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Virginie…

Samuel Virginie

La rencontre

Cholet, un samedi de février. La boîte occupait un ancien entrepôt en bordure de nationale, le genre d’endroit où tout le monde finissait par se croiser parce qu’il n’y en avait pas d’autre à vingt kilomètres. Samuel était rentré de Paris depuis trois semaines. Pas encore de travail, pas de point fixe — juste cette impression étrange d’être revenu plus grand que la ville qu’il avait quittée.

Il connaissait la moitié des gens sans vraiment les connaître. Des amis d’amis, des têtes du lycée épaissies par dix ans. Il tenait son verre, adossé à un pilier, et il regardait. C’était ce qu’il faisait le mieux. À Paris, derrière un comptoir, il avait appris ça pour de bon : voir avant d’être vu.

Il la remarqua parce qu’elle, elle ne regardait pas ailleurs.

Virginie. Petite — un mètre soixante à tout casser. Brune, des boucles serrées qui tombaient sur les épaules nues. Ni maigre ni sportive : quelque chose de plein, de rond, contenu dans une robe sombre sans manches malgré le froid du dehors. La peau mate, le teint d’une Italienne. Elle riait au milieu d’un groupe, un grand type planté derrière elle, une main posée sur sa hanche à elle — qu’elle n’avait pas l’air de sentir.

Elle le fixait, lui. Une seconde de trop, puis encore une. Elle le tenait du regard comme on tient quelqu’un par le poignet.

Elle traversa. Le grand type la suivit des yeux, puis comprit qu’il ne suivrait que des yeux, et se retourna vers le bar. Elle s’arrêta devant Samuel, leva son verre vide comme on pose une question.

— Paris, c’est toi ? On dit que tu rentres de Paris.

— Les nouvelles vont vite.

— Y a rien d’autre à faire ici que de savoir qui rentre d’où.

Elle souriait, le menton un peu relevé pour rattraper les quinze centimètres qui les séparaient.

— Tu danses ?

Ce n’était pas une question.

La piste tenait au fond, noyée sous une lumière qui virait du rouge au bleu et revenait au rouge. Elle ne lui lâcha pas la main pour y descendre.

Elle dansa collée d’emblée, sans le sas habituel des premières mesures, comme si la question de la distance ne s’était jamais posée. Petite contre lui — elle lui arrivait au milieu du torse — et elle se servait de ça, de sa taille, pour se loger là où ça comptait. Le rond de ses hanches roulait contre le haut de sa cuisse. La robe était fine, sombre, sans manches ; il sentait la chaleur de sa peau au travers, et le mouvement libre du corps dessous.

Il posa les mains sur ses hanches. Elle se cambra un peu, juste pour qu’il les laisse descendre, et il les laissa descendre, et sous le tissu il ne trouva aucune couture, aucune marque, aucune ligne. Rien.

Il pensa : elle est venue sans rien dessous.

Elle leva les yeux vers lui, contente qu’il ait compris, et ne dit rien. Ses mains à elle se promenaient — la nuque, les reins, une fois plus bas, pour voir. Il ne broncha pas. Le grand type, au bar, les regardait toujours, un verre à la main, immobile. Virginie ne tourna pas la tête une seule fois. C’était une manière de répondre.

Plus tard — il n’aurait pas su dire combien plus tard —, ils avaient dérivé vers un angle de la piste, là où la lumière n’allait pas. Le mur dans le dos d’elle, lui devant, en rempart. Personne ne voyait, ou tout le monde faisait semblant.

Elle remit la main de Samuel sur sa cuisse, là où elle l’avait laissée, et cette fois elle ne la fit pas remonter : elle attendit qu’il le fasse. Il le fit. Sous l’ourlet, l’intérieur de la cuisse, chaud, puis plus chaud, puis le creux. Elle était trempée. Pas humide — trempée, comme si ça durait depuis le premier regard, comme si elle était venue déjà prête. Il effleura, deux doigts à plat, sans entrer, et elle ouvrit un peu les jambes pour lui faire de la place, le souffle coupé net contre son cou.

Elle trouva sa braguette de la paume, le pressa à travers le jean, le mesura. Elle eut un petit sourire en sentant ce qu’il y avait. Ils restèrent comme ça un moment, debout dans le noir, à se faire l’un l’autre du bout des doigts ce qui ne se fait pas en public, le visage à quelques centimètres, la bouche tout près de la bouche.

Mais elle ne l’embrassa pas. Chaque fois que ça aurait dû venir — et ça aurait dû venir —, elle reculait le menton d’un rien, juste assez. Lui aussi. Une règle qu’aucun des deux n’avait posée et que tous les deux tenaient. La main pouvait tout. La bouche, non. Pas là, pas avec l’autre au bar.

Quand les lumières se rallumèrent, elle retira sa main, lissa sa robe, redevint nette en une seconde. Elle prit un stylo dans le sac d’une copine, attrapa le poignet de Samuel et écrivit un numéro à l’intérieur de son avant-bras.

— Dimanche, dit-elle. Pas avant. J’ai deux ou trois choses à régler.

Elle rejoignit son groupe. Le grand type s’écarta pour la laisser passer, sans un mot. Samuel resta là, le bras marqué, les doigts encore pleins d’elle, à se demander laquelle il venait de croiser : celle qui chassait, ou celle qui décidait.

Il pensa : les deux. C’est la même.


La prise

La maison était à dix minutes de Cholet, au bout d’un chemin, une longère basse aux volets repeints. Rien à voir avec l’idée qu’il s’était faite d’elle dans le bruit de la boîte. Dedans, c’était chaud, plein, confortable — des tapis, des livres, un canapé profond, et un feu qui prenait dans la cheminée. Une femme qui gagnait sa vie. Lui qui n’avait rien, pas même de quoi payer l’essence pour venir, le remarqua tout de suite.

Elle ouvrit en chaussettes, un débardeur fin et un short de coton, les boucles relevées n’importe comment. La chaleur du feu remplissait la pièce ; elle s’habillait en fonction, pas pour lui. Ou pas seulement.

— Tu as trouvé. C’est déjà ça.

Elle lui tendit un verre, s’assit à l’autre bout du canapé, jambes repliées sous elle, et posa les choses à plat avant qu’il ne demande rien.

— J’ai réglé mes deux ou trois choses. Hervé est parti jeudi. Enfin — je l’ai sorti. C’était fini depuis longtemps, on faisait semblant pour ne pas avoir à déménager les cartons.

Elle dit ça sans drame, une gorgée à la main, comme un point administratif clos.

— Je te dis ça pour que ce soit clair. Je ne suis avec personne. Et je n’aime pas perdre mon temps.

Il pensa : elle range sa vie comme elle range une pièce.

Il était venu en se demandant comment ça commencerait, qui dirait quoi. Il comprenait maintenant qu’elle avait déjà répondu à tout ça, seule, avant qu’il n’arrive. Le feu claquait. Elle le regardait par-dessus son verre, calme, le débardeur tendu sur une poitrine lourde, les tétons dessinés par le tissu et la chaleur. Pas de soutien-gorge. Bien sûr que non.

— Reste pas si loin, dit-elle.

Et elle tapota le coussin du milieu.

Il se rapprocha sur le canapé. Cette fois, quand le menton aurait pu reculer, il ne recula pas. Elle le laissa venir et l’embrassa — enfin, pleine bouche, langue, sans plus aucune des prudences de la boîte. La règle tombait d’un coup, et avec elle tout le reste.

Elle fit passer son débardeur par-dessus sa tête sans qu’on le lui demande. La poitrine lourde, les aréoles larges et brunes, déjà durcies par le feu et par le reste. Il s’y pencha ; elle lui prit la nuque et l’y tint, décidant elle-même du rythme, puis défit sa ceinture à lui de l’autre main, pressée. Chacun déshabillait l’autre, personne n’attendait — une espèce de course tranquille à qui mettrait l’autre nu en premier.

Quand il fit glisser le short, l’odeur monta avant le reste : chaude, franche, un peu sucrée. Son truc à lui depuis toujours, qu’il n’aurait avoué à personne. Elle était trempée jusqu’au haut des cuisses, la chatte gonflée, naturelle, les boucles brunes collées par l’humidité. Il descendit. Elle voulut le retenir par les épaules — par réflexe, pour la forme — puis le laissa faire et s’ouvrit.

Il pensa : il resterait la tête là-dedans toute la nuit.

Il la lécha lentement, à plat, du bas vers le clito, et la sentit devenir encore plus baveuse sous sa langue, ce goût qu’il aimait par-dessus tout. Elle jurait à voix basse, une main dans ses cheveux, les hanches qui montaient à sa bouche. Elle mouillait comme si ça ne devait jamais s’arrêter.

Puis elle en eut assez d’attendre. Elle le tira par les cheveux pour le faire remonter, le bascula, passa au-dessus. Elle le prit en main, se plaça, et descendit sur lui d’un seul mouvement lent, jusqu’au bout, les yeux fermés. Elle resta un instant ainsi, pleine, à savourer, avant de bouger.

Ils baisèrent devant le feu, sur le canapé profond, sans se presser. Elle mena d’abord, assise sur lui, les seins lourds qui roulaient à chaque coup de reins. Puis il la fit passer dessous, lui releva une jambe, et ce fut son tour à lui de donner le rythme — et là, pour la première fois de la soirée, ce fut lui qui décida. Elle le laissa décider. C’était la première chose qu’elle lui cédait.

Elle jouit avant lui, longuement, cramponnée à ses épaules, trempée à un point qu’il n’avait pas connu souvent. Lui après, en se retirant juste à temps, sur son ventre et le bas de ses seins.

Après, ils restèrent là, collants, devant les braises. Elle alluma une cigarette, la lui passa, le regard au plafond.

— Bon, dit-elle. Toi, tu restes.

Ce n’était pas une question non plus.


La vie de couple

Il n’y eut pas vraiment de décision. Au début il restait deux nuits, puis trois, puis il ne repartit plus. Ses affaires arrivèrent par sacs, sans qu’on en parle. En quelques semaines il habitait là, dans la longère chaude, et personne n’avait prononcé le mot.

C’était commode, et c’était inconfortable. Elle partait tôt — l’agence de com était à Angers, quarante minutes de route —, tailleur, talons, parfum, déjà ailleurs avant le café. Lui n’avait nulle part où aller. Il cherchait du travail mollement, faisait deux ou trois extras en bar le week-end pour ne pas être tout à fait à sa charge, et le reste du temps il tenait la maison. Elle ne le lui reprochait jamais, et c’était justement ça qui pesait : il lui devait le toit, le chauffage, parfois les courses, et elle n’en faisait pas un levier. Elle avait l’argent et ne s’en servait pas. Il y avait pire comme dette, et il n’aimait pas la sentir quand même.

Il pensa : elle me tient sans même y penser. C’est encore pire.

Mais les matins lui appartenaient. Quand la voiture s’éloignait sur le chemin, la maison devenait à lui, silencieuse, pleine d’elle. Et il avait un rituel qu’il ne s’avouait qu’à moitié.

Le panier de linge était dans la salle de bain, contre la douche. Il y allait comme on va vérifier une chose anodine. La culotte de la veille était toujours dessus, posée la dernière. Il la prenait, la retournait. Virginie mouillait tout le temps, pour un rien, toute la journée — et ça se voyait là, sur le coton : une trace raidie au fond, une auréole plus pâle au centre. Il portait le tissu à son nez, à l’entrejambe exactement, et il respirait. Longuement. L’odeur de la veille, concentrée par la nuit, plus forte que tout ce qu’il lui léchait le soir — franche, un peu animale, intime à un point qu’elle n’imaginait pas.

Personne ne savait qu’il faisait ça. Ni elle, ni aucune avant elle. C’était à lui depuis toujours, depuis l’enfance, une faim qu’il gardait sous clé. Il remettait la culotte exactement où elle était, à la trace près, et il passait la matinée avec ça dans le nez, à attendre le soir pour le lui faire payer.


Le jeu vint d’elle. Un soir où ils sortaient dîner à Nantes, elle se prépara longuement — robe portefeuille qui s’ouvrait haut sur la cuisse — et, au moment de partir, elle prit sa main, la glissa sous l’ourlet, le temps qu’il comprenne qu’il n’y avait rien dessous.

— Comme ça, dit-elle. Toute la soirée. Et toi, tu te débrouilles.

Au restaurant, elle choisit une banquette d’angle, en équerre, pour qu’il soit à côté et non en face. La nappe tombait jusqu’aux genoux. Elle commanda, parla normalement, sourit au serveur — pendant qu’à côté, sous la nappe, la main de Samuel remontait le long de sa cuisse écartée juste ce qu’il fallait. Il la trouva trempée avant même l’entrée. Elle poursuivait sa phrase sans une faille, la voix d’un demi-ton plus bas, c’est tout. Il la caressa lentement tout le repas, deux doigts qui allaient et venaient, s’arrêtaient quand le serveur approchait, repartaient. Le jeu était de la faire monter sans qu’elle le montre, et de s’arrêter pile avant qu’elle ne jouisse. Il devint très bon à ce jeu. Elle finit son dessert les joues rouges, la cuisse luisante sous ses doigts, et personne dans la salle n’avait rien vu.

Il pensa : tout le monde la regarde et c’est moi qui ai la main dedans.


Un samedi après-midi, elle l’entraîna dans une boutique de lingerie, au fond d’une rue piétonne d’Angers. Elle décrocha trois ou quatre ensembles et disparut dans une cabine du fond, un rideau pour seule porte. Au bout d’un moment, elle écarta le rideau de dix centimètres et lui fit signe d’entrer. La vendeuse, à sa caisse, ne dit rien — elle dut croire qu’il venait donner son avis.

Dedans, c’était à peine plus grand qu’un placard, et le miroir multipliait tout. Elle était en soutien-gorge neuf et rien d’autre, sa propre culotte restée dans son sac — elle était venue sans, évidemment. Elle se colla à lui, dos contre son torse, lui prit la main et la posa entre ses jambes pendant qu’elle faisait mine d’ajuster une bretelle dans le reflet.

— Dis-moi si ça me va, murmura-t-elle.

Il la doigta debout, la bouche contre sa nuque pour étouffer le bruit, l’autre main sur sa bouche à elle. Elle mouillait dans sa paume, autour de ses deux doigts, à grand bruit dans le silence de la boutique — ce petit clapotis qu’aucun des deux ne pouvait arrêter. Une cliente entra, parla à la vendeuse à trois mètres, de l’autre côté du rideau. Virginie ne s’arrêta pas ; au contraire, elle poussa contre sa main, les yeux plantés dans les siens par le miroir, au bord. Il la retint encore juste à temps, retira ses doigts luisants et les lui mit sous le nez, puis dans la bouche. Elle les suça en le regardant, calmée de force, frustrée, ravie.

— Je prends celui-là, lança-t-elle à la vendeuse, la voix parfaitement claire.


La voiture était la sienne à lui — une Super 5 fatiguée, peinture mate, troisième main, la seule chose qu’il possédât vraiment en propre. Ça l’arrangeait qu’elle le laisse conduire : c’était à peu près le seul moment où c’était lui qui tenait quelque chose.

Ils rentraient d’une boîte de Nantes, deux heures du matin, la départementale déserte. Toute la soirée ils s’étaient chauffés — elle sans culotte comme toujours, lui la main qui passait quand personne ne regardait, les deux collés sur la piste, et un moment dans le couloir des toilettes où il l’avait plaquée contre le mur et où ils étaient allés bien trop loin pour l’endroit. Ils étaient repartis sans avoir fini. Exprès.

Sur la nationale, elle déboutonna son jean sans un mot, le sortit et le branla lentement pendant qu’il conduisait, les yeux sur la route, les phares qui trouaient le noir. Il tenait le volant à dix heures dix, la mâchoire serrée. Elle prenait son temps, montait, redescendait, jouait avec lui comme il avait joué avec elle toute la soirée.

Il pensa : si elle continue, je nous mets dans le fossé.

Il se rabattit sur le bas-côté, gravier, claqua le frein à main. Pas un mot. Il sortit, fit le tour, ouvrit sa portière et la tira dehors par le poignet. L’air était froid, la nuit silencieuse, un champ de chaque côté. Il la retourna, la plia sur le capot encore tiède du moteur, lui releva la robe sur les reins. Elle écarta les jambes toute seule, les paumes à plat sur la tôle, et regarda par-dessus son épaule — juste un sourire, vas-y.

Il entra d’un coup. Elle était trempée depuis la boîte, ça glissa tout seul, et il la prit en levrette sur le capot, vite, sans douceur, les mains sur ses hanches pleines. Le métal tremblait sous elle. Elle poussait en arrière à chaque coup, le souffle qui faisait de la buée dans le froid. Ça ne dura pas longtemps — ce n’était pas le but. Elle jouit la première, le front contre la tôle, en serrant autour de lui ; il la suivit juste après, dehors au dernier moment, sur le bas de ses reins et la robe relevée.

Ils restèrent une seconde ainsi, lui penché sur son dos, tous les deux essoufflés. Puis elle se redressa, rabattit sa robe sur ses cuisses poisseuses et remonta en voiture comme si de rien n’était.

— Roule, dit-elle. Je gèle.


L’anal

Ça vint sans qu’il l’ait décidé — ou plutôt c’était déjà là, en lui, depuis toujours, et c’est elle qui en réveilla la part la plus enfouie. Virginie avait un gros cul, rond, plein, deux fesses lourdes qui s’écartaient quand elle se mettait à quatre pattes et laissaient tout voir. Et chaque fois qu’il la prenait par-derrière, son regard, ses mains, tout revenait là : au creux, à ce petit anus brun, plissé, serré, niché entre les quelques poils épars qu’elle laissait pousser là aussi, naturels, qu’aucune lame n’avait jamais touchés.

Au début il se contenta du pouce. Pendant qu’il la baisait en levrette, il le posait là, juste posé, immobile, le temps qu’elle s’habitue. La première fois elle se contracta net, se déroba d’un coup de reins.

— Non, pas ça.

Il n’insista pas. Il retira le pouce, continua le reste. Mais il revint le lendemain, et le surlendemain — toujours du bout du pouce, jamais en forçant, juste présent, à tourner doucement autour sans appuyer. Il avait compris une chose, jeune comme il était : qu’avec elle on n’obtenait rien en poussant, et tout en attendant. Au fil des soirs, elle cessa de se contracter. Puis, un soir qu’il était enfoncé en elle et que le pouce tournait là comme d’habitude, elle poussa très légèrement en arrière, contre. Sans un mot. Une permission.

La fois d’après, il descendit. Il la mit à genoux, le visage dans l’oreiller, le cul en l’air, et lui écarta les fesses des deux mains. L’odeur le cueillit — celle qu’il connaissait par cœur des matins, mais plus forte ici, plus brute, prise à la source.

Il pensa : c’est exactement ça que je cherche depuis toujours.

Quand il y passa la langue, elle sursauta, voulut se redresser.

— Attends — c’est sale, Samuel, fais pas ça…

Il ne s’arrêta pas. Il la tint par les hanches et recommença, lentement, à plat, du périnée jusqu’au petit trou serré, encore et encore. Elle protesta une fois de plus, plus faiblement, puis se tut. Puis elle reposa le front sur l’oreiller, écarta les genoux d’elle-même, et le laissa faire. Il la lécha longtemps, à la sentir se détendre sous sa langue, l’anus qui cessait de résister, la chatte juste au-dessus qui s’était remise à couler toute seule, en filets qu’il remontait d’un coup de langue avant de redescendre au cul. Quand il s’écarta enfin, elle était trempée jusqu’aux cuisses et ne disait plus que oui.


Le doigt vint ensuite, dans la foulée de la langue. Il avait pris l’habitude de la détendre longuement avec la bouche, jusqu’à ce qu’elle soit molle et ouverte, et un soir, au lieu de remonter, il présenta un doigt mouillé de salive contre l’anus et poussa, doucement, la première phalange.

Elle se raidit, souffla, lui dit d’y aller doucement. Il y alla doucement. Il attendit qu’elle se desserre autour, puis avança jusqu’au bout et resta là sans bouger, le doigt entier dans son cul, pendant qu’il léchait sa chatte par en dessous pour qu’elle associe les deux. Ça marcha. Au bout d’un moment elle ne se raidit plus du tout — elle ondulait, empalée sur son doigt, en gémissant dans l’oreiller.

Les soirs suivants, il prit son temps. Un doigt, longtemps, jusqu’à ce que ce soit facile. Puis deux. Le deuxième passa plus dur ; elle serra les dents, lui demanda d’attendre, et il attendit, immobile, à la laisser s’ouvrir à son rythme. Quand elle fut prête, elle le lui fit savoir en bougeant elle-même, en se baisant sur ses doigts, le cul qui montait à la rencontre de sa main.

Et là, il vit quelque chose changer. Ce n’était plus de la tolérance. Elle aimait ça. Elle aimait vraiment ça. Elle se frottait le clito pendant qu’il la doigtait au cul, deux doigts, profond, et elle jouissait comme ça, le trou serré autour de ses phalanges, en disant des mots qu’elle ne disait pas d’habitude.

— Encore. Comme ça. Bouge-les.

Il pensa : elle va me réclamer le reste avant que je le demande.

Un soir, essoufflée, ses deux doigts encore en elle, elle dit ce qu’il attendait sans avoir osé le formuler :

— La prochaine fois… je veux essayer pour de vrai.


Ils s’y préparèrent comme à quelque chose d’attendu depuis longtemps. Elle prit une douche, longue ; elle posa un tube sur la table de nuit — du vrai lubrifiant, qu’elle était allée acheter elle-même, ce qui en disait plus que tout ce qu’elle aurait pu dire. Elle se mit à quatre pattes au milieu du lit, puis se ravisa.

— Non. Je veux te voir.

Elle s’allongea sur le dos, ramena ses genoux contre sa poitrine, s’ouvrit complètement — la chatte trempée, le cul offert, ce petit trou qu’il avait passé des semaines à apprivoiser, à présent détendu, presque entrouvert, qui n’attendait plus que lui.

Il prit son temps encore. Il la lécha, la doigta, l’enduisit de lube, deux doigts qui tournaient jusqu’à ce qu’elle soit molle et impatiente. Puis il se plaça. Il posa le gland contre l’anus, appuya — pas trop — et attendit.

— Pousse contre moi, dit-il. Comme si tu poussais dehors.

Elle obéit. Le trou s’ouvrit, résista une seconde — ce point où ça ne passe pas, puis ça passe — et le gland franchit l’anneau d’un coup. Elle cria, court, retint son souffle. Il s’arrêta net, le bout en elle, et la laissa respirer.

— Bouge pas, souffla-t-il. Respire.

Il entra millimètre par millimètre, les yeux dans les siens, jusqu’à être entièrement dans son cul. C’était serré à un point qu’il n’avait jamais connu, chaud, qui le tenait à la base. Il resta immobile, à fond. Elle avait les larmes aux yeux — pas de douleur, de l’intensité. Puis le visage se dénoua. Elle desserra. Elle souffla « vas-y », et il commença à bouger, des allers-retours longs et lents, et il vit sur sa figure le moment exact où la gêne devint autre chose. Où elle aima ça.

À partir de là elle ne se retint plus. Elle se frottait le clito à deux doigts pendant qu’il la sodomisait, réclamait plus fort, plus vite, le cul qui montait à sa rencontre, la chatte qui dégoulinait sur le drap.

Il pensa : elle est en train de découvrir un truc qu’elle ne lâchera plus.

Elle jouit comme ça, sodomisée, en hurlant pour de bon cette fois, l’anus qui se contractait par vagues autour de sa queue — et c’est cette pression-là qui l’emporta. Il enfonça à fond et jouit dans son cul, longuement, le front contre ses genoux repliés, vidé.

Ils restèrent emboîtés, secoués, en sueur. Quand il se retira enfin, doucement, elle eut un petit gémissement, et il regarda : le trou rouge, dilaté, qui se refermait lentement, une trace blanche qui perlait. Il n’avait jamais rien trouvé d’aussi beau, et il sut à cet instant que ce serait pour toujours un de ses territoires.

— Bon, dit-elle au plafond, la voix cassée, un sourire dedans. Ça, on le refera.


Ça dura encore quelques mois. Presque un an, en tout.

Rien ne se cassa vraiment ; c’est juste que la vie se remit en marche. Au printemps il trouva enfin une piste sérieuse — une remise à niveau, l’idée de reprendre des études, de se ranger pour de bon. Il voulait construire quelque chose, devenir un autre que le type sans le sou qui vivait chez elle. Elle, elle avait déjà sa vie, sa maison, son métier, et n’avait besoin de personne pour la compléter. Ils s’aimaient bien. Ce n’était pas assez — ou c’était trop peu de la bonne manière.

Ils se quittèrent sans éclat, un soir, d’un commun accord qui n’eut presque pas besoin de mots, comme tout le reste entre eux.

Il garda d’elle plus qu’il ne le crut sur le moment. Il garda qu’on n’obtient rien en poussant et tout en attendant. Il garda le goût d’une femme qui jouit sans la moindre honte, et l’idée qu’on peut mener au lit ce qu’on ne mène pas dans la vie. Et il garda, intacte, cette chose découverte avec elle dans la longère chauffée au feu de bois — un territoire qu’il rouvrirait, des années plus tard, avec d’autres, sans jamais tout à fait oublier que c’était elle, la première, qui avait fini par pousser en arrière contre son pouce, un soir, sans un mot.

Il n’avait pas encore vingt-cinq ans. Tout le reste — le mariage, les enfants, les années — n’avait pas encore eu lieu.