrent. Elle se mordit la main pour ne pas crier dans la rue.

Ça monta vite — trop vite, parce qu’elle était au bord depuis vingt-quatre heures, parce qu’être prise debout contre un mur, à nu sous sa robe, dans une rue où n’importe qui pouvait passer, lui faisait exactement le même effet que tout le reste. Ses cuisses se mirent à trembler, son bassin cherchait la main, elle haletait contre son oreille — attends, attends, je vais… — et c’est précisément là, à la seconde où il sentit qu’elle basculait, que Samuel retira sa main. D’un coup. La laissa suspendue, le vide à la place de l’orgasme, les jambes flageolantes contre la pierre. Il porta les doigts trempés à son nez, lentement, respira, puis les lui posa sur les lèvres.

— Pas ici, dit-il. À l’hôtel.

Elle aurait pu le tuer. Elle le suivit.


La chambre

L’appart-hôtel était silencieux à cette heure, le couloir du deuxième vide sous sa lumière jaune. Samuel sortit la carte. Sa porte à lui : 214. Celle de Marielle : 209, au bout du couloir, derrière laquelle elle dormait peut-être déjà, ou pas. Il le savait en glissant la carte dans la fente. Ça ne l’arrêta pas — ça le durcit un peu plus. Tromper sa maîtresse, qui était aussi sa cheffe, à quelques portes d’elle, avec une femme nue sous sa robe qu’il venait de doigter debout contre un mur, à deux rues de là : il y avait dans l’addition de tout ça quelque chose qui lui montait à la tête. La porte s’ouvrit, se referma derrière eux, et le verrou claqua. Enfin seuls.

Alors, seulement, il fit ce qu’il crevait de faire depuis le restaurant. Il sortit la culotte de la poche de sa veste, la déroula, et la porta à son visage — pas une reniflée pudique, non : il l’écrasa contre son nez et sa bouche, le fond poisseux contre les narines, et il respira à fond, longtemps, les yeux fermés. Vingt-quatre heures d’elle d’un coup, franches, sales, musquées. Il sentit son sexe cogner dans le pantalon. Fabie le regardait faire, debout au milieu de la chambre, et de le voir comme ça — cet homme calme, le nez enfoui dans sa culotte sale comme dans quelque chose de précieux — acheva de la mettre dans un état pas croyable, elle que le déni de la rue tenait encore au bord. Il rouvrit les yeux, la fixa par-dessus le tissu, et le lui tendit.

— Sens.

Elle obéit. Elle respira sa propre odeur dans le coton, soutenant son regard, et ça les tint une seconde tous les deux, immobiles, ce truc partagé qui n’avait plus rien d’un secret honteux. Puis il posa la culotte sur la table de chevet, bien en évidence, et s’avança vers elle. Il prit le bas de la robe à deux mains et la fit remonter, lentement, le long des cuisses pleines, du ventre rond, jusqu’à la passer par-dessus la tête — et Fabie fut nue devant lui, quarante-six ans portés sans s’excuser, la poitrine lourde, la peau chaude, la chatte luisante et gonflée entre les cuisses. Il la regarda tout son saoul avant de la toucher. Magnifique, pensa-t-il. Elle se laissa regarder, le menton haut, parce qu’elle aimait ça aussi, être vue comme ça. Puis elle commença à le déshabiller à son tour.


Elle lui ouvrit la chemise, défit la ceinture, fit glisser le pantalon et le boxer d’un coup, et sa queue sortit, dure, lourde, le gland déjà luisant. Fabie ne perdit pas de temps. Elle se laissa descendre à genoux sur la moquette, le prit à la base d’une main, et l’engloutit — tout de suite à fond, jusqu’à le sentir buter au fond de sa gorge. Samuel jura à voix basse et dut poser une main sur le mur.

Il comprit vite où elle voulait aller, et il essaya de l’arrêter. Il voulait tenir, garder ça pour la suite, la prendre d’abord. Il poussa sur ses épaules, recula d’un cran — pas encore, attends —, mais Fabie ne le lâcha pas. Elle le suivit, le ravala, referma les mains sur ses fesses pour le ramener à elle et le bloquer là, au fond de sa bouche. C’était sa vengeance, et elle la prenait avec gourmandise : il l’avait laissée au bord contre un mur, eh bien lui n’aurait pas le choix. Elle accéléra, la langue, la gorge, la salive qui dégoulinait, un bruit obscène de succion qui emplissait la chambre, sans jamais le laisser ressortir assez longtemps pour qu’il reprenne le dessus. Elle le sentait gonfler, durcir encore, perdre le contrôle. Vas-y. Donne. Elle voulait le boire.

Il tint quelques secondes de plus, les dents serrées, puis il céda. Il jouit dans sa bouche par longues giclées, fort, en lui tenant la tête, et Fabie avala tout — elle ne perdit rien, le garda au fond, le pressa de la langue jusqu’à la dernière goutte, et ne le relâcha que quand il fut vidé. Elle remonta, la bouche brillante, un filet épais au coin des lèvres qu’elle récupéra du doigt, l’œil triomphant. Elle n’était pas inquiète une seconde. Elle le connaissait déjà, ce genre d’homme, et celui-là la voulait trop : il allait revenir, vite, et il n’en serait que meilleur après — plus dur à faire jouir, plus long, tout à elle. Elle venait juste de reprendre ce qu’il lui avait pris dans la rue.


Elle ne lui laissa pas le temps de souffler. Maintenant c’était son tour, et elle comptait bien le prendre. Elle le poussa en arrière sur le lit, d’une main à plat sur le torse, et il se laissa tomber sur le dos sans résister, encore essoufflé, la queue luisante et molle contre la cuisse. Fabie grimpa sur le matelas, enjamba son visage, et resta une seconde au-dessus de lui, à genoux, sa chatte pleine et trempée à quelques centimètres de sa bouche — il put la voir de tout près, gonflée, ouverte, les lèvres lourdes, luisante de tout ce qui avait coulé depuis la veille. À toi de bosser, pensa-t-elle. Puis elle descendit et s’assit sur sa bouche.

Pour Samuel, ce fut le second cadeau de la soirée. L’odeur d’abord, pleine, écrasée contre son visage — la même que dans le coton mais en plus fort, crue, prise à la source ; puis le goût, quand il sortit la langue et la passa sur toute la longueur de la fente baveuse. Il en avait rêvé pendant des semaines de messages, et c’était meilleur que tout ce qu’il avait imaginé. Il s’y mit à fond, à pleine bouche, la langue à plat qui remontait, les lèvres qui aspiraient le clito, le nez dans tout le reste. Elle était trempée à un point qui le rendait fou — ça coulait sur son menton, dans son cou. Et au creux de son ventre, lentement, il sentit sa queue recommencer à se réveiller.

Fabie ne le laissa pas mener longtemps. Elle prit appui des deux mains sur la tête de lit, et elle commença à se frotter — à bouger le bassin, à écraser sa chatte sur sa bouche, à chercher elle-même l’angle, le rythme, l’endroit exact. Elle le chevauchait, elle le guidait, elle s’en servait. Là. Reste là. Bouge pas. Il avait compris : il garda la langue plantée où elle voulait et la laissa faire le travail sur sa bouche. Ça ne prit pas longtemps — elle était au bord depuis vingt-quatre heures, on l’avait laissée en plan dans une rue, et là elle tenait enfin sa jouissance et ne comptait pas la rater. Ses cuisses se refermèrent sur les oreilles de Samuel, son dos s’arqua, et elle jouit en se frottant sans retenue sur son visage, fort, longuement, en lâchant un cri qu’elle ne chercha même pas à étouffer — tant pis pour la 209. Elle resta là, à califourchon sur sa bouche, le temps de descendre, à le sentir continuer à la lécher doucement. Puis elle baissa les yeux vers le bas du lit et vit qu’il était de nouveau dur. Elle sourit. Je te l’avais dit.


Elle ne lui demanda pas son avis. Elle se laissa glisser en arrière le long de son corps, attrapa sa queue à pleine main, la cala contre sa chatte trempée et descendit dessus d’un coup, jusqu’à la garde, dans un même mouvement lent et appuyé. Ils gémirent tous les deux. Puis Fabie se mit à le monter — les mains sur son torse, le bassin qui roulait, ses gros seins qui suivaient, la tête renversée. Elle le chevauchait comme elle avait fait tout le reste, à son rythme à elle, en se servant de lui, et Samuel n’avait qu’à la regarder se faire jouir sur sa bite : cette femme pleine, en sueur, qui s’empalait encore et encore, la chatte si mouillée que ça faisait un bruit obscène à chaque descente.

Mais il était revenu, dur et solide, et le calme lui était revenu avec — l’envie de reprendre la main pour la fin. Il la fit basculer, la retourna, la mit à quatre pattes en travers du lit. Levrette. Il la prit par les hanches et entra d’un coup, et là ce fut lui qui mena, qui claqua contre ses fesses pleines, fort, régulier, en la tenant solidement. Fabie enfouit la tête dans le matelas, passa une main entre ses cuisses et commença à se branler le clito pendant qu’il la défonçait — elle voulait jouir encore, avec lui cette fois, et elle se frottait vite, en cadence, en poussant le cul contre lui. La chambre était pleine du bruit des claques mouillées et de leurs deux souffles.

Quand il sentit que ça montait pour de bon, Samuel se retira. Il la fit pivoter d’une main, et Fabie comprit toute seule : elle se laissa tomber assise au bord du lit, le visage à hauteur, la bouche déjà ouverte, sans cesser une seconde de se caresser. Il se branla deux fois au-dessus d’elle et explosa — la première giclée au fond de la bouche, qu’elle happa, le reste sur le visage, en travers de la joue, sur les lèvres, sur le menton. Et de le sentir gicler sur elle, de le voir vidé une seconde fois rien que pour elle, Fabie bascula à son tour, les doigts plantés sur le clito, et jouit une dernière fois la bouche pleine de lui, le sperme qui coulait sur son visage. Ils restèrent là, secoués, à bout de souffle, à se regarder dans le silence revenu.

Plus tard, quand elle eut repris la route de Toulouse dans la nuit, Samuel resta seul dans la 214. Sur la table de chevet, la petite culotte de coton blanc était toujours là, raidie, jaunie, gorgée — elle ne l’avait pas réclamée, et il n’avait aucune intention de la rendre. Il la rangea au fond de son sac, sous ses affaires, là où Marielle ne fouillerait pas. Demain il y aurait les conférences, le gala, le stand, Marielle à trois portes et le monde du travail remis par-dessus tout ça. Mais cette nuit-là il s’endormit avec, dans le nez, l’odeur d’une femme qu’il venait à peine de rencontrer et qu’il reverrait — il le savait déjà — la prochaine fois qu’un déplacement le rapprocherait d’elle.