L’arrivée
Samuel connaissait le chemin. Il y était venu deux ou trois fois pour du travail — toujours le même prétexte, un dossier qui traînait, une réunion à préparer à deux. La maison de Marielle donnait sur une rue étroite du centre, façade en pierre serrée entre ses voisines, portail en fer peint noir. On n’imaginait pas, depuis le trottoir, ce qu’il y avait derrière — le jardin, la lumière, l’espace.
Elle ouvrit avant qu’il sonne. Pantalon de jersey épais, une grande chemise en flanelle à carreaux, les cheveux libres, pieds nus sur les tomettes. Elle lui prit son manteau, le fit entrer.
La maison était chaude. Un poêle à bois ronflait au cœur du séjour, près de l’escalier central, et répandait jusqu’aux deux extrémités une chaleur sèche et douce qui contrastait avec le froid humide du dehors. Samuel sentit ses épaules se relâcher. Il traversa derrière elle la longue pièce — la cuisine et le bar côté rue, le canapé, l’escalier au milieu — jusqu’à la table de travail installée tout au fond, près de la baie vitrée qui donnait sur le jardin. L’herbe mouillée, un figuier dépouillé, la lumière blanche et plate de décembre.
Il la regarda revenir de la cuisine avec deux tasses. Depuis l’été précédent il voyait Marielle autrement — ou plutôt, il voyait ce qu’il avait toujours regardé sans se l’autoriser vraiment. La piscine avait changé quelque chose : il connaissait maintenant ses seins, leur poids, leurs aréoles larges et sombres — elle les avait portés nus toute la soirée, sans y faire attention, comme si ça allait de soi. Et il l’avait vue entièrement nue, l’espace d’un instant, quand elle avait dénoué son bas de maillot pour s’enrouler dans un paréo — le ventre, les hanches larges, le pubis soigneusement entretenu, tout offert une seconde dans la lumière du soir sans qu’elle parût y penser. Cet instant-là s’était imprimé. Depuis, au bureau, il suffisait d’une blouse qui s’ouvrait en se penchant sur un dossier, d’une robe que le soleil traversait quand elle passait devant la fenêtre, pour que ce qu’il savait vienne se superposer à ce qu’il voyait.
Marielle ne s’en privait pas. Rien d’ostensible — rien qu’on aurait pu lui reprocher. Mais depuis l’été, quelque chose dans sa façon de se tenir s’était légèrement déplacé. Une main qui remontait sa jupe pour s’asseoir, un centimètre de trop. Un décolleté qu’elle ne refermait pas. Elle faisait ça comme on laisse une porte entrouverte — sans rien forcer, en laissant à l’autre le soin de décider s’il regardait. Samuel regardait. Elle le savait. Elle continuait.
Il s’assit. Elle posa les tasses, s’installa à sa droite, ouvrit les dossiers.
— On commence par les projections trimestrielles. Tu as regardé les chiffres de septembre ?
Il avait regardé les chiffres de septembre.
La buanderie
Ils travaillèrent une heure et demie sans rien d’autre que le travail. Marielle était exacte sur chaque ligne — une projection à reconstruire, un arbitrage à reformuler, deux hypothèses qui ne tenaient pas. Elle le reprenait quand il s’égarait, sans dureté, sans rien laisser passer. Il aimait ça chez elle, cette précision qui ne faisait pas de cadeau. Le poêle ronflait. Dehors, le jardin gris ne bougeait pas.
Vers onze heures, Samuel se leva.
— Les toilettes ?
— Le couloir, première porte à droite. Tu passes par la buanderie.
Il longea le couloir. La porte de la buanderie était entrouverte ; il la poussa. Une petite pièce carrelée de blanc, un lave-linge, une étagère à produits, un étendoir replié contre le mur. Dans l’angle, un panier en osier, plein aux trois quarts. Sur le dessus, du linge entassé sans soin — une serviette, des chaussettes, et deux ou trois culottes. L’une d’elles était posée fond en l’air, le coton clair étiré bien à plat, une traînée plus sombre nette en son milieu, là où le tissu avait absorbé.
Il s’arrêta.
Il aurait pu passer. Il connaissait la mécanique de ces choses-là — le regard qui s’attarde, la décision qu’on ne prend pas vraiment, la main qui part avant la tête. Il tendit le bras et prit la culotte. Le geste fut rapide, presque involontaire. Le coton n’était pas tout à fait sec au milieu. Il la glissa dans sa poche, poussa la porte des toilettes, ferma derrière lui.
Là, seul, il la ressortit. Il la tint dans la lumière une seconde, le fond face à lui, la tache sombre sur le coton fin. Il la porta à son visage. L’odeur était là — nette, basse, intime, exactement ce qu’il avait imaginé sans jamais se le formuler depuis l’été de la piscine, depuis la salle de bain de la maison de campagne où il avait fait ce même geste, croyant que personne ne voyait. Il resta un moment ainsi, les yeux fermés, le tissu contre la bouche et le nez.
Ce qu’il ignorait, c’est qu’elle savait. Elle l’avait toujours su. Cette culotte-là, elle l’avait posée sur le dessus du panier le matin même, en évidence, en faisant son linge — exactement comme on dispose un appât. Elle se souvenait de la maison de campagne, du couloir, de Samuel penché sur le bac à linge, sa culotte à elle contre le visage, les yeux clos, persuadé d’être seul. Elle n’avait rien dit, ce jour-là. Elle avait rangé l’image avec le reste, et elle avait attendu. Un an et demi. Maintenant elle voulait voir.
Il se lava les mains. Il ressortit la culotte de sa poche, retourna dans la buanderie, la reposa sur le panier, à peu près comme il l’avait trouvée. Pas exactement. Il regagna la table et se rassit sans rien dire.
Marielle ne leva pas les yeux de son écran.
— Le tableau de bord régional, dit-elle. On le reprend.
Mais elle avait compté le temps. Il était un peu long pour de simples toilettes. Elle rouvrit le fichier, posa l’index sur une cellule, et reprit là où ils en étaient — le visage parfaitement lisse, et quelque chose de chaud et de patient installé au creux du ventre.
La cage d’escalier
Vers midi moins le quart, Samuel se leva pour se dégourdir. Il prit sa tasse vide, fit deux pas vers la cuisine — et l’escalier était là, au centre de la pièce, qu’il avait traversé deux fois sans le regarder.
Cette fois il regarda.
Le long du mur de la cage, quatre photographies. Grand format, noir et blanc, encadrées de blanc. Marielle. Une main qui savait éclairer avait su la prendre. Dans chacune, elle portait de la lingerie blanche — soutien-gorge à bonnets larges, slip taille haute. La poitrine pleine, les hanches larges, le ventre rond. Les clichés étaient travaillés, sérieux, sans rien de racoleur. La première la montrait de face, les bras un peu écartés, la lumière oblique creusant l’ombre sous les seins lourds. La deuxième de profil, la ligne du dos du cou aux reins. La troisième, la plus grande, de trois quarts : le regard droit dans l’objectif, une main posée sur la hanche sans y appuyer, l’air de quelqu’un qui attend que quelque chose arrive et sait que ça arrivera.
Il resta planté là, la tasse à la main.
Il connaissait déjà ce corps — il l’avait vu en vrai, dans la lumière d’un soir d’été, au bord d’une piscine. Mais le voir ainsi, posé, cadré, offert à l’objectif, c’était autre chose. Là, elle avait choisi de se montrer. Elle s’était habillée pour, éclairée pour, elle avait accroché ça dans sa cage d’escalier pour que quiconque monte chez elle le voie. Ce n’était pas la nudité distraite de la piscine. C’était une mise en scène.
— Alors ?
Marielle se tenait dans l’encadrement de la cuisine, un torchon sur l’épaule. Elle le regardait regarder.
Il hésita une seconde.
— Elles sont magnifiques.
Elle eut un sourire bref.
— Juste magnifiques ?
Il ne répondit pas. Il eut un sourire un peu gêné qu’il ne chercha pas vraiment à dissimuler. Elle le laissa dans son embarras une seconde de plus que nécessaire — elle aimait ce moment, le voir pris en flagrant délit de la regarder, lui qui se croyait si maître de lui — puis elle retourna à ses casseroles.
— Va t’asseoir. C’est prêt.
Le déjeuner
Elle débarrassa un coin de la table de travail des dossiers, mais ne s’y attarda pas — elle posa les assiettes sur la table à manger, plus loin, près de la baie. Une façon de dire que la matinée de travail était close. Une soupe de potimarron, un gratin sorti du four, du pain. Elle ouvrit une bouteille de blanc, en remplit deux verres sans lui demander, et s’assit en face de lui. Ici c’était sa table à elle, sa vaisselle, l’odeur de ses habitudes. Le poêle ronflait au centre de la maison, et par la baie le jardin restait gris et immobile.
Depuis le matin, Samuel était retourné aux toilettes deux fois encore. Chaque fois, en passant par la buanderie, il avait pris la culotte sur le panier, l’avait portée à son visage, avait respiré — un peu plus longtemps à chaque passage, comme on cède un peu plus facilement à mesure qu’on a déjà cédé. Et chaque fois il l’avait reposée, en croyant la remettre où elle était.
Mais elle n’était jamais tout à fait au même endroit. Marielle l’avait vu. Elle relevait la position du linge sans en avoir l’air, chaque fois qu’elle passait devant la porte ouverte — un pli déplacé, le fond retourné dans l’autre sens, la culotte glissée de quelques centimètres. À midi, elle n’avait plus le moindre doute. Le piège qu’elle avait tendu le matin même avait fonctionné exactement comme elle l’avait prévu. Il ne restait plus qu’à choisir le moment.
La conversation vint facilement, comme toujours entre eux. Ils parlèrent d’un dossier qui avançait, d’une collègue qu’ils trouvaient tous les deux épuisante, d’un voyage qu’elle avait fait l’été précédent. Elle avait le rire qu’il connaissait, celui qui partait de la gorge avant la bouche. Elle ne lui posait jamais de questions personnelles, et il n’en posait pas non plus — c’était un de leurs accords tacites depuis le début.
La chemise en flanelle s’était ouverte d’un bouton de plus au fil du repas — elle ne le remarqua pas, ou fit semblant. Quand elle se penchait pour atteindre la corbeille de pain, le tissu bâillait sur la rondeur d’un sein, la peau blanche, et il ne restait rien dessous à imaginer puisqu’il avait déjà tout vu. Samuel buvait son vin, regardait, détournait les yeux, les ramenait. Elle le laissait faire. Elle savait exactement ce qu’elle laissait voir, et à qui.
Puis elle se leva et débarrassa.
L’aveu
Elle ne revint pas à la table de travail. Samuel l’entendit passer dans la buanderie — le bruit léger du panier qu’on déplace — puis ses pas dans le couloir. Elle revint avec la culotte à la main et la posa sur la table à manger, entre eux, à plat, sans brusquerie, comme on pose une pièce à conviction.
— Celle-là, dit-elle, elle a beaucoup bougé depuis ce matin.
Samuel ne dit rien. Il sentit le sang lui monter au visage.
— Je l’ai mise sur le dessus du panier en faisant mon linge. En évidence. Et chaque fois que tu es allé aux toilettes, elle n’était plus tout à fait à la même place quand tu revenais. — Elle la prit entre deux doigts, la retourna, regarda le fond, le coton marqué. — Tu l’as reniflée. Les trois fois. Ne dis pas non, je sais compter.
Elle la porta à son propre nez, sans le quitter des yeux, et respira — tranquillement, longuement, pour voir sa tête à lui. Puis elle la reposa sur la table.
— L’odeur te plaisait ?
Il mit un temps.
— Oui.
— Bien.
Elle s’assit en face de lui, posa les coudes sur la table. Rien dans son visage n’était dur. Elle avait le calme de quelqu’un qui a tout son temps.
— Tu fais ça souvent ?
— …
— Ta femme sait ?
— Non.
— Tu y penses au bureau ? En réunion, ce genre de choses ?
Un silence plus long. Elle attendait sans bouger.
— Oui, dit-il.
— Avec moi ?
Il la regarda. Il ne répondit pas, mais il ne détourna pas les yeux non plus. C’était une réponse.
Elle hocha la tête lentement. Puis elle dit, sur le même ton uni :
— Ce n’est pas la première fois que je te vois faire ça.
Il ne comprit pas tout de suite.
— L’été dernier. Chez moi, à la campagne. Le barbecue, la piscine. — Elle laissa la phrase descendre. — Tu es allé aux toilettes, en bas. J’avais une culotte dans le bac à linge. Je suis passée dans le couloir, et tu étais là, debout, les yeux fermés, mon slip contre le visage. Tu ne m’as pas entendue.
Samuel ferma les yeux une seconde. Il revit le couloir, le bac, le geste qu’il avait cru parfaitement secret. Toute une nuit où il s’était cru invisible, et elle l’avait vu dès le premier soir.
— Tu croyais que personne ne t’avait vu, dit Marielle. Ni cette fois-là. Ni le reste de la soirée, d’ailleurs.
Il rouvrit les yeux. Le reste de la soirée. Elle laissa l’allusion là où elle était, sans la déplier, et le fond de l’estomac de Samuel se déroba un peu plus.
— Depuis, j’attends, dit-elle simplement. Je trouve ça très excitant, ce que tu es. Et aujourd’hui, je n’avais pas envie d’attendre davantage.
Elle se leva, contourna la table, prit la culotte au passage. Elle vint se planter devant lui, lui prit la main, la paume ouverte vers le haut, et y déposa le tissu.
— Garde-la. Elle est à toi, maintenant.
Elle ne souriait pas. Elle n’avait pas besoin de séduire. Elle tenait quelque chose de lui, et ils le savaient tous les deux — tout ce qu’il cachait à sa femme, à ses collègues, à lui-même peut-être, elle l’avait vu, compté, nommé, posé là sur la table entre eux. Le secret était à elle autant qu’à lui désormais, et c’est ça qui faisait pencher la balance. Samuel le sentit dans tout le corps : il était à découvert, sans rien pour se couvrir, et ça ne l’effrayait pas — ça le tendait.
Elle se redressa.
— Monte. Suis-moi.
Elle se dirigea vers l’escalier sans vérifier qu’il suivait — elle savait qu’il suivait. Samuel se leva, la culotte encore au creux de la main, et monta derrière elle.
À deux marches en retrait, les yeux à hauteur de ses reins, il regarda. Le jersey épais se tendait sur les fesses à chaque marche, le mouvement plein, lent, alterné. Il ne chercha pas à regarder ailleurs — il n’y avait plus aucune raison de faire semblant. Et Marielle le savait. Elle le sentait dans son dos, ce regard sur son cul, et au lieu de l’ignorer elle en rajouta : elle ralentit, accentua le balancement d’une marche à l’autre, monta comme on se donne à voir.
À mi-escalier, sans se retourner, elle dit :
— Tu regardes mon cul.
Ce n’était pas une question.
— Oui.
— Continue. C’est fait pour.
Et elle monta jusqu’au palier.
La chambre
La chambre était sobre — un grand lit, une commode, des volets mi-clos qui laissaient passer le jour gris de décembre en lames sur le parquet. Marielle entra la première, se retourna, et le regarda s’arrêter sur le seuil, la culotte encore au creux de la main.
— Déshabille-toi.
Il ne bougea pas tout de suite. Elle attendit, sans répéter — elle n’avait pas besoin de répéter. Il posa la culotte sur la commode, ôta son pull, sa chemise, le reste. Quand il fut nu, elle le regarda des pieds à la tête, sans hâte, comme on inspecte quelque chose qu’on vient d’acquérir. Lui était déjà dur. Elle, encore entièrement habillée.
— À genoux.
Il s’agenouilla sur le parquet. Elle resta debout devant lui, dans sa grande chemise en flanelle et son pantalon de jersey, et elle prit son temps. Elle défit les boutons un à un, fit glisser la chemise de ses épaules, la laissa tomber. La poitrine lourde, libre, les aréoles larges et sombres qu’il connaissait déjà. Puis le jersey, qu’elle descendit le long des hanches en se penchant, et qu’elle enjamba.
Elle garda sa culotte. Un coton clair, ordinaire, qui montait haut sur le ventre rond — et dont le fond, quand elle se redressa, était nettement marqué : une tache sombre, large, le tissu collé à elle par le milieu.
— Regarde dans quel état tu m’as mise.
Elle posa une main sur le devant de la culotte et se caressa par-dessus le coton, lentement, devant son visage à lui. Le tissu était trempé ; on l’entendait presque.
— Je mouille comme ça depuis ce matin. Depuis que tu es arrivé. — Elle appuya deux doigts, les fit glisser, le coton suivait. — Chaque fois que tu allais aux toilettes renifler l’autre, je savais exactement ce que tu faisais. Je me suis touchée en t’attendant. Deux fois. Là, contre le mur de la cuisine, pendant que tu avais mon slip sur le nez à côté.
Samuel la regardait, la bouche sèche. Elle écarta enfin la culotte sur le côté, d’un doigt, et le découvrit — la toison châtain soigneusement taillée, les lèvres gonflées, luisantes, la mouille qui filait jusqu’au pli des cuisses. L’odeur monta jusqu’à lui, basse, franche, et il ferma les yeux une seconde.
— Tu aimes ça, l’odeur. — Ce n’était pas une question. — Alors vas-y.
Elle posa une main derrière sa nuque et l’amena contre elle. Il n’eut pas à chercher. Il passa la langue, à plat, large, de bas en haut, et elle était exactement comme il les aimait — baveuse, ouverte, qui débordait. Il lapa tout, la mouille qui coulait, le goût plein d’une femme excitée depuis des heures. Elle s’appuya contre la commode, écarta les jambes d’un pas, et le tint là, contre sa chatte, la culotte toujours en place, tirée sur le côté par son propre doigt.
Elle dosait tout. Quand il montait trop vite sur le clitoris, elle le tirait par les cheveux d’un cran, le ramenait plus bas, le faisait recommencer. Quand elle voulait plus, elle appuyait sur sa nuque, se frottait contre sa bouche, lui imposait son rythme à elle. Il n’avait rien à décider. Il léchait ce qu’on lui donnait à lécher, où on lui disait, et c’était bon précisément parce que ce n’était pas lui qui menait. Le souffle de Marielle se resserra par paliers, comme la tension d’un fil. Elle vint debout, une main crispée dans ses cheveux, l’autre plaquée sur la commode, un son grave et bref qu’elle ne chercha pas à retenir, les cuisses qui tremblèrent contre ses tempes.
Elle le lâcha. Elle reprit son souffle quelques secondes, le regarda — le menton luisant, le visage levé vers elle.
— Bien.
Puis elle fit glisser sa culotte le long de ses jambes, enfin, et la posa sur la commode à côté de l’autre. Elle se retourna, posa les avant-bras sur le lit, écarta les pieds, cambra les reins. Le gros cul plein, offert, la fente luisante en dessous.
— Debout. Viens.
Il se releva, se plaça derrière elle. Elle se tendit vers lui, recula d’elle-même, le prit. Il entra d’un coup — elle était trempée, brûlante, il glissa jusqu’au fond sans résistance et elle poussa un long son rauque. La levrette, sa position, celle qu’elle préférait. Mais là encore c’était elle qui dosait : elle reculait sur lui, avançait, jouait de l’angle de ses reins, lui imposait la profondeur qu’elle voulait. Il avait les mains sur ses hanches larges, il suivait, il sentait le cul plein claquer contre son ventre à chaque coup.
Il fit glisser une main le long de la raie. Le pouce mouillé de sa mouille à elle, il trouva le petit trou plissé et s’y posa — sans forcer, juste une pression, une caresse lente, comme une question posée. Marielle s’immobilisa une seconde. Elle ne dit pas non. Elle ne dit pas oui non plus. Elle cambra un rien plus, lui laissa le doigt là, contre, et c’était tout — pour cette fois. La question restait suspendue, ouverte, et ils le savaient tous les deux. Il n’alla pas plus loin.
Il sentit la fin monter. Il ralentit. Marielle le perçut tout de suite, comme elle percevait tout — et c’est elle qui décida. Elle se dégagea, se retourna, et le poussa d’une main sur l’épaule.
— Pas comme ça. Dans ma bouche.
Elle s’agenouilla devant lui — mais il n’y avait rien de soumis dans ce geste. Elle le prit en main, le tint à la base, le mit en bouche et le travailla à son rythme, les yeux levés sur lui, fixes, pour ne rien manquer de sa tête à lui au moment où il céderait. Quand il vint, elle ne bougea pas, ne se déroba pas — elle prit tout, le regarda jusqu’au bout, avala, et garda son sexe en bouche jusqu’à la dernière contraction, comme on prend ce qui vous revient. C’était elle qui l’avait fait venir, à l’instant qu’elle avait choisi, et le fait d’être à genoux n’y changeait rien : c’était encore un acte de pouvoir.
Elle se releva, s’essuya le coin de la bouche du pouce, tranquille. Samuel reprenait son souffle, debout, vidé.
Elle alla à la commode, prit la culotte qu’elle venait de quitter — celle qu’elle avait portée toute la matinée, trempée de toutes ces heures — et la lui mit dans la main, par-dessus l’autre.
— Tiens. Celle-là aussi. Tu l’as bien méritée.
Elle se rhabilla sans se presser, le jersey, la chemise en flanelle qu’elle reboutonna à moitié.
— Le dossier, dit-elle en se passant la main dans les cheveux. On le finit mardi. Au bureau.
Et c’était reparti — la cheffe, le ton du comité du lundi, comme si rien. Sauf que Samuel rentrerait chez lui avec deux culottes dans la poche de sa veste, et qu’à la réunion de mardi, à dix heures, il aurait en face de lui une femme qui savait désormais tout de lui, et qui avait décidé de s’en servir.