La banquette arrière
Le Renault de Fabrice sentait la clope froide et le déodorant trop riche. Ils étaient cinq dedans, tassés, à rouler vers le Jungle dans la nuit de jeudi — Fabrice au volant, Marco devant qui montait le son, et à l’arrière, coincés contre la portière, Samuel et Sandra. Elle avait pris la place du milieu sans qu’on lui demande, puis s’était décalée contre lui, cuisse contre cuisse, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Samuel avait vingt ans et il ne savait toujours pas quoi faire de ses mains quand une fille le regardait comme ça. Sandra, elle, savait. Elle le regardait depuis des semaines, à la sortie de ses cours de pharma, dans les fins de soirée où elle traînait avec la bande — et ce soir elle avait décidé que ça suffisait.
La nationale défilait, noire, ponctuée de lampadaires qui balayaient l’habitacle par à-coups. À chaque passage de lumière, Samuel voyait sa cuisse à elle — la jupe courte remontée par la position assise, le bas qui s’arrêtait haut, la peau nue après. Il pensait : si je pose la main là, maintenant, je saurai. Il ne la posait pas. Sandra suivait son regard, le vit accroché à sa cuisse, et au lieu de tirer sur le tissu elle écarta les genoux d’un centimètre — pas plus — juste assez pour qu’il comprenne que ce n’était pas un hasard. Devant, Marco gueulait sur une chanson, Fabrice riait. Personne ne se retournait.
Il posa la main. À plat sur le haut de sa cuisse, là où la peau était la plus chaude, et il sentit Sandra ne pas bouger d’un cil — pas un sursaut, pas un raidissement, rien que cette tiédeur qui montait sous sa paume comme une réponse. Elle tourna la tête vers lui dans le noir. Elle ne dit rien. Elle posa sa propre main par-dessus la sienne et l’enfonça d’un cran, plus haut, plus à l’intérieur, jusqu’à ce que le bout de ses doigts à lui touche la bordure de la culotte. Là, elle le lâcha. À lui de continuer. C’était sa façon à elle de parler : pas avec la bouche.
Elle l’embrassa la première. Elle se pencha dans l’obscurité et prit sa bouche sans préambule, langue chaude, un baiser de fille qui sait ce qu’elle veut et qui n’a pas l’intention de faire semblant du contraire. Pendant qu’elle l’embrassait, les doigts de Samuel franchirent la bordure du coton. Il trouva la culotte tendue, et au centre une chaleur humide qui avait déjà traversé le tissu — trempé, tiède, collant sous la pulpe. Il s’arrêta net, comme s’il avait touché quelque chose d’interdit. Sandra le sentit hésiter. Elle décolla sa bouche de la sienne juste assez pour murmurer, contre ses lèvres : Vas-y. Puis elle reprit le baiser, et de sa main rabattit la sienne plus fort entre ses cuisses.
Il poussa la culotte sur le côté. La fente était brûlante, gonflée, déjà ouverte sous ses doigts — il les fit glisser une fois sur toute la longueur et ils ressortirent luisants, la mouille filant jusqu’à sa paume. Sandra retint son souffle dans le baiser, un petit son ravalé au fond de la gorge, et bascula imperceptiblement le bassin pour qu’il aille où elle voulait. Il enfonça deux doigts. Elle était trempée à un point qui le sidéra — ça cédait, ça aspirait, c’était chaud comme une bouche. Elle se mordit la lèvre, les yeux mi-clos fixés sur l’arrière des sièges où la nuque de Marco dépassait à un mètre, et cette présence-là, ce risque-là, ne faisait que la rendre plus mouillée encore. Samuel le sentait à chaque va-et-vient. Il pensait : elle aime que ce soit là, devant eux.
Les néons rouges du Jungle apparurent au bout de la route, puis le crissement du gravier sous les pneus, et Fabrice coupa le moteur. La lumière du plafonnier s’alluma d’un coup quand Marco ouvrit sa portière. Samuel retira sa main — mais Sandra la rattrapa au vol. Tranquille, sans cesser de sourire aux autres, elle ramena les doigts encore gluants jusque sous le nez de Samuel et les y maintint une seconde, le temps qu’il respire ce qu’il venait de lui faire ; puis elle les poussa contre sa bouche à lui. Il les lécha. Elle le regarda faire avec une satisfaction calme, rabattit sa culotte, lissa sa jupe, et fut dehors sur le parking avant lui, riant déjà avec la bande comme si de rien n’était. Samuel resta une seconde de plus sur la banquette, le cœur cognant, le goût d’elle dans la bouche — quelque chose de franc, de chaud, qui n’avait pas honte. Il ne le savait pas encore, mais ça, il le chercherait toute sa vie.
Le dernier train
Le dimanche soir, le train pour Angers était presque désert et sentait le chauffage poussé trop fort. C’était l’un des derniers, celui que prennent ceux qui ont fait durer le week-end jusqu’à la dernière minute — il était tard, les fenêtres ne renvoyaient plus que le reflet jaune du wagon sur le noir de la campagne. Trois autres passagers seulement dans la voiture : un homme en costume froissé, loin devant, le front contre la vitre ; une femme entre deux âges au milieu, un livre ouvert qu’elle ne lisait plus ; et près des portes, un garçon avec un casque sur les oreilles, la tête renversée, qui dormait peut-être. Eux deux s’étaient installés tout au fond, sur deux banquettes de trois qui se faisaient face — Sandra en face de Samuel, genoux contre genoux, le couloir central à côté et une dernière place isolée de l’autre bord. Elle le regardait sans rien dire, un demi-sourire au coin de la bouche. Samuel connaissait déjà ce sourire-là.
Elle commença par les genoux. Sans le quitter des yeux, sans cesser de sourire, elle les laissa s’écarter — lentement, dix centimètres, le temps que la jupe glisse en arrière sur ses cuisses. Samuel baissa le regard. Sous l’éclairage blafard du wagon, il vit la culotte claire tendue entre ses jambes, et le petit triangle de tissu qui marquait déjà, au centre, une ombre plus foncée. Sandra le laissa regarder tout son saoul. Puis elle tourna la tête vers l’avant du wagon, vérifia d’un coup d’œil l’homme en costume, la femme, le garçon au casque — personne — et revint à Samuel en écartant un peu plus. Elle aimait ça, qu’il regarde là où il ne fallait pas, dans un endroit où n’importe qui pouvait se retourner. Le danger lui chauffait le ventre mieux qu’une main. Lui, en face, sentait sa queue durcir contre la couture de son jean et n’osait pas bouger.
Elle ne tint pas longtemps en face. D’un mouvement souple elle se leva, traversa le mètre de couloir et se laissa tomber sur la banquette à côté de lui, du côté de la vitre, là où le dossier les cachait de l’avant du wagon. Sa main retrouva tout de suite sa cuisse, puis remonta, sans détour, jusqu’à la bosse tendue de son jean qu’elle pressa dans sa paume. Elle se pencha à son oreille — il sentit son souffle, et cette odeur d’elle qu’il avait gardée dans la bouche depuis jeudi : T’as envie ? Ce n’était pas une vraie question. Déjà ses doigts cherchaient le bouton, descendaient la fermeture éclair. Samuel jeta un regard vers les trois autres — la nuque immobile de l’homme, la femme penchée sur son livre, le garçon au casque — et le cœur lui remonta dans la gorge. Il ne dit pas non. Il n’aurait jamais dit non.
Elle le sortit du jean. Sa queue était dure, lourde, et Sandra referma les doigts dessus une seconde, juste pour la sentir cogner contre sa paume, avant de se plier en deux sur ses genoux. Elle ne cacha rien — pas de geste pour se couvrir, pas de précaution : elle baissa simplement la tête et le prit dans sa bouche, à découvert, au fond d’un wagon où trois personnes pouvaient se retourner. Puis il sentit sa bouche. Chaude, mouillée, qui le prit d’un coup jusqu’à la moitié — et Samuel dut serrer les dents pour ne pas faire de bruit. Il baissa les yeux : la masse sombre de ses cheveux châtains qui montait et descendait sur son ventre, le creux de sa nuque, et au-delà le couloir vide, la nuque immobile de l’homme en costume. À chaque cahot du train, sa bouche s’enfonçait un peu plus. Elle suçait sans se presser, à pleine bouche, avec un soin gourmand — la langue qui tournait, les lèvres serrées à la remontée, un petit bruit de salive qu’elle ne cherchait même pas à étouffer.
Plus loin, la femme tourna une page. Samuel se figea, la main crispée sur l’accoudoir, persuadé qu’elle allait lever les yeux — mais Sandra, elle, sentit le sursaut le parcourir et ça ne fit que l’exciter davantage. Elle accéléra. Une main calée à la base, l’autre agrippée à sa cuisse, elle le prenait plus profond maintenant, jusqu’à ce que son nez touche son ventre, et à chaque descente sa gorge se serrait autour de lui. Sous sa jupe, sans qu’il le voie, ses propres cuisses s’étaient écartées et son bassin roulait dans le vide — elle se serait fait jouir contre n’importe quoi. Le fait d’être là, sa bouche pleine, le danger à trois mètres : c’était exactement ce qu’elle voulait. Samuel sentait la pression monter, trop vite, irrésistible. Il voulut la prévenir, posa une main dans ses cheveux pour la retenir. Elle écarta sa main. Elle n’avait aucune intention de s’arrêter.
Il jouit dans sa bouche. Le corps tendu, immobile, n’osant pas un son — juste un long frisson silencieux pendant qu’elle continuait de le sucer, lentement, jusqu’à la dernière secousse. Elle avala. Puis elle le relâcha, se redressa sans se presser, passa le pouce au coin de ses lèvres et lécha la commissure d’un geste tranquille. Le train ralentissait déjà ; dehors, les premières lumières d’Angers glissaient sur la vitre. Elle remit la queue de Samuel dans son jean, remonta la fermeture éclair comme on borde quelqu’un, et se rassit contre lui, la tête sur son épaule, parfaitement calme — pendant que lui restait le souffle court, le cœur en vrac, incapable de comprendre comment elle pouvait être déjà ailleurs. À l’avant du wagon, la femme tourna une autre page. Elle n’avait rien vu. Ou alors elle avait tout entendu et s’en fichait.
La salle de bains
La soirée avait lieu dans un appartement d’Angers, chez des copains de la bande, un de ces samedis où l’on est trop nombreux dans trop peu de mètres carrés. Sandra avait mis une robe — une vraie robe, courte, légère, et Samuel avait compris dès le couloir d’entrée qu’elle l’avait choisie pour lui. Elle ne le lâcha pas de la soirée. Pas de manière voyante : elle parlait avec les autres, riait, son verre à la main, mais elle s’arrangeait toujours pour être dans son champ. Et chaque fois qu’il la regardait, il la surprenait déjà en train de le regarder. À un moment, assise en face de lui sur l’accoudoir d’un canapé, elle décroisa les jambes une seconde de trop — et il vit qu’elle avait une culotte, ce soir, blanche, et qu’elle voulait qu’il la voie.
Plus tard, dans la cuisine bondée où tout le monde se serrait pour atteindre les bouteilles, elle se retrouva coincée contre lui, dos contre son torse. Elle ne bougea pas pour se dégager. Au contraire — sous couvert de la foule, elle cala ses fesses contre lui et roula lentement le bassin, une fois, deux fois, jusqu’à ce qu’il durcisse contre le creux de ses reins. Personne ne pouvait voir. Elle tournait la tête vers lui en parlant à quelqu’un d’autre, l’air de rien, et seul Samuel savait ce que son cul était en train de faire dans son dos. Quand il posa enfin les mains sur ses hanches pour la tenir, elle se détacha — d’un coup, en riant, repartie vers le salon, le laissant planté là, raide, le souffle court. Elle jouait avec lui depuis trois heures. Elle adorait ça.
Vers une heure du matin, elle posa son verre sur une étagère, traversa le salon dans sa direction sans s’arrêter, et au moment de passer devant lui, sans ralentir, lui glissa un regard et un petit signe du menton vers le fond de l’appartement — puis un clin d’œil. Elle disparut dans le couloir des chambres. Samuel resta assis quelques secondes, le cœur battant, à faire mine d’écouter une conversation dont il ne captait plus un mot. Il compta jusqu’à dix. Puis il se leva, posa son verre à son tour, et suivit le couloir. La musique et les voix s’estompèrent derrière lui. Au bout, une porte entrouverte laissait passer un trait de lumière. Il poussa. Sandra était là, adossée au lavabo, qui l’attendait — et elle verrouilla la porte derrière lui d’un tour de clé sec.
Il n’y eut pas un mot, pas un baiser, rien. Elle se retourna face au lavabo, écarta les pieds, releva sa robe sur ses reins d’un seul geste et lui offrit son cul dans la lumière crue de la salle de bains — magnifique, cambré, la culotte blanche déjà tirée d’un côté par son pouce. Samuel vit tout : la fente luisante entre ses cuisses, gonflée, trempée d’avoir attendu toute la soirée, et le petit froncement plus haut. Elle le regardait dans le miroir, par-dessus son épaule, et ce regard-là ne demandait rien — il ordonnait. Il sortit sa queue, l’attrapa par la hanche, poussa la culotte un peu plus sur le côté et s’enfonça d’un coup, jusqu’au fond, sans préambule. Sandra plaqua une main sur sa bouche pour étouffer le cri. De l’autre côté de la porte, la fête continuait.
Il la baisa fort, sans précaution, dans le claquement de leurs corps que le carrelage renvoyait. À chaque coup elle revenait elle-même contre lui, cherchait à le prendre plus profond, le bassin avide, et c’est elle qui imposait le rythme alors qu’il croyait le mener. Dans le miroir il voyait son visage à elle — bouche entrouverte, les yeux qui ne le quittaient pas, une mèche collée à la joue — et le balancement de ses seins libres sous la robe relevée. Elle décolla la main de sa bouche le temps de souffler, crue, hachée : Plus fort. Vas-y, défonce-moi. Il obéit. Il la tenait par les hanches et cognait, le bruit mouillé de la fente à chaque entrée, jusqu’à ce qu’elle se cambre d’un coup, se morde l’avant-bras et jouisse autour de lui en serrant si fort qu’il la suivit aussitôt, le front contre sa nuque, vidé en elle en quelques secousses muettes.
Après, elle se redressa, rabattit sa robe, se recoiffa devant le miroir comme si de rien n’était. Samuel s’appuya au mur carrelé, les jambes molles, à la regarder se remettre en ordre en deux gestes. Avant de déverrouiller, elle fit une dernière chose : elle baissa sa culotte blanche le long de ses cuisses, l’enleva, et la fourra dans la poche de Samuel en lui tapotant la hanche — un souvenir, trempé, tiède, qui sentait franchement le sexe. Puis elle sortit la première, le laissa compter encore jusqu’à dix, et retourna rire avec la bande au salon. Lui resta seul un instant dans la lumière crue, la main refermée sur le tissu humide au fond de sa poche. Il avait vingt ans. Il ne le formulait pas encore, mais quelque chose venait de se loger en lui pour de bon — une fille qui ose, le danger tout près, l’odeur d’une femme sans honte. Le reste de sa vie n’allait être qu’une longue manière de remettre la main dessus.