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Saint-Raphaël — la seconde nuit

Samuel Delphine Marielle Marine

Le matin

La lumière du Sud entre tôt, à Saint-Raphaël, et sans ménagement. À sept heures elle passe déjà entre les lames des volets, pose des barres blanches sur le carrelage de la cuisine, sur le bois clair du bar, sur le dossier d’une chaise où traîne une serviette de la veille. L’Airbnb est petit, bas de plafond, frais encore de la nuit. Dehors, le jardin grésille de cigales qui n’ont pas attendu la chaleur pour commencer.

Samuel est levé le premier. Il a trouvé la cafetière italienne dans le placard du bas, mis l’eau à chauffer, et il attend, les deux mains à plat sur le bar, en tee-shirt et caleçon, pieds nus sur le sol froid. Il ne pense à rien de précis. Lui reviennent des images de la nuit, par éclats — Delphine à genoux contre ce même bar, sa bouche, les sons mouillés dans la cuisine silencieuse ; et plus tard, pliée sur l’accoudoir du canapé, le dos creux, la culotte blanche en coton coincée à ses genoux, l’odeur qui l’avait pris avant la langue. Sa main à lui dans les cheveux roux. Il laisse ces images passer sans s’y arrêter, comme on regarde par la fenêtre d’un train.

La porte de la chambre du fond est restée entrouverte. Toutes les portes le sont, dans cet appartement où l’on entend tout. C’est par là que Delphine apparaît, sans bruit, une main encore dans ses cheveux roux emmêlés par l’oreiller.

Elle porte un grand tee-shirt blanc qui lui tombe à mi-cuisse, rien d’autre, et elle ne fait aucun effort pour tirer dessus. Hier matin, elle l’aurait fait. Ce matin, quelque chose a changé dans la façon qu’elle a d’habiter son corps devant lui — plus rien à cacher, plus rien à négocier. Elle a quarante-huit ans, un divorce récent dans le dos, et la sensation neuve, presque drôle, de se réveiller dans la peau d’une femme qu’elle croyait rangée.

Elle vient à lui pour la bise, par réflexe — le geste du matin, celui du bureau. Sauf que ce n’en est plus un. Il pose une main au creux de ses reins, la laisse glisser sur la courbe du tee-shirt, descend franchement sur ses fesses. Rien dessous : la chair pleine et tiède sous sa paume, encore marquée du sommeil. Elle ne se dérobe pas. Au contraire — la hanche vient à sa main, elle appuie un peu, et fait durer la joue contre sa barbe une seconde de trop.

— Bonjour, dit-elle, et il y a un sourire dedans.

— Bien dormi ?

— Quand j’ai fini par dormir.

Il laisse sa main où elle est le temps qu’il faut, puis la remonte tranquillement le long de son dos. Elle prend la tasse qu’il lui tend, à deux mains, souffle dessus, boit une gorgée debout contre lui.

Elle sent le sommeil, la tiédeur du lit, et en dessous une autre odeur, plus basse, qui n’est pas tout à fait partie. Il la respire sans en avoir l’air. Elle ne s’est pas lavée, pense-t-il, et l’idée s’installe quelque part en lui, tranquille, pour la journée.

Ils restent là un moment sans rien dire, l’épaule de Delphine contre son bras, à regarder la lumière blanche monter dans le jardin. Pas pressés. Le carrelage est froid sous leurs pieds. La maison, derrière, dort encore — mais plus pour longtemps.


C’est Marine qui sort la première du couloir. Vingt-huit ans, blonde, les cheveux relevés à la va-vite, un long tee-shirt de sport et dessous une culotte de coton gris qu’on devine quand le tissu se plaque. Elle s’arrête à l’entrée de la cuisine — Delphine à demi appuyée contre Samuel, la tasse à la main, les cheveux défaits ; lui en caleçon, la main qui vient de quitter le bas de son dos. Rien n’est caché.

— Café ? dit Samuel.

— Je veux bien.

Elle s’assoit sur un tabouret, prend la tasse. Elle regarde une seconde de trop la marque rouge d’une barbe sur le cou de Delphine, qu’elle n’a pas cherché à couvrir. Ce n’est pas tout à fait de l’envie — Marine connaît ces mains-là, c’est plus compliqué que ça. Elle boit son café et garde ça pour elle.

Marielle arrive là-dessus. Cinquante-six ans, un pyjama de soie couleur sable, le haut à fines bretelles sans rien dessous — la poitrine pleine qui bouge sous le tissu à chaque pas. Elle fait la bise à Marine, vole la tasse de Delphine et en boit la moitié, pose au passage une main une seconde sur l’épaule de Samuel. Un rien — mais Marine le capte, et range l’information sans en faire le tour.

— Bien dormi ? dit Marielle, à personne en particulier.

— Très, dit Delphine.

Marielle sourit, se sert un café.


Le temps passe comme il passe le matin en déplacement — lent, puis soudain trop court. On part au salon à neuf heures. Les portes des chambres restent ouvertes ; d’un bout à l’autre de l’appartement, on se voit aller et venir.

Delphine fait glisser le tee-shirt blanc par-dessus sa tête, reste nue une seconde dans la lumière des volets, enfile une culotte propre, une robe en lin. Marine, dos à la porte ouverte, retire son tee-shirt et cherche un haut dans son sac — sans se presser de fermer, le dos nu offert au couloir. C’est nouveau pour elle, cette façon de se laisser voir ; ça lui plaît plus qu’elle n’aurait cru.

Samuel traverse pour aller à la salle de bain. Il ne regarde pas exprès. Il regarde quand même — le dos de Marine, la ligne de la culotte grise, les omoplates qui jouent. Elle le sait, à la façon dont l’air change derrière elle. Elle ne se retourne pas, mais prend une seconde de plus pour enfiler son haut.

Marielle, dernière prête, apparaît dans l’encadrement de sa porte en agrafant une jupe, le buste nu, sans mine de se cacher quand il repasse. Elle le suit des yeux, un demi-sourire, et rentre finir de s’habiller en laissant la porte ouverte.


Samuel récupère ses affaires dans la salle de bain en dernier. La pièce est encore tiède, le miroir à demi embué par les douches. Sur le radiateur, une culotte. Coton blanc, simple — celle de la veille, qu’on n’a pas rangée, ou qu’on a laissée là exprès, allez savoir, dans une maison où plus personne ne range vraiment.

Il la prend. Le tissu est sec, mais l’odeur est là, basse, tenace, celle de la nuit. Il la porte au visage une seconde — pas plus, la porte est ouverte — et la repose. Puis se ravise, et la fait glisser dans la poche de la veste posée sur le bord du lavabo.

Quand il revient dans le salon, ils sont prêts. Sacs, badges, lunettes de soleil. Delphine cherche ses clés de voiture, Marielle finit un café debout, Marine enfile une sandale en s’appuyant au mur.

— On y va ? dit Delphine.

Elle le regarde une demi-seconde de trop en disant ça — elle a peut-être vu, ou deviné, le pli de la veste. Elle ne relève pas. Juste ce quelque chose au coin des lèvres.

Ils sortent dans la lumière déjà dure du matin, le gravier chaud sous les semelles, les cigales à plein régime. La journée sera longue — un salon, des contacts, des sourires professionnels. Mais quelque chose est posé entre eux quatre, désormais, qui ne demande qu’à attendre le soir.

Samuel ferme la porte à clé. La culotte est dans sa poche.


Le retour

Le salon ferme à dix-neuf heures. Ils rendent les badges, récupèrent les voitures sur le parking surchauffé du Palais des Congrès, roulent vingt minutes dans la lumière oblique et les bouchons du bord de mer. La fatigue d’une journée debout — sourires, cartes de visite, café tiède en gobelet — pèse sur les épaules. Personne ne parle beaucoup. Marine, à l’arrière, a retiré ses sandales et posé les pieds nus contre le dossier du siège avant. Delphine conduit, une main en haut du volant, l’autre à la fenêtre, la peau du bras déjà dorée par trois jours de Sud.

L’Airbnb les reprend dans son odeur de la journée — café froid, bois chaud, le Sud entré par les fenêtres restées ouvertes. Il fait lourd, de cette lourdeur du soir qui ne tombe pas tout de suite. Quelqu’un ouvre le frigo, débouche une bouteille d’eau, la fait tourner de main en main. On se débarrasse des chaussures, des vestes, du vernis professionnel de la journée d’un même mouvement.

— Douche, dit Marielle. Je commence, je suis pleine de sel.

Personne ne discute. L’appartement n’a qu’une salle de bain ; on s’organise comme la veille, sans façon. Marielle y disparaît la première ; très vite l’eau coule derrière la porte qu’elle n’a pas tout à fait fermée — un trait de vapeur tiède dans le couloir, le bruit de l’eau sur le carrelage.

Dans le salon, les trois autres tournent au ralenti. Samuel ouvre une bouteille de rosé, en pose le seau sur la table basse. Delphine s’est laissée tomber dans le canapé, la nuque sur le dossier, la jupe remontée sur les cuisses par la chaleur, et elle ne la rabat pas. Marine, près de la fenêtre, défait l’élastique de ses cheveux, les secoue, les renoue — à contre-jour le chemisier fin laisse voir la ligne du soutien-gorge et l’ombre de ce qu’il y a dessous. Samuel le remarque. Tout le monde remarque tout, ce soir, et personne ne s’en cache plus.

Il fait lourd. On attend son tour en buvant le rosé frais, la maison qui se remplit peu à peu du bruit de l’eau et de l’odeur du gel douche. La soirée, Samuel le sent, n’attend que ça : que les corps soient propres, le rosé ouvert, et la lumière baissée.


Marielle est passée la première sous la douche. Quand elle en sort, la salle de bain n’est plus qu’un nuage tiède, le miroir aveugle de buée. Elle ne se rhabille pas tout de suite. Elle s’assoit au bord de la baignoire, une serviette sous elle, la peau encore perlée d’eau chaude, et se laisse une minute dans cette moiteur.

Elle est excitée depuis le milieu de l’après-midi — sans raison précise et avec toutes les raisons à la fois. La journée à se frôler entre deux stands. La nuit d’hier, entendue par bribes à travers la cloison, qui ne l’a pas laissée dormir tout de suite. Et surtout l’idée, très nette, de ce que ce soir va devenir, parce qu’elle a vu monter la chose toute la journée et qu’elle sait reconnaître un fruit prêt à tomber.

Elle écarte un peu les cuisses, descend une main entre elles. Elle est trempée, et pas de l’eau de la douche — elle reconnaît la différence sans avoir besoin d’y penser. Elle se caresse lentement, deux doigts à plat, sans chercher à finir : juste pour faire monter encore, pour rester sur ce fil toute la soirée. Sa toison châtain, soigneusement tenue, est lourde d’humidité. Elle ferme les yeux une seconde, la tête contre le carrelage frais.

Puis elle attrape la culotte qu’elle vient de retirer — une fine culotte couleur chair, en microfibre, presque rien. Elle la passe entre ses jambes, l’appuie contre elle, s’en sert pour se caresser quelques secondes encore. Et quand elle a fini, elle s’essuie avec : le tissu qui ramasse tout, la cyprine, la chaleur, l’odeur d’elle concentrée dans ce rien de matière.

Elle la tient devant elle, deux doigts, et la regarde comme une lettre qu’on vient d’écrire.

Elle connaît son homme. Elle sait exactement ce qu’une culotte chargée fait à Samuel — elle l’a appris il y a des années, elle s’en est servie pour le ferrer la première fois, et ça marche encore à tous les coups. Il y a là-dedans un plaisir qui n’a pas pris une ride : tendre l’appât, et attendre.

Elle se lève, et au lieu de la fourrer dans son linge sale, elle la dépose sur le porte-serviette, bien en évidence, à l’endroit exact où le regard tombe quand on entre. Étalée, pas roulée. La face intérieure à demi visible, le tissu encore alourdi.

Puis elle enfile un peignoir, se recoiffe d’un geste devant le miroir qui s’éclaircit, et sort de la salle de bain en laissant la porte grande ouverte derrière elle.


Marine passe sous la douche juste après Marielle. En entrant, elle la voit tout de suite — impossible de ne pas la voir : la culotte couleur chair, étalée sur le porte-serviette, à hauteur de regard, posée comme on pose une chose qu’on veut faire trouver. Marine s’arrête. Elle n’est pas née de la dernière pluie, et depuis hier soir elle sait précisément ce que ce détail veut dire dans cette maison — elle a entendu Samuel le reconnaître, calmement, devant tout le monde. Et tu l’as reniflée ? — Oui.

Elle ne la touche pas. Elle se douche à côté, l’eau chaude sur les épaules, et l’idée fait son chemin pendant qu’elle se savonne : la culotte est là, pour lui, et c’est elle qui va le lui dire. Quelque chose se serre agréablement dans son ventre — pas de la gêne. L’impression d’être entrée, par cette porte ouverte, dans un jeu dont elle n’a pas encore tiré une carte.

Elle ressort, une serviette nouée sur la poitrine, les cheveux mouillés. Samuel est sur le canapé, le verre de rosé à la main — c’est bientôt son tour. Elle s’approche, se penche un peu :

— Y a une culotte sur le porte-serviette…

— Je crois que c’est pour toi.

Samuel pose son verre. Il se lève, va à la salle de bain, et revient avec la culotte au creux de la main. Il ne se cache pas — plus personne ne se cache, ici, depuis hier. Il la déplie devant Marine, la porte à son visage, et respire. Lentement, franchement, les yeux mi-clos. L’odeur de Marielle, qu’il connaît par cœur, concentrée dans le tissu encore tiède et lourd.

Marine le regarde faire. Hier, ça l’aurait gênée — ou excitée en secret, sans oser regarder. Ce soir elle regarde ouvertement, et c’est un peu elle qui a tendu l’assiette.

— Alors ? dit-elle.

— C’est celle de Marielle.

— Je m’en doutais.

— Et elle l’a fait exprès.

— Ça aussi.

Un sourire passe entre eux, sans un mot de plus. Il replie la culotte, la pose sur le bar — pas dans sa poche cette fois, en évidence, à son tour — et va prendre sa douche. Delphine y passera après lui, la dernière.


Le rosé est ouvert, les olives sur la table basse, une bougie allumée que personne ne discute malgré la chaleur. La lumière baisse dehors. Une à une, elles sortent de leur chambre habillées pour le soir.

Delphine a mis une robe portefeuille en coton léger, vert sombre, qui se noue sur le côté par un simple lien — le genre de robe qu’un geste suffit à ouvrir, et elle le sait. Dessous, à la façon dont le tissu tombe, on devine la ligne d’une culotte fine, et pas grand-chose d’autre. Les cheveux roux encore humides, ramenés sur une épaule.

Marine a osé une robe fluide, courte, en viscose bleu nuit, qui suit le mouvement et flotte une demi-seconde après chaque pas. Et, pour la première fois de sa vie peut-être, pas de soutien-gorge — ses petits seins libres sous le tissu souple, les pointes qui se dessinent à la fraîcheur de la pièce. Elle a passé dix minutes à décider ; maintenant qu’elle est là, elle se sent à la fois exposée et étrangement sûre d’elle.

Marielle est la dernière à s’asseoir avec eux. Robe de soie noire toute simple, à bretelles, qui tombe droit et dit la forme entière à chaque déplacement — la poitrine pleine, les hanches larges, le gros cul qu’elle n’a jamais songé à cacher. La culotte couleur chair sur le bar, c’est celle de la journée ; pour ce soir elle en a mis une autre, en dentelle, qu’on ne devine pas sous la soie. Elle s’en amuse en croisant le regard de Samuel, juste assez longtemps pour qu’il comprenne qu’elle sait qu’il sait.

Samuel n’a fait aucun effort : jean clair, chemise de lin ouverte sur un tee-shirt, pieds nus. Ce qui, au milieu de ces trois-là, revient à être le seul point fixe d’une pièce qui n’attend plus que de pencher.


Le jeu

Le soir s’installe pour de bon. Les pizzas commandées ne sont pas encore arrivées ; en attendant, le rosé tourne, les olives, la bougie qui tremble dans le courant d’air des fenêtres ouvertes. La conversation a la lenteur molle des fins de journée — le salon, les contacts, qui a vu qui. Puis elle retombe, et il reste un de ces silences que la chaleur étire.

C’est Delphine qui le rompt. Elle repose son verre, sort son téléphone de son sac, le pose à plat sur la table basse.

— J’ai un truc, dit-elle. Si on veut. Un jeu.

— Quel genre de jeu ? dit Marine.

— Une appli. Ça donne des gages et des questions, chacun son tour. Ça monte tout seul, à son rythme.

Elle dit ça simplement, sans baisser la voix, du ton de quelqu’un qui ne découvre pas. Marielle a un demi-sourire — elle a reconnu le genre. Marine, elle, regarde l’écran comme on regarde un plongeoir.

— Et la règle ? demande-t-elle.

— Simple. Un gage, une question — tu le fais, tu réponds. Et si tu ne veux pas…

Elle relève les yeux, fait le tour des trois.

— … tu retires un vêtement. À toi de choisir à chaque fois : le jeu, ou le tissu.

— C’est un jeu de quelles soirées, ça ? demande Marine, mi-amusée mi-prudente.

— De celles où les gens savent pourquoi ils sont venus, dit Delphine.

Personne ne relève. La phrase dit assez d’où elle connaît la chose. Samuel la laisse faire — ça l’amuse de la voir installer le terrain, poser les règles à sa façon, calme et directe.

Delphine lance l’appli, la pose au centre de la table basse, à portée de tous. L’écran s’allume sur une première carte.

— Qui commence ?

Personne ne se précipite, alors c’est l’appli qui tranche : elle affiche la première carte, et Delphine la lit à voix haute.

— Question pour Marine : est-ce que tu te masturbes ?

Marine accuse le coup une demi-seconde — la première carte, et c’est pour elle. Elle pourrait refuser, retirer quelque chose, s’en tirer sans répondre. Mais elle a passé la journée à se découvrir l’envie de dire les choses.

— Oui… souvent, le soir. Ça m’aide à dormir.

Elle s’étonne du calme avec lequel ça sort — et de sentir, en le disant, une onde tiède lui passer dans le ventre, comme si l’aveu lui-même était une caresse.

Le téléphone passe. Carte suivante.

— Question pour Samuel : ton kink.

Il a presque un sourire. Tout le monde le connaît déjà — la nuit d’hier l’a dit, la culotte de Marielle est sur le bar à deux mètres. Mais le jeu veut qu’on le nomme.

— Les petites culottes. Encore plus quand elles ont été portées… qu’elles en gardent la trace et l’odeur.

Il le dit un peu plus bas, comme un aveu qui lui coûte malgré tout.

— Ça m’obsède.

Marielle a un petit rire dans son verre. Marine regarde la culotte couleur chair sur le comptoir comme si elle la voyait pour la première fois.

Carte pour Delphine.

— Question pour Delphine : as-tu déjà eu des relations avec une femme ?

— Oui. Il y a très longtemps.

Elle fait tourner le vin dans son verre.

— J’étais étudiante, dans une coloc de filles. La promiscuité… ça me fait des trucs.

Elle le dit avec le naturel de quelqu’un pour qui ce n’est pas un aveu mais une information. Marine range ça quelque part — une porte qu’elle n’avait pas vue s’ouvrir.

Carte pour Marielle.

— Question pour Marielle : est-ce que tu as des sextoys ?

Marielle prend son temps. Elle boit une gorgée, repose le verre.

— Oui. J’en ai apporté… Je peux vous montrer, si vous voulez.

— Tout à l’heure, dit Delphine sans lever les yeux de l’écran. Le jeu d’abord.

Marielle hausse une épaule, amusée. Le jeu continue.

Carte pour Marielle.

— Une pratique que tu n’as jamais essayée, mais que tu rêves secrètement de tester.

Elle réfléchit à peine.

— La sodomie… Jamais fait. Et ça fait des années que ça me trotte.

Elle le dit sans rougir, presque surprise elle-même de ne l’avoir jamais franchie. Samuel l’enregistre, ne dit rien.

Carte pour Marine.

— La couleur de ton sous-vêtement.

— Blanc. Coton.

Elle sourit, un peu moqueuse envers elle-même.

— La fille sage sous la robe sans soutien-gorge.

Carte pour Delphine.

— Une anecdote sexuelle dont tu as un peu honte, mais qui t’excite encore.

Delphine ne se fait pas prier.

— Un type que je connaissais à peine, un soir. On n’a pas tenu jusqu’à l’appartement. Cage d’escalier, debout, contre la rampe. Des voisins qui montaient en bas.

Elle boit une gorgée.

— J’ai joui en les entendant approcher. Et j’ai un peu honte de dire à quel point c’est ça qui m’a fait jouir.

Carte pour Samuel.

— La dernière fois que tu t’es masturbé.

— Ce matin.

Il ne baisse pas les yeux.

— Avec la culotte que j’ai prise dans la salle de bain.

Delphine relève la tête.

— C’était la mienne.

— Je sais, dit Samuel.


Carte pour Marielle.

— À qui tu penses, dans cette pièce, quand tu te touches ?

Marielle ne fait pas mine de chercher.

— Lui.

Un regard tranquille vers Samuel.

— Pas seulement ce soir. Souvent.

Elle ne précise rien, ne date rien, mais c’est dit avec une assurance qui n’appelle pas de question. Marine, à côté, sent la chose qu’elle devinait depuis le matin prendre enfin un contour — sans savoir, pour autant, depuis quand.

Carte pour Samuel.

— Depuis hier, qu’est-ce que tu as regardé en douce qui t’a fait le plus d’effet ?

— Ce matin. Marine, de dos, en train de s’habiller. La porte ouverte.

Il la regarde en le disant.

— Elle savait que je regardais. Elle a pris son temps.

Marine baisse les yeux, mais ne dément pas. La chaleur lui monte au visage et plus bas, à se savoir nommée comme ça, à voix haute.

Carte pour Delphine.

— Décris à voix haute ce que tu as envie qu’on te fasse, là, maintenant.

Delphine pose son verre. Elle ne joue pas la pudeur une seconde.

— Qu’on ne me déshabille même pas. Qu’on écarte juste ce qu’il faut… et qu’on y aille. Une bouche, des doigts, peu importe. Tout de suite.

Elle laisse ça dans la pièce, les jambes un peu écartées sous la robe portefeuille, et reprend son verre comme si elle avait commandé un café.

Carte pour Marine.

— Qui embrasserais-tu en premier, ici, si on éteignait tout sauf la bougie ?

Marine relit. Elle pourrait répondre… mais répondre, c’est nommer quelqu’un, et elle n’est pas prête à ce que ce nom flotte dans l’air. Alors elle choisit l’autre option.

Elle se lève, prend l’ourlet de sa robe bleue à deux mains, la passe par-dessus sa tête. Torse nu dans la lumière de la bougie, en culotte blanche de coton, elle repose la robe sur l’accoudoir et se rassoit.

— Je préfère ça.

Et le plus troublant, pour elle, c’est de découvrir que c’est vrai : montrer ses seins lui coûte moins que de dire le nom — et l’excite davantage.


Le jeu a changé d’air. Plus personne ne fait semblant que c’est un jeu.

Carte pour Samuel.

— Embrasse, pour de vrai, la personne de ton choix.

Il n’hésite pas. Il se tourne vers Marine — la plus proche, la peau nue, la bouche déjà entrouverte — et l’embrasse. Pas un baiser de gage : une main qui monte dans sa nuque, l’autre à plat sur ses reins nus, la bouche qui s’ouvre sur la sienne. Marine connaît cette bouche, l’a connue deux fois déjà, et son corps s’en souvient avant elle — elle se penche dedans, une main posée sur le torse de Samuel.

Quand il la lâche, elle reste une seconde le front contre sa joue, le souffle court.

Carte pour Delphine.

— À l’oreille de quelqu’un, dis-lui tout bas, en détail, ce que tu lui ferais si vous étiez seuls.

Delphine se lève, contourne la table, vient se pencher à l’oreille de Samuel. On ne l’entend pas — juste un murmure long, précis, ininterrompu, et la façon dont la mâchoire de Samuel se serre à mesure. Elle parle une trentaine de secondes, une main sur son épaule, et finit sur un mot qu’elle appuie un peu, un seul, que personne d’autre ne saisit.

Elle se redresse, contente de l’effet — il n’y a qu’à voir le jean.

— Tu me raconteras le reste tout à l’heure.

Carte pour Marielle.

— Va chercher un de tes sextoys, et confie-le à quelqu’un d’autre pour la suite de la partie.

Marielle se lève sans se presser, disparaît dans sa chambre, revient. Elle tient un vibromasseur, sobre, élégant. Elle le pose dans la main de Delphine au passage.

— Tiens. Toi, tu sauras quoi en faire.

Delphine referme la main dessus, un sourcil levé, et le pose sur l’accoudoir, à portée. Marine regarde l’objet atterrir là, à un mètre d’elle, et son ventre se serre.

Carte pour Delphine.

— Caresse, par-dessus le tissu, la personne à ta gauche, là où elle en a le plus envie — une minute, sans t’arrêter.

À sa gauche, c’est Marine. Delphine se tourne vers elle, pose une main à plat sur son genou, la fait remonter lentement le long de la cuisse. Marine retient son souffle. La main glisse entre ses jambes, trouve le coton blanc déjà tiède, et s’y installe — deux doigts qui appuient, qui dessinent, par-dessus le tissu, exactement là où il faut.

Marine n’a jamais été touchée par une femme. La douceur, la précision, le fait que Delphine sache, parce qu’elle a le même corps, où et comment. La minute s’étire. Le coton est trempé sous ses doigts bien avant la fin, et quand elle s’arrête — pile à la minute, parce qu’elle aime tenir les règles quand ça l’arrange — Marine laisse échapper un petit son de frustration qu’elle ne contrôle pas.

— Tu vois, dit Delphine, doucement. La porte dont je parlais tout à l’heure.


La nuit

L’écran s’allume sur une carte que Delphine lit, et cette fois c’est pour tout le monde.

— Gage collectif. Chacun retire un vêtement — celui de son choix — à la personne assise à sa gauche. Et il a le droit de le garder.

Un silence. Pas de gêne : un silence de seuil. Tout le monde a compris que c’est la dernière carte avant que le jeu ne soit plus un jeu.

Delphine commence. À sa gauche, Marine — torse nu, la culotte blanche encore trempée de la minute d’avant. Delphine glisse deux doigts sous l’élastique à la hanche, fait descendre le coton le long des cuisses, des mollets, le ramasse au sol. Marine est nue, maintenant ; ses genoux se serrent d’instinct une seconde, puis elle les desserre, exprès. Delphine roule la culotte dans son poing, la porte une seconde sous son nez sans quitter Samuel des yeux — une provocation, rien que pour lui.

— Je la garde.

À Marine, maintenant. À sa gauche, Samuel. Elle se met à genoux devant lui, défait le bouton du jean, la fermeture, et tire — et le caleçon vient avec, qu’elle l’ait voulu ou non. Le jean et le boxer d’un seul mouvement le long des jambes, et Samuel nu devant elle, la queue dure à hauteur de son visage. Elle ne peut pas s’en empêcher : elle laisse ses doigts remonter le long de lui, à peine, un simple frôlement — la peau tendue, la chaleur — et ça suffit à électriser Samuel, un frisson qui lui remonte le dos. Mais le gage, c’est un vêtement, pas plus ; alors elle retire sa main, se relève à regret, en se mordant la lèvre.

À Samuel. À sa gauche, Marielle, dans sa robe de soie noire. Il pourrait faire tomber la robe d’un geste — une bretelle, puis l’autre. Il ne le fait pas. Il glisse une main sous l’ourlet, le long de la cuisse, et trouve la culotte. Avant de la retirer, il s’attarde : deux doigts qui caressent en douce, par-dessus le tissu, le gousset déjà humide — lentement, juste pour la sentir réagir sous la dentelle. Marielle retient un souffle. Puis il fait glisser la culotte le long de ses jambes, sans toucher au reste.

Il la porte à son visage avant même de l’avoir tout à fait retirée. L’odeur de Marielle, chaude, concentrée dans le gousset humide. Il ferme les yeux une seconde.

— Celle-là aussi, je la garde.

Marielle, toujours dans sa robe mais nue dessous désormais, reprend son verre comme si de rien n’était.

À Marielle. À sa gauche, Delphine, dans sa robe portefeuille. Marielle n’a qu’un lien à tirer — elle le fait, lentement, et la robe s’ouvre, glisse des épaules. Delphine ne se retrouve pas nue pour autant : une culotte fine et sombre, la seule chose qui lui reste, et qu’elle ne semble pas pressée de voir partir.

Le tour est fini. Quatre corps découverts dans la lumière de la bougie — Marine nue, Delphine en culotte, Marielle nue sous sa robe de soie, Samuel nu, deux culottes au creux de deux mains. Le vin fini, le téléphone oublié sur la table.

Personne ne bouge pendant quelques secondes. C’est le dernier de ces silences : celui d’avant.


Le téléphone n’a pas dit son dernier mot. Il s’allume encore.

Carte pour Samuel.

— Est-ce que tu as des sextoys ?

Il a un demi-sourire — la question lui revient, après Marielle.

— Un seul. Que j’avais emporté.

Il se lève, nu, va jusqu’à son sac, revient avec un plug — noir, lisse, le métal qui accroche la lumière de la bougie. Il ne le garde pas pour lui. Il le pose au milieu de la table basse, bien en vue, et regarde Marielle.

— Toi qui n’as jamais essayé… Ça pourrait aider.

Marielle regarde l’objet posé là, puis Samuel. Elle ne dit ni oui ni non. Mais quelque chose passe dans son ventre — l’idée, enfin concrète, de la chose qu’elle remet depuis des années.

Carte pour Marielle.

— Montre à tout le monde comment tu te donnes du plaisir.

Elle ne se fait pas prier. C’est même, de toutes les cartes, celle qu’elle préfère : pas obéir — se montrer.

Elle s’enfonce dans le canapé, une jambe repliée, l’autre qui glisse sur le côté, et s’ouvre sans une once de gêne. Elle pose deux doigts sur elle, et pour elle ce n’est pas un spectacle qu’elle donne, c’est un plaisir qu’elle prend — la nuance compte. Elle se connaît par cœur : elle évite le clito d’abord, tourne autour, fait monter par le pourtour, parce qu’elle aime se faire attendre même quand c’est elle qui décide. La cyprine vient vite, elle est sur ce fil depuis la salle de bain ; elle s’en sert pour glisser, deux doigts qui s’enduisent et reviennent, lents, appuyés. De l’autre main elle prend un sein, le soupèse, roule la pointe entre ses doigts. Sa respiration descend, s’épaissit. Elle garde les yeux mi-clos sur Samuel — c’est à lui qu’elle pense, elle l’a dit. Les autres regardent ; ça ajoute, mais c’est accessoire. Le cœur de la chose, c’est sa main, et la lenteur qu’elle s’impose.

Carte pour Marine.

— Une fellation. Devant tout le monde. À qui tu veux.

Elle n’a personne à choisir — c’est décidé depuis tout à l’heure, la bouche à deux centimètres et la règle qui l’en empêchait. La règle, cette fois, l’y autorise. Elle vient devant Samuel, le fait se rasseoir, s’agenouille entre ses jambes. Elle le prend en main, le regarde une seconde — elle connaît cette queue, l’a déjà eue, mais pas comme ça, pas devant trois personnes — et le prend en bouche. Le gland d’abord, la langue qui tourne, puis plus profond, jusqu’à ce qu’il bute au fond. Elle y va sans retenue, beaucoup de salive, des bruits de succion mouillés, une main qui suit ce que la bouche ne prend pas. Samuel pose une main dans ses cheveux blonds, sans tirer, juste pour sentir le rythme qu’elle se donne. À côté, Marielle n’a pas arrêté ses doigts.

L’appli a beau réclamer la suite, Marine ne s’arrête pas. Elle est à quatre pattes maintenant, le dos creusé, le cul offert au reste de la pièce, la bouche pleine, et rien ne la ferait lâcher.

Carte pour Delphine.

— Caresse la personne de ton choix, avec tes doigts.

Le choix est tout fait. Delphine vient se placer derrière Marine, à genoux elle aussi, pose les mains sur le cul tendu vers elle. Elle écarte, descend, trouve la chatte trempée, gonflée, qui coule déjà à l’intérieur des cuisses. Deux doigts entrent d’un coup, faciles. Marine, sans lâcher Samuel, pousse un son sourd dans la gorge et tend le cul en arrière, cherche les doigts, en veut plus. Delphine entre et sort, lente puis plus franche, le pouce qui remonte caresser le trou au passage — juste pour voir. Marine ne se dérobe pas. Au contraire.


Marine fait de son mieux, mais ce n’est pas simple de garder le rythme quand on a deux doigts qui vont et viennent en soi. Sa fellation se fait par à-coups, ralentit, repart — elle perd le fil chaque fois que Delphine appuie un peu plus, et le retrouve trop tard. Elle finit par garder Samuel au creux de la main, la bouche entrouverte contre le gland, à respirer plus qu’à sucer.

Samuel tend le bras vers la table, prend le plug. Il cherche Marielle des yeux, lui fait un signe du menton — viens. Elle ne se fait pas prier. Elle monte sur le canapé à côté de lui, à quatre pattes, et lui offre son cul comme on offre une chose qu’on a longtemps gardée.

Il prend son temps. C’est sa première fois à elle, il le sait, et c’est exactement le genre de chose qu’il aime mener. D’abord la langue — il écarte les fesses des deux pouces et lèche le trou plissé, lentement, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle se détende. Marielle pousse un son qu’elle n’attendait pas, grave, surprise de ce que ça lui fait. Il descend chercher sa chatte trempée, ramène sa mouille avec deux doigts, s’en sert pour lubrifier le trou — sa propre cyprine, étalée là où rien n’est jamais entré. Un doigt d’abord, qui tourne, qui ouvre. Puis deux. Elle respire par la bouche, le front sur ses bras croisés, le corps qui s’ouvre par paliers sous une main qui sait faire. Quand il présente le plug et qu’il pousse, doucement, jusqu’à ce que l’anneau le ravale, elle lâche un long souffle — pas de douleur, autre chose. Une découverte qu’elle remettait depuis des années, et qui est là, enfin.

— Voilà, dit-il. Bouge pas. Laisse-le faire son travail.


Derrière Marine, Delphine s’est redressée. Elle récupère sur l’accoudoir le vibromasseur que Marielle lui a confié tout à l’heure.

— Je t’emprunte ton joujou, lance-t-elle à Marielle — plus par jeu que par besoin, puisqu’elle l’a déjà en main.

Marielle, le plug en elle, la joue sur ses bras, n’a qu’un petit rire pour répondre.

Delphine allume l’engin, le pose contre Marine — pas en elle, contre le clito, pile où il faut. Marine, déjà à bout, lâche enfin la queue de Samuel pour gémir franchement, le front sur sa cuisse.


Elle en a assez d’attendre. Elle se relève, enjambe Samuel toujours assis, lui tourne le dos. Elle descend sur lui, le prend d’un coup jusqu’au fond, et le son qu’elle fait n’a plus rien de timide. En reverse, le dos cambré, elle le monte à son rythme — les mains de Samuel qui remontent sur ses fesses, qui écartent, qui pétrissent, un pouce qui s’attarde sur la raie. Il regarde sa queue entrer et sortir d’elle ; c’est tout ce qu’il aime.

Delphine garde le vibro contre elle. Marine pose une main sur son clito par-dessus, se caresse en même temps qu’elle se fait remplir, vite, de plus en plus vite. Ça ne dure pas longtemps. Elle jouit comme ça, empalée sur Samuel et la main sur elle-même, le corps secoué, un cri court qu’elle ne retient pas, les cuisses qui tremblent de part et d’autre des siennes.


Elle se relève, encore flageolante, et libère Samuel — la queue luisante de tout ce qu’elle a coulé.

C’est le moment que choisit Marielle. Elle se déplace, le plug toujours en elle, vient entre les jambes de Samuel et le prend en bouche — pour le goût. Le jus de Marine sur lui, qu’elle lèche sur toute la longueur, sans se presser, les yeux levés. Du sale, et elle adore ça, elle qui se croyait au bout de ses surprises.

Il la laisse faire quelques secondes, puis il en a assez d’attendre à son tour. Il la relève, la retourne, la plie en avant sur l’accoudoir — la levrette, ce qu’elle préfère, le plug qui dépasse entre ses fesses. Il entre dans sa chatte d’un coup, et le plug rend tout plus étroit ; elle le sent qui prend toute la place, double. Elle crie dans le coussin. Il la tient par les hanches et y va franchement, le claquement des cuisses contre son gros cul, le souffle qui lui sort à chaque coup.


Delphine, elle, n’a encore rien pris pour elle. Marine s’en aperçoit. Elle revient à elle — une dette, et une curiosité, celle de la porte ouverte tout à l’heure. Elle allonge Delphine sur le canapé, lui écarte les cuisses, pose la bouche sur elle. C’est la première fois qu’elle goûte une femme ; elle y va d’instinct, large et lente, et corrige sur ce que Delphine lui souffle. Delphine, qui a mené toute la soirée, se laisse enfin faire — une main dans les cheveux blonds de Marine, le bassin qui monte. Elle jouit sous sa langue, longuement, sans un mot, juste un souffle qui s’étrangle.


À l’autre bout du canapé, Marielle bascule sans prévenir — le plug, la queue, le poids de Samuel sur ses reins — surprise par sa propre jouissance, le corps qui se referme par vagues sur lui. Samuel tient encore quelques coups, puis s’enfonce une dernière fois, au fond, et lâche en elle ce qu’il retenait depuis le début de la soirée.

Le silence revient par couches. La bougie presque finie. Quatre respirations qui redescendent, mêlées, dans la lumière basse.


Personne ne file dans sa chambre tout de suite. Ils restent là un moment, emmêlés, la peau qui colle, à reprendre leur souffle — il n’y a rien à dire. Puis, l’un après l’autre, ils se relèvent. Marielle retire le plug avec une grimace amusée et l’emporte à la salle de bain. Samuel récupère les deux culottes — celle de la journée, celle du soir — sans plus savoir lesquelles sont à qui, et ça n’a plus d’importance.

On se souhaite bonne nuit à mi-voix, presque normalement. Chacun rejoint son lit.

Mais ils le savent tous les quatre, en s’endormant : quelque chose a basculé pendant ce séjour, qui ne reviendra pas en arrière. Lundi, ils se retrouveront dans le même open space, à se parler par-dessus les cloisons basses, les mêmes cafés et les mêmes dossiers. Sauf que plus rien, entre eux, ne sera réellement comme avant.