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Saint-Raphaël

L’arrivée

Six heures de route. Marielle avait pris le volant au départ, Delphine l’avait relayée après Montpellier. Samuel était resté à l’arrière avec Marine, les jambes étirées, la nuque contre l’appuie-tête. Ils passaient leurs journées tous les quatre dans le même open space, à se parler par-dessus les cloisons basses ; six heures dans un habitacle, c’était une autre proximité, plus lente, où les voix descendaient d’un ton. La conversation avait d’abord tourné autour du salon du lendemain — les conférences à suivre, les contacts à voir, eux qui descendaient en simples visiteurs — puis elle avait glissé vers autre chose, presque sans qu’on s’en rende compte.

Ça avait commencé par la vie de chacun, comme souvent quand la nuit tombe et qu’on ne se regarde plus en face. Delphine avait parlé de son divorce — récent encore, la vie d’après à peine commencée — légèrement, sans amertume, avec cette franchise un peu rude qui était la sienne au bureau et ne la quittait pas ici. Marine venait de se mettre en couple ; elle en parlait avec la prudence de ceux qui n’osent pas encore tout à fait y croire. Marielle n’avait personne en ce moment, et le disait sans que ça pèse — une parenthèse, rien de plus ; elle avait l’habitude des parenthèses.

Puis le tour était venu de Samuel, le seul marié des quatre. Il l’avait dit simplement, sans s’en excuser : il lui arrivait d’avoir des aventures, en déplacement, de loin en loin. C’était comme ça. Il en avait besoin, et il avait depuis longtemps cessé d’en faire un drame.

— Et tu nous racontes rien, avait dit Marielle depuis le siège passager, de ce ton qu’elle prenait pour le charrier. Allez. Du croustillant. C’est qui, la dernière ?

Il avait souri dans le noir. Avec Marielle il y avait toujours ce jeu — elle savait, elle, et elle le poussait quand même à se déballer devant les autres, pour le plaisir de le regarder faire. Il avait donné le minimum. Une femme rencontrée sur une appli, vue à Pau l’an passé à l’occasion d’un salon. Fabie. Un dîner, rien que de très ordinaire à l’entendre.

— C’est tout ? Tu nous fais le résumé administratif.

— Elle m’a donné sa culotte à la fin du repas, avait-il fini par lâcher. Voilà ton croustillant.

Un temps. Delphine, au volant, n’avait pas tourné la tête, mais il avait senti son attention se déplacer dans l’habitacle.

— Comme ça, avait repris Marielle. Elle te donne sa culotte sans prévenir, sans rien dire ?

— On avait échangé par message avant. Sur le sujet.

— Comment ça, sur le sujet ?

— Je lui avais dit que c’était un de mes vices.

— Les culottes ?

— Les culottes.

Marielle avait ri, bref, ravie de l’avoir amené là. Marine n’avait rien dit — elle connaissait déjà cette part de lui, et regardait par la vitre.

— Et elle te dit quelque chose, quand elle te la donne ?

— Qu’elle venait de se masturber dedans. Juste avant de revenir à table.

Le silence, cette fois, fut d’une autre densité.

C’est dans le rétroviseur qu’il vit Delphine. Les yeux qui quittaient la route une demi-seconde pour le chercher, et ce léger sourire qu’elle n’avait pas cherché à cacher — celui de quelqu’un qui vient d’apprendre une chose et qui la range pour plus tard.

Personne ne relança. Mais quelque chose était resté dans l’habitacle après ça, une légèreté différente, un peu plus de place entre les mots.


L’Airbnb est exactement comme sur les photos — ils les avaient regardées avant de réserver, ils savaient où ils mettaient les pieds. Rez-de-chaussée, tuiles provençales, des volets qu’il faut forcer un peu. La cuisine ouvre sur le salon par un grand bar en bois clair, deux canapés, deux fauteuils, une cheminée de pierre au centre. Dehors, déjà la nuit et l’odeur du Sud — pin, sel, air tiède.

Ils posent les sacs, font le tour rapidement. Quelque chose d’un peu particulier à se retrouver là tous les quatre, hors du bureau, après des années à ne se croiser qu’en tenue de travail. Le déplacement fait ça : il défait les rôles, laisse voir des gens ce que l’open space tient à distance. Chacun choisit sa chambre sans vraiment négocier. Samuel prend celle du fond, qui donne sur un petit jardin.

Une seule salle de bain pour les quatre — ils le savaient aussi.

— Je prends le premier tour, dit Delphine. J’en peux plus.

Personne ne discute. Elle attrape son sac et disparaît dans le couloir.


La salle de bain

Delphine ressort vingt minutes plus tard, les cheveux enroulés dans une serviette, pieds nus sur le carrelage, une odeur de savon et de quelque chose de floral qui traîne dans le couloir derrière elle.

— À toi, lui dit-elle en passant.

Il prend son nécessaire et pousse la porte.

La salle de bain est encore chaude, le miroir embué, les carreaux blancs qui dégoulinent. Il pose son sac sur le bord du lavabo, commence à défaire sa trousse.

C’est là qu’il la voit.

Accrochée au porte-serviette, bien en évidence entre la grande serviette et la petite. Une culotte. Noire, en coton, sans fioriture. Posée là à l’envers, comme par quelqu’un qui se déshabille vite.

Il reste une seconde sans bouger. Puis il tend la main.

Le tissu est encore tiède. Pas de l’eau — d’elle. Il le retourne : le fond marqué d’une trace pâle, le coton un peu raidi par endroits, ailleurs encore souple et chaud. Il le porte à son visage, inspire — une odeur dense, basse, musquée, à peine aigre. Une journée entière de voiture et de peau là-dedans.

Il repose la culotte exactement comme il l’a trouvée, ouvre le robinet, se brosse les dents les yeux dans le miroir.

Il ne touche plus rien.

Mais il n’oublie pas non plus.


L’apéro

Marine sort de la salle de bain en dernier, les cheveux encore mouillés.

Ils se retrouvent tous les quatre dans le salon pour la première fois depuis l’arrivée — douchés, décompressés, la fatigue du trajet muée en quelque chose de plus doux. C’est aussi la première fois qu’il les voit comme ça : au bureau, depuis des années, c’étaient des vestes, des cols, des silhouettes habillées pour la réunion de neuf heures. Ici, c’est de la peau encore tiède de douche, des bras nus, des jambes repliées sous soi dans un fauteuil. Le même monde, basculé d’un cran.

Marine a enfilé un short en coton blanc et un tee-shirt à fines bretelles un peu trop grand, probablement chipé à un ex. Blonde, les cheveux séchés à la va-vite, les petits seins libres sous le tissu mou. Elle annonce qu’elle mourrait pour une chips, et Marielle lui tend le bol qu’elle a déjà déniché dans un placard.

Marielle s’est changée sans chichis mais avec soin : un pantalon large en lin anthracite, très souple, et un haut en soie ivoire à fines bretelles. Pas de soutien-gorge — ça se voit, à la façon dont le tissu suit les mouvements, dont les pointes marquent quand elle tend le bras vers une bouteille. Sous le lin fin du pantalon, la ligne d’une culotte haute, presque rien. Pulpeuse, sûre d’elle, la poitrine généreuse à peine voilée ; elle porte tout ça avec une aisance totale, comme si ça n’avait aucune importance — ce qui, évidemment, lui donne toute son importance. Ses cheveux châtains bouclés tombent libres sur ses épaules.

Delphine est revenue du couloir dans quelque chose d’inattendu : un short en velours bordeaux très court et un tee-shirt blanc un peu transparent — le genre qu’on met pour dormir, mais qui sur elle, la cheminée derrière, dit autre chose. Les cheveux roux encore humides, bouclés, ramenés sur une épaule. Pieds nus. Elle s’installe dans le fauteuil en repliant les jambes sous elle, et le short remonte encore un peu sur ses cuisses.

Samuel : jean, chemise à carreaux ouverte sur un tee-shirt blanc. Rien de calculé. Mais il est rasé de près, et ça se voit.


Marielle a ouvert le vin. Samuel a trouvé des olives dans un placard.

La cheminée tire bien. Dehors le vent a forci, on l’entend dans les volets. Ici c’est chaud, un peu sombre, les verres qui brillent. Cette heure particulière en déplacement professionnel où on n’est plus vraiment des collègues et pas encore autre chose.


La conversation reprend là où elle s’était arrêtée dans la voiture, sans qu’on l’ait décidé. Le salon de demain, les rendez-vous : trois minutes, puis ça dérive. Marielle raconte une nuit de séminaire à Lyon, quatre ans plus tôt, le directeur qui avait fini dans la fontaine de l’hôtel. Tout le monde connaît l’histoire et tout le monde rit quand même.

C’est Delphine qui tourne la roue. Elle attend que le rire se pose, puis :

— Au fait. T’as jamais dit comment ça s’était fini, ton histoire de Pau. Dans la voiture t’es passé à côté.

Samuel la regarde une seconde. Elle a les yeux dans les siens, parfaitement calme, le verre à hauteur des lèvres.

— Fini dans quel sens ?

— Dans le sens : après le restaurant.

Marine sourit sans rien dire. Marielle fait tourner son vin de l’air de ne pas y toucher.

— Vous imaginez bien, dit Samuel.

— On imagine, dit Delphine. Mais les détails, c’est mieux.

— C’est une longue soirée. Il reste du vin.

Delphine sourit. Elle ne relance pas. Elle laisse ça suspendu dans la pièce et change de sujet elle-même — ce qui, d’une certaine façon, est encore plus efficace.


Marielle reprend dix minutes plus tard, l’air de rien, pendant que Samuel ouvre la deuxième bouteille :

— Moi, ce que je comprends pas, c’est comment on en arrive là. La culotte dans la main, à table. Il s’est passé quoi avant ?

— Beaucoup de choses, dit Samuel.

— C’est-à-dire ?

— De la tension. Du temps. Quelques verres.

— C’est ça qui est bien, dit Delphine depuis son fauteuil, sans lever les yeux de son verre. Quand c’est pas annoncé.

Un silence bref. Le bois craque dans la cheminée.

Marine dit, les yeux sur les flammes :

— Vous trouvez pas qu’il y a une drôle d’ambiance ce soir ?

— La fatigue, dit Marielle.

— Non c’est pas ça. C’est plutôt… quelque chose de sympa. Comme quand on est bien quelque part sans savoir pourquoi.

Personne ne répond vraiment. Samuel fait tourner son verre entre ses paumes. De l’autre côté de la table basse, Delphine pose les yeux sur lui une demi-seconde, les retire.

C’est tout.

Mais il l’a vu.


Ils parlent encore une heure. Le vin descend tranquillement. À un moment Delphine tend les jambes devant elle pour attraper un coussin et les replie différemment — les genoux vers la poitrine cette fois, les pieds sur le bord du fauteuil. Le short bordeaux remonte sans qu’elle y prête attention, ou sans qu’elle y prête attention en apparence.

Marielle dit à un moment, à propos de rien de précis :

— C’est toujours les mêmes qui se lancent en premier de toute façon. Les autres attendent.

— Attendent quoi ? dit Marine.

— Un signe. Une permission. Quelque chose.

— Et si le signe est déjà là ? dit Delphine.

Elle dit ça sans regarder Samuel. Mais Marielle, si. Juste une fraction de seconde, discrète, amusée.

Samuel ressert tout le monde sans commentaire.


Les sushis

La livraison arrive quarante minutes plus tard. Ils déballent tout sur la table basse — plateaux en plastique noir, petits bols de sauce, le gingembre que personne ne mange vraiment. Marine a trouvé des baguettes dans un tiroir de la cuisine, Marielle préfère une fourchette et le revendique sans gêne.

Ils mangent en désordre, assis par terre ou sur les canapés, les plateaux qui circulent. C’est mieux comme ça — plus proche, moins formel que la table. Le saké arrive dans de petits verres dépareillés.

La conversation est légère, décousue, le genre qui va dans tous les sens quand on est bien. Le salon de demain revient une minute puis repart. Marine raconte un truc absurde qui lui est arrivé dans le train la semaine dernière. Marielle rit fort, la tête en arrière, et quand elle se redresse le haut en soie s’est légèrement déplacé sur son épaule.


C’est entre le dernier maki et le fond du saké que Delphine revient à la charge. Elle pose son bol, s’essuie les doigts, et dit, très calmement :

— Alors. Pau.

Samuel la regarde.

— T’as commencé l’histoire dans la voiture. T’es passé à côté de la moitié.

— J’ai dit l’essentiel.

— T’as lâché la culotte et tu t’es arrêté là. Le reste, tu l’as gardé.

Marielle a un petit sourire. Elle remplit son verre de saké sans rien dire, les yeux sur Samuel, et attend.

Marine hésite une seconde puis s’installe plus confortablement contre le canapé, les genoux remontés sous le tee-shirt. Elle attend aussi.

Samuel pose son verre.

— Vous voulez vraiment.

— On veut vraiment, dit Delphine.


Il prend une seconde, pas pour réfléchir — pour choisir où commencer.

— Le salon durait trois jours. Elle était sur un stand voisin. On avait déjeuné ensemble le deuxième jour, rien de particulier. Le soir du dernier jour elle m’a proposé d’aller dîner.

— Comment elle était ? dit Marine.

— Quarante-cinq, quarante-six. Brune, petite, des formes. Une façon de regarder les gens en penchant légèrement la tête sur le côté.

— Et au resto, dit Delphine. C’est parti comment ?

— Lentement. On a parlé, on a bu. À un moment elle a mis sa main sur la table, juste posée. Pas vers moi, juste là. J’ai pas bougé pendant dix minutes. Puis j’ai posé la mienne dessus.

— Et ? dit Marielle.

— Elle a pas retiré la sienne.

Il laisse ça une seconde.

— Après ça la soirée a changé de nature. Pas dans ce qu’on disait — on parlait des mêmes trucs. Mais autrement. Avec autre chose dessous.

Delphine a les coudes sur les genoux, le menton dans la main. Elle l’écoute sans bouger.

— À un moment elle s’est levée pour aller aux toilettes. Je l’ai regardée partir. Elle avait une robe, courte, des talons. En traversant la salle elle s’est retournée une fois pour voir si je regardais. Je regardais.

— Et elle est revenue comment ? dit Marine.

— Normalement. Elle s’est rassise, elle a repris son verre. On a parlé encore peut-être un quart d’heure. Puis à un moment elle a tendu la main au-dessus de la table, paume en bas, vers moi. Comme pour me donner quelque chose.

Il marque une pause.

— J’ai ouvert la main sous la sienne. Elle a laissé tomber. Un carré de tissu chaud. Petit.

Silence.

— Elle avait retiré sa culotte aux toilettes, dit Marielle. C’est ce qu’on avait compris.

— Oui. Et l’état, vous le savez — je l’ai dit dans la voiture.

Marine baisse les yeux sur son verre une seconde.

— Ce que tu n’as pas dit, reprend Delphine, c’est la suite. Ce que t’en as fait.

— Je l’ai mise dans ma poche. On a terminé le dîner. On a payé. Et après on est montés dans sa chambre.

— La culotte t’a servi à quoi ensuite ? dit Delphine.

Marielle tourne la tête vers elle, légèrement surprise du niveau de précision de la question.

Samuel la regarde bien en face.

— Elle avait les poignets attachés avec quand je l’ai baisée.

Un silence court, net.

Marine prend une longue gorgée de saké. Marielle a un sourire lent, les yeux mi-clos. Delphine ne sourit pas — elle pose simplement son verre sur la table, les yeux toujours dans ceux de Samuel, et dit :

— Voilà. C’était pas compliqué.


Le dos de Marielle

La conversation redescend, naturellement. On débarrasse les plateaux, Marine ramène les verres, Delphine rallume une bougie.

Marielle s’étire, fait rouler ses épaules.

— J’ai le dos en vrac depuis Montpellier. Quelqu’un me fait cinq minutes ?

— Assieds-toi par terre, dit Samuel.

Elle descend du canapé sans se faire prier, s’installe en tailleur dos à lui, les cheveux ramenés sur une épaule. Il pose les pouces de chaque côté de la colonne, commence des cercles lents sur les trapèzes. Elle soupire.

— Voilà. C’est là.

La cheminée crépite. Puis Delphine, les yeux sur les flammes :

— Ma dernière histoire, c’était il y a deux mois. Un type rencontré sur un salon, tiens.

— Vous avez un truc avec les salons, dit Marine.

— Loin du bureau, on se lâche plus. C’était bien. Il prenait son temps, il forçait rien, mais il lâchait pas non plus.

— Moi ça fait presque un an, dit Marielle, la tête tombée en avant sous les pouces de Samuel.

— C’est long.

— Je sais.

Sous ses doigts, il la sent sourire. Il ne relève pas.

Il appuie plus profond entre les omoplates. Le haut en soie glisse franchement sur l’épaule — la naissance d’un sein, la courbe claire dans la lumière du feu. Elle remet la bretelle sans interrompre.

— Et toi, Marine ? dit Delphine.

— Je viens de me mettre avec quelqu’un. C’est tout récent. Pas encore officiel.

Personne ne commente. C’est mieux comme ça.

Marielle tourne la tête vers Samuel.

— Plus bas. Les reins.

Il descend. Elle expire lentement.


Action ou vérité

Le saké a laissé place au vin, la deuxième bouteille y est presque passée. Marielle la vide dans les verres, remonte sur le canapé et couche la bouteille au centre de la table basse.

— On fait action ou vérité ?

— On a quinze ans ? dit Marine.

— C’est un jeu de quinze ans qu’on joue beaucoup mieux à notre âge. On tourne la bouteille : elle désigne qui répond. Action ou vérité — au choix, ou tu bois cul sec. Et celui qui vient de répondre pose la question suivante.

— À qui ?

— À celui que la bouteille désigne. On retourne à chaque fois.

— Et le niveau ? dit Marine.

— Ça dépend de qui demande, dit Delphine.

— Très rassurant.

— Je commence, dit Marielle.

Elle fait tourner la bouteille. Le goulot ralentit et s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ?

— Vérité.

— Depuis ton divorce, qu’est-ce qui te manque le plus ?

Delphine prend une seconde — pas pour chercher, pour choisir ce qu’elle dit.

— Le mariage était mort depuis longtemps, lui me manque pas. Ce qui me manque, c’est qu’un homme décide. Qu’il prenne les choses en main sans demander la permission.

Personne ne commente. La phrase reste là, posée.

Delphine reprend la bouteille et la lance à son tour. Le goulot tourne, ralentit, s’arrête sur Marine.

— Action ou vérité ? demande Delphine.

— Vérité, dit Marine.

— C’est quoi qui t’a fait craquer sur lui ?

Marine y réfléchit, un peu gênée d’être au centre.

— Il était pas pressé. Les autres, tu sens qu’ils veulent quelque chose tout de suite. Lui, non. Ça m’a désarmée.

Marine reprend la bouteille et la lance. Le goulot s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? dit Marine.

— Vérité.

— C’est quoi qui te plaît chez une femme, en premier ?

— Le cul.

Sans hésiter. Delphine sourit dans son verre, elle ne dit rien.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Action, dit Delphine.

— Lève-toi et remets une bûche dans la cheminée.

Elle se lève sans un mot. Elle traverse la pièce, prend une bûche dans le panier, s’accroupit devant le foyer. Le short en velours bordeaux se tend, remonte sur ses cuisses. Elle place la bûche, tisonne une seconde, se redresse. Elle sait qu’il regarde — c’est tout l’objet. Elle revient s’asseoir sans lui accorder un regard.

Puis elle prend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marielle.

— Action ou vérité ? demande Delphine.

— Vérité, dit Marielle.

— Presque un an sans personne… tu tiens comment ?

— Je me touche. Comme tout le monde.

Elle le dit sans baisser les yeux, presque un défi — vas-y, sois gênée. Personne ne l’est.

Marielle reprend la bouteille et la lance. Le goulot s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? demande Marielle.

— Vérité.

— Ça t’arrive de penser à l’une de nous trois, le soir, en déplacement ?

— Oui.

Il ne précise pas laquelle. Une question, une réponse — la règle joue en sa faveur, cette fois. Mais les trois l’ont entendu.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Vérité, dit Delphine.

— La culotte de la salle de bain, c’était exprès ?

Marine relève la tête — elle n’a pas vu de culotte, elle ne comprend pas.

Delphine ne lâche pas le regard de Samuel.

— Oui.

— Quelqu’un m’explique ? dit Marine.

— J’ai laissé une culotte sur le porte-serviette, dit Delphine, posément. Il est passé après moi. Voilà.

Marine pose son verre. Pas choquée — en train de recalibrer.

Delphine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? demande Delphine.

— Vérité.

— Et tu l’as reniflée ?

— Oui.

Calmement, sans se défausser. Marine a tout compris, maintenant. Elle boit une gorgée, les yeux sur lui, et ne dit rien.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Vérité, dit Marine après une hésitation.

— Ça te choque, ou ça te plaît ?

— Ça me choque pas.

Un temps.

— Plutôt l’inverse.

Elle le dit à voix basse, mais elle le dit. Delphine sourit. Marielle aussi.

Marine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marielle.

— Action ou vérité ? demande Marine.

— Vérité, dit Marielle.

— C’est quoi le truc le plus osé que t’aies jamais fait ?

— À un mariage, j’ai emmené le frère de la mariée aux vestiaires pendant le vin d’honneur. Vingt-cinq ans. On est revenus chacun de son côté, personne n’a rien vu.

Marine ouvre de grands yeux. Delphine lève son verre, l’air d’approuver.

Marielle reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ? demande Marielle.

— Action, dit Delphine.

— Alors je trouve que c’est le moment pour un vêtement.

Delphine ne discute pas. Elle attrape le bas de son tee-shirt blanc et le passe par-dessus sa tête, le pose sur l’accoudoir. Seins nus dans la lumière de la cheminée — taille moyenne, fermes, les pointes durcies par l’air. Elle reprend son verre comme si de rien n’était.

Marine la regarde, les lèvres un peu entrouvertes.

Delphine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? demande Delphine.

— Action.

— Enlève ta chemise.

Il défait les boutons sans se presser, retire la chemise à carreaux et la pose sur le dossier du fauteuil. Le tee-shirt blanc reste, le torse de sportif dessous.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Vérité, dit Marine.

— Là, maintenant, t’as envie de quoi ?

Elle hésite, le verre entre les mains.

— Qu’on me touche.

Un temps.

— Mais je le dirai pas plus fort que ça.

Samuel la regarde une seconde de plus que nécessaire.

Marine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? dit Marine.

— Action, dit Samuel.

— Un massage. Le dos. Comme à Marielle tout à l’heure.

Elle se laisse glisser par terre devant le canapé, dos à lui, ramène ses cheveux sur une épaule. Il pose les pouces de chaque côté de la colonne, comme pour Marielle — sauf qu’il ne s’en tient pas là. Les mains s’élargissent, descendent sur les flancs, remontent ; et à un passage, les doigts s’aventurent sur le côté des seins, sous le tee-shirt trop grand, là où le tissu ne retient plus rien. Marine retient son souffle. Elle ne dit rien — elle l’avait prévenu.

— Dis donc, fait Delphine depuis son fauteuil. C’est un massage très complet.

Le ton est léger. Le regard, un peu moins.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Action, dit Delphine.

— Viens là où était Marine. C’est ton tour.

Delphine se lève. Elle, qui d’habitude décide, vient s’asseoir par terre entre ses genoux, dos à lui, torse nu.

Il pose les mains sur ses épaules, descend le long du dos, les pouces de chaque côté de la colonne. Puis les paumes contournent, remontent par-devant — et cette fois aucun tissu pour faire semblant. Ses mains prennent les seins de Delphine à pleine main, les pétrissent lentement, les pointes durcies roulées puis pincées entre les doigts. Il y va franchement, plus que pour un jeu. Elle ne proteste pas — au contraire : un long gémissement de contentement lui échappe, la tête renversée contre son épaule, les yeux fermés.

Marine ne les quitte pas des yeux. Marielle non plus — mais elle, c’est avec ce demi-sourire de quelqu’un qui regarde une chose se produire exactement comme prévu.

Sans rouvrir tout à fait les yeux, Delphine tend le bras, attrape la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marielle.

— Action ou vérité ? demande Delphine.

— Action, dit Marielle.

— Ton haut. À ton tour.

Marielle ne se presse pas. Elle fait glisser les fines bretelles, descend la soie ivoire le long de son buste, la pose sur l’accoudoir. Sa poitrine pleine, lourde et claire dans la lumière de la cheminée. Elle reprend son verre, parfaitement à l’aise, comme si elle retirait une veste.

Deux femmes torse nu, maintenant, de chaque côté du salon. La pièce a changé d’air.

Marielle reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? demande Marielle.

— Action, dit Samuel.

— Embrasse Delphine. Là, devant nous.

Delphine, toujours assise entre ses genoux, renverse la tête en arrière vers lui. Il prend son visage d’une main et l’embrasse à l’envers, sa bouche sur la sienne. Puis elle se retourne, se met à genoux face à lui, et ça devient autre chose — un vrai baiser, profond, sans hâte. Une main de Samuel dans les cheveux roux, l’autre qui redescend sur un sein. Elle répond, les paumes à plat sur son torse, un son sourd au fond de la gorge.

Le baiser dure. Puis Samuel s’écarte d’elle, lentement, et reprend la bouteille. Il la lance. Elle s’arrête sur Marine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Action, dit Marine.

— Enlève ton tee-shirt.

Elle hésite une seconde — pas comme les autres, elle. Puis elle attrape l’ourlet et le passe par-dessus sa tête. Ses petits seins fermes, nus dans la lumière du feu, les pointes dressées. Ses bras remontent à moitié, par réflexe ; elle se retient de se couvrir, les laisse retomber.

Trois femmes torse nu, lui le seul encore couvert.

Marine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? demande Marine.

— Action.

— Enlève ton tee-shirt.

Il le retire sans cérémonie. Le torse de sportif, les épaules, un peu de poil grisonnant. Quatre torses nus, maintenant, dans la lumière de la cheminée.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Action, dit Delphine.

— Enlève ton short.

Elle se lève, dos au feu, défait le bouton du velours bordeaux, le fait glisser sur ses cuisses et l’enjambe.

Ce qu’il voit : une culotte en coton blanc, simple, qui épouse les hanches généreuses. Le tissu fait ce que fait un tissu — il dit la forme sans la livrer. Le galbe du pubis, le pli à l’aine, et là où le coton se tend, la ligne plus sombre de la toison rousse qu’on devine par transparence. Au creux, peut-être, une nuance un peu plus foncée que le reste — on croit la deviner plus qu’on ne la voit vraiment. Elle ne cherche pas à se couvrir. Elle se rassoit face à lui, les jambes à peine écartées, et le laisse regarder.

Delphine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? demande Delphine.

— Vérité.

— Ça te fait quoi, de nous découvrir torse nu ce soir ?

— Qui te dit que je vous découvre ?

Un silence.

— Il y en a, ici, qui ne sont pas une découverte.

Marielle boit une gorgée, impassible — à peine un pli au coin des lèvres. Marine fixe le feu. Delphine regarde l’une, puis l’autre, et range l’information : elle commence à voir la géométrie de la pièce.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marielle.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Action.

— Le pantalon.

Marielle se lève, dénoue le lien du lin anthracite et le laisse tomber à ses pieds. Une culotte haute, fine, couleur chair, presque rien — le tissu si léger qu’il dit la forme entière, la toison sombre soigneusement tenue dessous. Elle l’enjambe, se rassoit, croise les jambes. Elle n’a pas cessé une seconde d’avoir l’air d’être chez elle.

Marielle reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marine.

— Action ou vérité ? demande Marielle.

— Action, souffle Marine.

— Enlève-lui son jean.

Marine se lève, vient s’agenouiller devant Samuel, défait le bouton et la fermeture. Il soulève les hanches, elle fait glisser le jean le long de ses jambes et le laisse tomber. Il reste en boxer — et il n’y a plus grand-chose à cacher : le tissu tendu dit assez où il en est depuis un moment. Marine reste une seconde à genoux devant lui, les yeux dessus, puis se relève et reprend sa place.

Marine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ? demande Marine.

— Action.

— Caresse les seins de Marielle. Une minute. Comme t’aimerais qu’on te caresse, toi.

Delphine se lève, traverse, vient s’agenouiller devant le fauteuil de Marielle. Elle pose les mains sur sa poitrine pleine et prend son temps — les paumes larges d’abord, qui pèsent et soupèsent, puis le bout des doigts, les pouces qui tournent autour des pointes sans les toucher tout de suite, longtemps, avant d’y venir. Elle caresse Marielle comme on se caresse soi-même, exactement comme elle voudrait qu’on le fasse : lentement, en faisant attendre. Marielle la laisse faire, la tête renversée, le souffle qui s’allonge. La minute en dure plus d’une. Personne ne compte.

Delphine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Marine.

— Action ou vérité ? demande Delphine.

— Action.

— Va l’embrasser. Pour de vrai, cette fois.

Marine se lève, vient jusqu’à Samuel, hésite une demi-seconde au-dessus de lui — puis se penche et l’embrasse. Il répond, une main qui monte dans son dos nu, l’autre au creux de ses reins qui l’attire. Le baiser s’approfondit, ses petits seins écrasés contre le torse de Samuel. Quand elle se redresse, elle a le souffle court et ne retourne pas tout de suite à sa place.

Marine reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Samuel.

— Action ou vérité ? dit Marine, encore essoufflée.

— Action.

— Le boxer.

Il se lève, le fait glisser, l’envoie du pied. Nu devant les trois, et dur — rien pour faire semblant. Personne ne détourne les yeux : Delphine a un petit sourire, Marielle aussi ; Marine, elle, regarde sans bouger.

Samuel reprend la bouteille et la lance. Elle s’arrête sur Delphine.

— Action ou vérité ? demande Samuel.

— Action, dit Delphine.

— Ta main sur moi. Une minute.

Delphine ne se fait pas prier. Elle vient s’agenouiller devant lui, referme la main sur sa queue, et commence — lentement, du bas vers le haut, le poignet souple, exactement le rythme qu’elle prendrait pour elle. Elle le regarde pendant qu’elle le fait, pas pressée, attentive à ce que ça produit sur lui. Samuel la laisse faire, les mains posées de part et d’autre sur le canapé. Une minute, c’est long, à ce régime.

Sur le fauteuil d’en face, Marielle a glissé une main entre ses cuisses, sous l’élastique de la culotte couleur chair, et se caresse sans tout à fait se cacher — les yeux sur la main de Delphine, le souffle lent. Marine, elle, n’ose pas. Les genoux serrés, les doigts crispés sur un coussin, elle regarde les deux à la fois — Delphine, et la main de Marielle — sans bouger.


Marine n’ose pas aller plus loin. Elle finit par lâcher le coussin, ramasse son tee-shirt.

— Je crois que je vais aller me coucher.

Elle le dit doucement, sans gêne — juste la limite, atteinte. Marielle la regarde, sourit, s’étire.

— Bonne idée. Moi aussi.

Elle se lève, récupère sa soie ivoire, et au passage pose une main une seconde sur l’épaule de Delphine — un geste qui dit, sans un mot : je te laisse la place. Le séjour est long ; elle peut attendre.

Ça suffit à refroidir la pièce. Delphine retire sa main, se redresse. Samuel finit par récupérer son boxer et le remet.

Marielle passe par la salle de bain se laver les dents, Marine après elle. On se souhaite bonne nuit à mi-voix. Delphine ramasse ses vêtements — le short, le tee-shirt roulés sous le bras — et prend le couloir vers sa chambre.


Elle revient quelques instants plus tard. Pas pour dormir — un verre d’eau, qu’elle va se chercher à la cuisine. Toujours torse nu, ses affaires sous le bras.

Samuel est encore là, debout près du bar. Il a remis son boxer, mais ça n’a pas désarmé — l’érection est franchement visible, le tissu tendu. La maison est silencieuse, les deux portes du fond fermées.

— On en était où ? dit Delphine.

Pour toute réponse, il lève la main et lui caresse un sein du dos des doigts — lentement, à peine appuyé. Le contact l’électrise ; elle ferme les yeux une seconde.

— Je crois, dit-il, que tu t’apprêtais à me sucer devant tout le monde.

La franchise la surprend — un éclair dans le regard. Mais elle ne recule pas. Elle laisse tomber ses vêtements, descend à genoux devant lui, et fait glisser le boxer jusqu’à ses chevilles.

Elle le prend en bouche d’un coup, toute la longueur, jusqu’à ce que le gland bute au fond de sa gorge — et elle ne recule pas, elle reste là, les yeux levés vers lui, avant de remonter lentement. Elle sait faire. Ça se voit dans chaque geste : la langue à plat sous la queue, les joues qui se creusent, la main qui suit ce que la bouche ne prend pas. Elle y va salement, beaucoup de salive, des sons mouillés qui montent dans la cuisine silencieuse, un filet qui lui coule au menton qu’elle n’essuie pas. Elle crache dessus, le reprend plus profond.

Il la laisse mener un moment, une main dans les cheveux roux, sans tirer — juste pour sentir le rythme qu’elle se donne. De là-haut il voit tout : la bouche pleine, les lèvres tendues autour de lui, ce demi-sourire qu’elle garde même la queue au fond de la gorge. À un moment c’est trop, ça monte trop vite. Il la relève par le bras.

— Pas comme ça.

Il la pousse vers le canapé, la plie en avant sur l’accoudoir, à genoux sur les coussins, le dos creux. La culotte blanche est encore là ; il la fait descendre, juste aux genoux — pas plus, tendue en travers de ses jambes, à l’entraver. Le cul offert, ouvert dans la lumière des braises.

L’odeur le prend avant la langue — chaude, intime, un peu sale, exactement ce qu’il cherche. Il écarte les fesses des deux pouces et il y met la bouche. Le trou d’abord, la langue à plat qui appuie, qui tourne, qui le détend ; elle pousse un son grave qu’elle n’attendait pas, un soupir qui finit en juron. C’est sale et c’est précisément ce qu’elle aime — elle se cambre, vient chercher sa langue. Il descend, lèche la chatte trempée en dessous, gluante, qui coule jusqu’à l’intérieur des cuisses, remonte au cul, redescend, fait les deux. Deux doigts entrent dans sa chatte pendant que sa langue travaille son trou. Elle gémit dans le coussin, les mains nouées dans le tissu.

Quand il se relève et qu’il la prend, c’est d’un coup, jusqu’au fond. Elle crie — étouffé dans l’accoudoir. Il la baise en levrette, les mains sur les hanches, la culotte coincée aux genoux qui lui tient les jambes serrées, et c’est meilleur comme ça, plus étroit. À chaque coup, le bruit mouillé des deux corps, le claquement des cuisses contre ses fesses. Il accélère par paliers. Elle se branle en dessous, vite, de plus en plus vite.

Elle jouit la première, le visage écrasé dans le canapé pour étouffer le cri, la chatte qui se resserre par vagues autour de lui. Il tient encore quelques coups, puis se retire et finit sur ses reins, le bas du dos, la culotte blanche restée à ses genoux.


Après, le silence revient par paliers. Elle se redresse, récupère sa culotte, ramasse ses affaires. Elle passe un doigt sur ses reins, regarde ça, sourit.

— Bonne nuit, Samuel.

— Bonne nuit.

Elle disparaît dans le couloir. Lui reste un moment dans le noir de la cuisine. Marielle lui a laissé la place ce soir ; il sait qu’elle ne fait que prendre son tour.