Le jardin
Le portail était entrouvert. Samuel se gara dans la rue, prit la bouteille de rosé sur le siège passager, poussa le portail.
La maison était grande, en pierre claire, construite dans la pente — longue façade basse à l’avant, mais depuis la terrasse qui courait tout le long du côté vallée, on devinait que le bâtiment descendait bien plus bas qu’il n’en avait l’air depuis la rue. La terrasse s’ouvrait sur un panorama large : les collines boisées, le fond de vallée encore éclairé par le soleil de fin de journée, un clocher à mi-pente de l’autre côté. En contrebas de la terrasse, accrochée au flanc de la maison, la piscine à débordement déversait son trop-plein dans le vide — le miroir d’eau se confondait avec la vallée.
Sur la plage de la piscine, à l’ombre du mur de la maison, un barbecue en fonte et un salon de jardin en bois — table, chaises, une chaise longue dans un coin.
Marielle sortit de la maison et descendit vers la terrasse. Robe d’été imprimée, courte, en lin léger, pieds nus, cheveux relevés à la va-vite par une pince. Elle lui prit la bouteille, l’embrassa sur la joue, et dit qu’il avait trouvé facilement. Il dit que oui.
Marine était déjà là, assise sur une des chaises en bois, un verre à la main. Elle se leva pour le saluer. Robe en coton fin, blanc cassé, bretelles fines, descendant au-dessus du genou ; sandales plates. Il vit, à la façon dont la lumière du couchant passait sous le tissu quand elle se tournait, qu’elle ne portait pas de soutien-gorge. Il détourna les yeux, comme il l’avait fait toute la semaine dans le bureau.
Marielle apporta un plateau — olives, radis, beurre salé, pain. Elle parla du jardin, du voisin qui partait en vacances, du barbecue. Son compagnon, expliqua-t-elle à Marine sans qu’on lui demande, était en déplacement pro à Paris pour la semaine. Elle dit cela avec un détachement qui rendait clair qu’elle s’en accommodait depuis longtemps.
Le rosé se vida vite. À la troisième tournée, Marielle se leva, regarda la piscine en contrebas.
— On se baigne avant de manger.
Marine secoua la tête, un sourire d’excuse.
— J’ai rien pris.
— Moi non plus, dit Samuel.
Marielle le regarda une seconde — une seconde de trop.
— Toi tu peux y aller en caleçon. C’est pas la mer à boire.
Samuel sourit, posa son verre.
— Je veux bien. Marine fait pareil.
Marine rougit, ne répondit pas. Samuel se leva, posa sa chemise sur le dossier de la chaise, enleva son pantalon, et plongea. L’eau était tiède, presque à température du corps en surface.
Marielle, depuis le bord, dit qu’elle allait voir ce qu’elle pouvait trouver dans la maison. Elle remonta vers la terrasse.
Elle revint cinq minutes plus tard par les marches, un maillot une-pièce bleu marine à la main — et le bas de son propre bikini, rien d’autre. Sa poitrine était nue, naturellement, comme si ça allait de soi. Elle tendit le maillot à Marine depuis le bord :
— Essaie ça. Ça risque d’être un peu grand.
Marine prit le maillot, le tint à bout de bras. Elle regarda Marielle — la poitrine nue, le bas de bikini, l’évidence tranquille de tout ça — puis le maillot, puis la piscine.
— Vas-y, essaie, dit Marielle. Si ça tient pas, ça tient pas.
Marine disparut vers la salle de bain. Elle revint deux minutes plus tard, le maillot à la main, encore en robe.
— Je flotte dedans.
Marielle haussa les épaules.
— Tant pis. La prochaine fois, prends le tien.
Personne ne dit tant pis, on ne se baigne pas. Samuel, dans l’eau, se retourna et attendit. Marine resta debout au bord encore quelques secondes. Elle regarda l’eau, regarda Samuel, regarda Marielle. Puis elle dit, à mi-voix, comme pour elle-même :
— De toute façon ma robe est déjà à moitié transparente.
Elle la passa par-dessus la tête en un mouvement sec, posa la robe sur le dossier d’une chaise. Elle ne portait pas de soutien-gorge. Elle sauta — pas un plongeon, un saut droit, genoux pliés, comme on saute dans une rivière quand on était enfant. Une éclaboussure, le bruit, puis sa tête réapparut, à cinq mètres du bord, et elle rit. Un rire bref, libéré, qu’il ne lui avait pas entendu de la semaine.
Marielle, depuis le bord, sourit. Elle descendit à l’échelle, entra dans l’eau sans bruit.
Ils nagèrent un moment tous les trois, sans se parler. L’eau était douce, presque silencieuse. La vallée en contrebas s’assombrissait lentement, le ciel virait au rose-orange au-dessus des crêtes. À son deuxième retour au mur, Marielle croisa Samuel et dit à voix basse, sans s’arrêter :
— Elle en avait envie depuis le début.
Il ne répondit pas. C’était inutile.
Il sortit le premier, par l’échelle. Il s’essuya vite — le visage, les cheveux, les épaules — et posa la serviette sur le dossier. Il resta debout, en caleçon mouillé, sans se rhabiller. L’air chaud du soir séchait vite.
Quelques minutes plus tard, Marielle sortit à son tour. Elle s’essuya rapidement — les bras, le visage, les jambes — puis décrocha le bas de son bikini d’un geste simple, comme on retire une chaussette. Elle se retrouva nue un instant, entièrement, le temps de déplier le paréo. Samuel regarda. Il ne put pas faire autrement. Marielle à cinquante et un ans : grande, plantureuse, la peau mate encore luisante d’eau, la poitrine pleine et lourde, le ventre rond et tenu, les hanches larges, le pubis soigneusement entretenu. Un corps qui s’assumait sans commentaire.
Elle noua le paréo bas sur les hanches — un tissu très fin, presque transparent en pleine lumière, qui dessinait à chaque mouvement la rondeur des fesses, le creux du bas du dos, les cuisses qui se devinaient par transparence. Ses seins restèrent nus. Elle releva les yeux.
Son regard croisa celui de Samuel.
Elle ne baissa pas les yeux. Elle ne sourit pas non plus — pas vraiment. Juste ce regard posé, calme, qui tenait le sien une seconde entière avant de passer à autre chose. Mais dans cette seconde, elle avait su — comme elle savait depuis Saint-Raphaël, depuis ce gala de février où elle l’avait entendu baiser une autre femme à travers la cloison, et s’était touchée en l’écoutant jusqu’à un orgasme dont elle se souvenait encore — que ce garçon était disponible. Deux ans et demi qu’elle portait ça. Ce soir, avec le compagnon en déplacement pro à Paris et la stagiaire en culotte au bord de l’eau, elle voulait jouer.
Samuel sentit une tension basse et précise dans son caleçon encore mouillé. Le tissu plaqué ne laissait rien ignorer.
Marine était encore dans l’eau. Samuel s’assit sur le bord, jambes dans le vide, et attendit. Il savait ce qui allait se passer quand elle remonterait l’échelle — il l’avait deviné dès qu’elle avait sauté, ce slip en coton blanc qui ne résisterait pas à l’eau. Il n’avait aucune intention d’en manquer une seconde.
Marine se décida. Elle nagea jusqu’à l’échelle, posa les mains sur les montants, et remonta.
Le coton blanc ne couvrait plus rien.
Le tissu translucide laissait voir la peau claire, le triangle épilé court — un duvet blond pâle, presque rien —, le pli de l’aine, la fente légèrement marquée en rose. La culotte alourdie avait glissé sous le nombril, découvrant un liseré de peau plus blanche. À l’arrière, deux demi-lunes nettes, une rainure sombre au milieu.
Marine prit sa serviette, s’essuya rapidement — les épaules, les bras — et repassa sa robe par-dessus la tête sans s’attarder. Le coton fin colla à la peau encore mouillée. Elle glissa les pouces sous l’élastique de sa culotte et entreprit de la faire descendre sous la robe — discrètement, sans se montrer. Mais la peau humide retenait le tissu. La robe remontait avec la culotte au lieu de rester en place, découvrant les cuisses, le haut des jambes, avant de retomber enfin lentement. La manœuvre prit plus de temps qu’elle n’aurait voulu. Elle finit par se redresser, culotte à la main, les joues légèrement roses, sans regarder personne.
Elle la posa sur l’accoudoir de la chaise longue — geste distrait, presque négligent, comme on pose ses clés en rentrant chez soi.
Samuel ne détourna pas les yeux. La robe en coton fin, encore humide par endroits, collait par plaques — aux épaules, dans le creux du dos, sur le ventre plat. À chaque respiration, le tissu se plaquait sur la pointe des seins, les dessinait nettement. Plus bas, là où la robe avait tardé à retomber, le coton adhérait encore à la peau des cuisses et laissait deviner, par transparence, qu’il n’y avait plus rien dessous.
La table
Ils s’installèrent autour de la table en bois — Marielle face aux deux autres, paréo bas sur les hanches, seins nus comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Samuel avait renoué sa serviette à la taille. Marine s’était assise, et au bout de quelques minutes, sans s’en rendre compte, avait posé les bras sur la table, s’était penchée en avant pour attraper un verre — elle commençait à oublier dans quel état elle était.
Marielle remplit les verres sans demander, posa la bouteille au centre, et parla — du jardin, de la chaleur qui tenait encore, d’un dossier de rentrée à boucler en octobre. La voix de cheffe de service, légère, qui comblait le silence sans l’alourdir. Samuel répondait. Marine moins.
Le soleil avait disparu derrière le toit. La vallée en contrebas s’assombrissait lentement, les crêtes encore orangées, le ciel qui virait au bleu profond au-dessus d’eux.
Marielle apporta le plat — côtelettes d’agneau, salade, pain. Elle servit les autres avant elle, remplit les verres à nouveau. Ils mangèrent. La viande était bonne, les premiers échanges anodins — la vie au bureau, les projets de la rentrée, une anecdote que Marielle raconta sur un prestataire impossible. Marine souriait, répondait quand on lui parlait, et ses épaules s’étaient peu à peu abaissées. Le rosé aidait.
À un moment, Samuel s’excusa et remonta vers la maison. La salle de bain du bas donnait sur le couloir — carrelage blanc, une fenêtre entrouverte, l’odeur du savon. Il se lava les mains, et c’est en cherchant la serviette qu’il vit le bac à linge posé dans le coin. Dessus, visible, une culotte de Marielle — celle qu’elle avait retirée avant de se baigner, posée là négligemment.
Il la prit.
Il la retourna entre ses doigts. Le fond était marqué — une tache dense, légèrement croustillante sur les bords, le coton décoloré par endroits, trace de tout ce qu’une femme dépose dans une journée. Il le porta à son nez. L’odeur était forte, basse, sans détour — sa chatte, sa transpiration, quelque chose d’animal qui lui noua le ventre immédiatement. Sur l’avant, une légère trace jaunie, à peine, là où le tissu avait épousé le pli. Il respira encore, plus longtemps, les yeux fermés.
Il ne l’entendit pas passer.
Marielle longea le couloir sans un bruit, jeta un œil par l’encadrement de la porte entrouverte, vit Samuel — debout au-dessus du bac, sa culotte contre le visage, les yeux fermés. Elle s’arrêta une fraction de seconde. Elle ne dit rien. Elle repartit vers la terrasse.
Samuel reposa la culotte dans le bac, s’essuya les mains, retourna à table. La tension était revenue dans son bas-ventre, précise, insistante.
Marielle, en face de lui, baissa les yeux une fraction de seconde vers son entrejambe — le caleçon avait séché mais la tension y était lisible, nette, le tissu légèrement tendu. Elle releva les yeux vers son visage sans rien dire, avec ce même regard posé qui ne commentait rien et enregistrait tout.
Marine avait regardé aussi. Pas longtemps — un coup d’œil involontaire, le genre qu’on ne décide pas. Elle baissa les yeux vers son assiette, et c’est à ce moment-là qu’elle sentit l’air sous sa robe, le bois de la chaise contre ses cuisses nues, l’absence de tissu entre ses jambes. Elle y avait presque oublié.
Elle se leva sans mot, alla jusqu’à la chaise longue. Sa culotte était là, sur l’accoudoir — sèche maintenant, le coton redevenu blanc et léger. Elle la prit, fit le geste de la remettre debout, un pied levé, la robe qui remonta sur la cuisse. Samuel la regardait. Il ne chercha pas à faire semblant. La robe en coton fin, dans la lumière du soir, laissait encore deviner ce qu’il y avait dessous — la ligne des hanches, le creux de la taille, la peau claire à travers le tissu. Marine remit la culotte en place, rabaissa sa robe, revint s’asseoir.
Marielle versa du vin.
Le repas se termina vers vingt-deux heures. La bouteille était vide, la chaleur revenue d’un cran dans l’air de la nuit. Marielle posa sa serviette sur la table, regarda les deux autres.
— Vous ne prenez pas la voiture dans cet état. La chambre d’amis est prête, Marine. Samuel, le canapé du salon est très bien. — Elle se leva, ramassa quelques assiettes. — Je suis debout à sept heures, je mets le café à huit.
C’était dit comme un ordre du jour, sans appel. Elle rentra dans la maison avec le plateau.
Samuel et Marine restèrent seuls à table. La vallée était noire en dessous, quelques lumières dans les hameaux lointains, le ciel très étoilé. Un silence plein, qui n’était plus celui du début de soirée.
La nuit
La piscine brillait dans le noir, éclairée de l’intérieur, un rectangle de lumière bleue découpé dans la nuit. Samuel regarda l’eau un moment.
— On se rebaigne ?
Marine le regarda une seconde, sourit.
— L’eau doit être bonne.
Il descendit les marches vers la plage. Marine le suivit.
Il plongea sans hésiter. L’eau était tiède, presque chaude en surface, douce dans le noir. Marine entra par l’échelle, lentement, en soufflant un peu. Ils nagèrent quelques minutes sans se parler, deux silhouettes dans le bassin éclairé.
Ils sortirent ensemble. Samuel remonta l’échelle, s’ébroua, passa les mains dans ses cheveux. Son caleçon plaqué dessinait tout, franchement, la tension de toute la soirée rendue visible sans détour.
Marine sortit à son tour. Sa culotte, redevenue trempée, avait repris son état de tout à l’heure — translucide, collée, qui ne cachait plus rien.
Samuel dit, la voix légèrement détendue par le vin :
— Ta culotte cache pas grand chose, là.
Marine s’excusa, un rire gêné.
— Au contraire, dit Samuel. J’apprécie le spectacle.
Marine le regarda — vraiment, pour la première fois depuis qu’ils étaient seuls. Puis ses yeux descendirent une seconde sur le caleçon mouillé.
— Toi non plus, dit-elle. Ton caleçon cache pas grand chose.
Samuel regarda leurs sous-vêtements trempés, haussa les épaules.
— Autant les laisser sécher. On est entre adultes.
Il enleva son caleçon, le tordit au-dessus de la piscine, le posa sur le bord. Marine le regarda faire. Puis elle glissa les pouces sous l’élastique de sa culotte et l’enleva à son tour, sans un mot. Ils remontèrent vers la terrasse, nus, dans la chaleur de la nuit.
La lumière de la terrasse les reprit. Samuel posa les deux sous-vêtements sur le dossier d’une chaise. Il allait se rasseoir quand il vit le regard de Marine descendre — pas longtemps, une seconde — et il réalisa qu’il avait un début d’érection, franc, visible dans la lumière.
— Excuse-moi, dit-il. C’est de ta faute.
Marine releva les yeux vers lui. Elle ne sourit pas tout de suite. Puis si, lentement, un sourire qui ne ressemblait pas à celui de la stagiaire du bureau.
— C’est de ma faute, dit-elle.
À trois mètres de là, dans l’encadrement de la porte-fenêtre, Marielle était immobile. L’obscurité de la maison derrière elle la rendait invisible. Elle avait entendu la piscine, était descendue sans bruit. Elle les voyait tous les deux dans la lumière de la terrasse — nus, debout, l’un en face de l’autre. Sa main avait glissé sous l’élastique de sa culotte sans qu’elle s’en rende vraiment compte.
Ils s’assirent côte à côte sur la chaise longue, nus dans la chaleur de la nuit. Samuel remplit les deux verres, tendit le sien à Marine. Elle le prit. Leurs doigts se frôlèrent.
Il posa son verre, se tourna vers elle, prit sa main doucement.
— Tu peux pas me laisser comme ça.
Marine baissa les yeux sur son sexe — tendu, franc, qui ne prétendait plus rien. Elle referma la main dessus. Lentement, sans brusquerie, comme si elle prenait la mesure de ce qu’elle tenait. Samuel ne bougea pas. Il laissa.
Puis sa main à lui remonta vers elle. Le dos des doigts d’abord, qui effleurèrent le sein gauche — le revers de l’index le long du galbe, une caresse presque distraite. Marine retint son souffle. Il recommença, plus lentement, le dos de la main qui remontait vers la pointe. Puis il se retourna, prit le téton entre le pouce et l’index, le serra doucement. Marine ferma les yeux. Il serra plus fort. Elle laissa échapper un son bref, entre les dents.
Il prit son temps. Sa main quitta sa poitrine, descendit le long du ventre de Marine — lentement, la paume à plat, sans presser. Il s’arrêta sur sa toison, y passa les doigts comme on caresse quelque chose de fragile. Il glissa la main sur sa hanche, la cuisse extérieure, redescendit. Il prit son temps sur l’intérieur de la cuisse — la peau la plus fine, la plus sensible — et s’y attarda, remontant par centimètres sans jamais arriver. Marine bougea imperceptiblement vers lui, ses hanches qui cherchaient. Il ne céda pas.
— Samuel.
Elle dit son prénom comme une demande. Il ne répondit pas.
Elle se décala alors — glissa vers le bout de la chaise longue, s’assit sur l’arête, les pieds au sol, les cuisses ouvertes. Elle s’offrit comme ça, sans l’habiller d’autre chose.
Il commença par l’extérieur. La paume à plat d’abord, qui couvrit tout — le pubis, la toison, la chaleur qui montait. Il fit glisser la main vers le bas, lentement, et ses doigts arrivèrent dans le gluant — elle était trempée, ouverte, ses lèvres gonflées et écartées. Il remonta, redescendit. Juste la surface, les doigts qui glissaient le long de sa fente sans entrer, qui récoltaient à chaque passage, qui se couvraient de cette mouille chaude et dense. Il fit plusieurs allers-retours — pour elle, pour lui, pour s’enduire les doigts de ce qu’elle donnait. Il entendit le bruit que ça faisait dans le silence du jardin. Il écarta doucement ses lèvres du pouce, laissa ses deux doigts s’attarder à l’entrée — juste là, sans franchir encore.
Marine dit :
— S’il te plaît.
Il entra.
Lentement d’abord, jusqu’aux premières phalanges, sentit la chaleur, le serrement, la mouille qui l’aspirait. Il poussa jusqu’au fond. Marine lâcha un long soupir qui venait du ventre. Il retira presque entièrement, rentra, commença un rythme posé et profond. Il regardait sa main entrer et sortir, le filet qui coulait jusqu’à la chaise longue, la cuisse intérieure de Marine qui brillait dans la lumière.
Il courba les doigts vers le haut, trouva l’endroit précis, pressa. Marine laissa échapper un son rauque sorti du fond de la gorge. Il pressa encore, tint. Il glissa le pouce sur son clitoris en même temps, appuya.
— Non — dit Marine, la voix cassée. Non non non—
Il n’arrêta pas. Il la travailla des deux côtés, les doigts qui s’enroulaient vers l’intérieur, le pouce qui écrasait en rythme. Elle se mit à couler franchement. Il accéléra. Marine cria — un vrai cri bref qu’elle étouffa en plaquant sa propre main sur sa bouche — et jouit violemment, tout le bassin secoué.
Il ralentit juste assez pour la laisser redescendre d’un cran.
— Retourne-toi. À quatre pattes. Cambre.
Marine obéit sans hésiter — elle se retourna, posa les mains sur la chaise longue, creusa les reins. Il posa les deux mains sur ses fesses, les écarta, regarda. Il prit de sa mouille à elle, en remonta le long de la raie, étala lentement sur le petit trou plissé. Marine tressaillit.
Il entra à nouveau avec les doigts — deux, d’un coup, sans préambule. Fini la douceur. Il la prit fort, profond, un rythme qui la faisait avancer à chaque coup. De l’autre main il tint sa hanche, l’empêcha de fuir. Marine gémissait sans chercher à se retenir, la tête basse entre les bras, les reins qui revenaient vers lui d’eux-mêmes.
Il se pencha, posa la bouche sur son cul. La langue d’abord à plat, qui remonta lentement, puis la pointe qui s’appuya sur le trou pendant que ses doigts continuaient en dessous. Marine eut un cri court et sourd. Il lécha, insista, tourna la langue, et ses doigts dans sa chatte accélérèrent encore. Elle commença à venir vers eux — ses hanches qui poussaient en arrière, qui cherchaient plus, plus profond.
Il retira les doigts.
Marine souffla un son de frustration, les reins encore en mouvement.
Il prit son sexe en main, le passa le long de sa fente — une fois, deux — et se lubrifia de ce qu’elle donnait. Il se positionna. La pointe contre elle.
Il entra.
Marine laissa échapper quelque chose qui n’était plus un mot.
Il bougea lentement d’abord — long, profond, en tenant ses hanches à deux mains. Marine avait la tête basse, les bras tendus sur la chaise longue, et à chaque coup elle poussait un son court qu’elle n’essayait plus de retenir. Il accéléra. Le bruit de leurs corps dans le silence du jardin, la chaise longue qui raclait le carrelage, la respiration de Marine qui montait.
Il sentit la fin arriver. Il accéléra encore, les mains serrées sur ses hanches, et se retira au dernier moment — il jouit sur ses fesses, longues giclées tièdes sur la peau cambrée, sur le bas des reins. Il resta là quelques secondes, la main à plat sur son cul, le souffle court.
Marine ne bougea pas tout de suite. Elle resta à quatre pattes, la tête penchée, à reprendre son souffle. Puis elle se redressa lentement, attrapa une serviette abandonnée sur la chaise, s’essuya sans rien dire. Ils se regardèrent une seconde. Elle sourit, brièvement.
Dans l’encadrement, Marielle jouit en silence — le dos contre le chambranle, une main plaquée sur la bouche, ses doigts inondés.
Ils rentrèrent dans la maison sans bruit. Marine prit la chambre d’amis, Samuel le canapé du salon. Personne ne dit rien. La maison s’éteignit.
Le lendemain
Le matin, Samuel se réveilla tôt. Il trouva une serviette de bain sur le dossier d’une chaise, s’en noua une à la taille, alla aux toilettes. Il poussa la porte de la salle de bain du bas.
La culotte de Marielle était toujours dans le bac.
Il s’arrêta. Il la prit. Le fond était nettement différent de la veille — plus lourd, le coton gorgé, un cercle humide dense qui n’avait pas eu le temps de sécher. Il le porta à son nez. L’odeur était forte, fraîche, sans équivoque — pas celle d’une journée portée, celle d’une femme qui avait mouillé depuis peu, abondamment.
Il la reposa dans le bac, se redressa, se retourna.
Marielle passait dans le couloir, un plateau entre les mains — cafetière, tasses, pain — en direction de la terrasse. Elle ne tourna pas la tête. Son regard était droit devant elle, vers la porte-fenêtre ouverte sur la lumière du matin.
Samuel attendit qu’elle soit dehors. Il souffla lentement. Elle n’avait rien vu.
Marielle était déjà sur la terrasse quand les deux autres descendirent. Elle s’était assise, avait posé le plateau, se servait un café. La robe d’été qu’elle avait passée — légère, imprimée, la même coupe que la veille — laissait deviner à chaque mouvement qu’il n’y avait rien dessous. Elle ne semblait pas s’en préoccuper.
Elle vit tout de suite le caleçon de Samuel et la culotte de Marine, côte à côte sur le dossier d’une chaise — bleu et blanc dans la lumière du matin, exactement où ils les avaient laissés. Elle les regarda une seconde, but une gorgée, et attendit.
Marine descendit la première. Même robe blanche de la veille, les cheveux encore humides de la douche. Le coton fin, dans la lumière rasante du matin, laissait voir les pointes des seins, la ligne des hanches. Rien dessous, comme Marielle.
Samuel arriva peu après, une serviette nouée à la taille.
Marielle versa le café sans rien dire. Elle posa les tasses, fit passer le pain. Son regard alla une fois vers le dossier de la chaise — le caleçon, la culotte — puis vers Samuel, puis vers Marine.
— Vous vous êtes rebaignés, cette nuit ?
Le silence dura exactement ce qu’il fallait.
— Oui, dit Samuel. L’eau était bonne.
Marielle hocha la tête, but une gorgée.
— Je sais, dit-elle.
Elle beurra une tartine et ne dit plus rien.