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Charlotte

Samuel Charlotte

Le profil

C’était pendant la pause de midi — le bureau vide, le sandwich à moitié mangé, l’écran en veille. Samuel ouvrit l’application presque par réflexe.

Le profil était là depuis peu.

Trois photos, pas de visage. La première : un décolleté dans la lumière oblique d’une fenêtre — une chemise entrouverte sur trois boutons, la naissance des seins, la peau blanche dans l’ombre du tissu. La deuxième : une jambe, de mi-cuisse jusqu’à la cheville, l’ourlet d’une jupe sombre et juste en dessous la dentelle noire d’un bas — trois centimètres de peau nue entre l’élastique et le tissu. La troisième : les deux mains posées à plat sur du bois clair, les ongles courts et nets, et sur le poignet gauche, en partie masqué par l’ombre, quelque chose de discret qu’il ne sut pas identifier — une ligne fine, un motif.

La description : Mariée. Discrète. Ce que je cherche, je ne le trouve pas ici. Pas de formule. Quelqu’un qui savait ce qu’elle voulait.

Il envoya un message.


Elle répondit le même soir, avec précaution. Les premiers échanges étaient polis, un peu guindés — elle mesurait ses mots, choisissait ses formulations avec le soin de quelqu’un qui n’avait pas l’habitude de ce genre de conversation et qui voulait que ça ne se voie pas trop. Elle travaillait dans la culture, la communication — ça se sentait à la façon dont elle écrivait. Un mari, un enfant, une vie qui s’est resserrée autour de certaines choses et pas d’autres. Elle avait dit ça sans se plaindre, comme un constat sur lequel elle avait déjà passé du temps.

Ce que je cherche, je ne le trouve pas ici. Il avait retenu cette phrase.

Samuel commença à pousser.

Pas agressivement — juste un peu plus loin que ce qu’elle posait chaque fois. Une question plus directe, une image plus précise. Elle répondait, puis revenait en arrière deux messages plus tard, comme quelqu’un qui vérifie que la porte de sortie est encore là. Il le notait sans commentaire et recommençait.

À un moment elle écrivit : j’aurais peut-être pas dû répondre à ta dernière question.

Pourquoi t’as répondu alors.

Un silence. Puis : parce que c’est vrai.


Elle envoya une photo.

Un cran au-dessus des trois du profil : la même jambe mais sans la jupe, en bas et porte-jarretelles sur ce qui ressemblait à un canapé. Rien d’entier dans le cadre — la cuisse, la dentelle, l’attache sur la peau.

T’as l’habitude de faire ça, écrivit-il.

Non, répondit-elle. Puis, après quelques secondes : c’est bien le problème.

Samuel pensa à ce que cette photo lui avait demandé — l’avoir prise, dans quel endroit de son appartement, avec quelle lumière, et l’avoir quand même envoyée. Il demanda : t’as honte.

Elle ne répondit pas tout de suite.

un peu, écrivit-elle enfin.

Continue, écrivit-il.


Sur les semaines qui suivirent il poussa plus loin à chaque fois.

Des questions qu’elle n’avait pas envie de répondre — sur ce qu’elle faisait seule, sur ce qu’elle pensait n’avoir jamais dû vouloir. Elle se dérobait, revenait. Il y avait dans ces retours en arrière quelque chose qui l’intéressait davantage que ses avancées : la gêne, et le fait qu’elle revienne quand même. La gêne ne la faisait pas partir.

Il envoyait aussi des photos. Pas pour se mettre en valeur — pour la déstabiliser, pour voir ce que ça faisait dans ses réponses. Elle mettait plus de temps à répondre après. Puis elle répondait.

Elle envoya d’autres photos de son côté. Chaque fois un peu plus explicite. Chaque fois avec un message avant ou après qui disait qu’elle n’en revenait pas de l’avoir fait. Il ne la rassura pas. Il demanda la suivante.

Un soir il lui demanda : tu mouilles en m’écrivant là.

Un silence.

oui.

Prouve-le.

La photo arriva quelques minutes plus tard — un doigt, un seul, luisant jusqu’à la deuxième phalange. Il la regarda. Il écrivit :

Non. Je veux voir le fond de ta culotte.

Elle ne répondit pas pendant un long moment. Puis la photo arriva.


Un soir elle écrivit : il y a quelque chose que j’aime. que j’ai du mal à dire.

Dis-le.

Un long silence.

l’anal, écrivit-elle. vraiment. pour les sensations. et parce que c’est interdit — sale dans le sens où c’est pas censé être ce qu’une femme comme moi est supposée vouloir. et c’est exactement pour ça.

T’as honte de vouloir ça, écrivit-il.

oui.

Et ça t’excite que t’aies honte.

Un silence plus long.

…oui.

Bien, écrivit-il.


Il lui demanda autre chose.

Elle écrivit : je mouille beaucoup. en période d’ovulation c’est difficile à gérer. ça arrive pendant une réunion, en voiture, sans raison. je suis trempée avant d’avoir fait quoi que ce soit.

Et t’en parles à personne.

évidemment pas.

Il pensa à elle dans son bureau — la vie bien rangée, les vêtements soignés, les réunions — avec la culotte mouillée sous tout ça, sans que personne ne sache. Il le lui dit dans une phrase courte.

Elle répondit : arrête.

Puis : continue.


Il ne savait pas qui elle était. Pas de lieu précis, pas de prénom. La culture, la communication, le Lot. Assez flou pour que ça puisse être n’importe qui.

La soirée de présentation du Festival de Saint-Céré avait lieu dans dix jours.


La soirée

La salle du château était en train de se remplir quand Samuel arriva, un peu avant vingt heures. Lumières tamisées, plateaux de verres, les premières grappes de gens debout qui se reconnaissaient. Il connaissait la moitié de la salle — élus, partenaires institutionnels, attachés culturels, les visages habituels de ces soirées qu’il contribuait à organiser depuis des années.

Il fit le tour. Quelques mains serrées, quelques bises, un directeur de communauté de communes qui voulait lui parler budget. Il l’écouta d’une oreille, répondit ce qu’il fallait, continua à circuler.

C’est en longeant la table du buffet qu’il la croisa.

Charlotte revenait des coulisses, une liste imprimée dans la main, téléphone dans l’autre — elle organisait la soirée, ça se voyait au mouvement, à la façon dont elle avait un œil sur la salle entière en même temps qu’elle lui souriait. Cheveux châtains ondulés sur les épaules, une robe droite en crêpe marine, des talons bas. Elle était grande, la démarche posée, le genre de femme qui ne prend pas plus de place que nécessaire mais qu’on remarque quand même.

— Samuel, bonsoir.

Deux bises. Quand il se redressa, son regard tomba sur son poignet gauche — le geste de ranger le téléphone avait découvert la manchette de la robe, et là, sur l’intérieur du poignet, le tatouage. Petit, discret, une ligne fine et un motif qu’il ne distinguait pas entièrement.

Il le reconnut immédiatement.

Il continua à lui sourire. Il dit quelque chose sur la soirée, sur le programme de la saison. Elle répondit, souriante, professionnelle, déjà légèrement ailleurs — quelqu’un lui faisait signe depuis l’entrée.

— Excuse-moi deux minutes.

Elle repartit vers les coulisses.


Samuel prit un verre sur un plateau qui passait. Il s’arrêta près de la fenêtre.

Il ouvrit Gleeden.

Tu as des tatouages ?

Il envoya. Il attendit, les yeux sur la salle.

La réponse arriva deux minutes plus tard. oui pourquoi

Il ne répondit pas à la question. Depuis le début, c’était lui qui dirigeait.

Fait voir.

Un silence plus long. Elle était dans les coulisses, en train d’organiser quelque chose, et il lui demandait une photo. Il imagina le moment — le téléphone, l’hésitation, le choix.

La photo arriva.

Son poignet gauche, tenu légèrement en avant, la lumière froide des coulisses. Le tatouage : une petite hirondelle en vol, à peine deux centimètres, sur l’intérieur du poignet. Exactement ce qu’il avait vu sur la troisième photo du profil, à moitié dans l’ombre.

Il regarda ça une seconde.

La femme à quinze mètres de lui, qui organisait la soirée du festival, qui lui avait serré la main dans des dizaines de réunions de partenariat depuis trois ans, lui avait envoyé la photo du fond de sa culotte mouillée la semaine dernière.

Il sentit une érection nette se former contre sa braguette.


Charlotte revint dans la salle quelques minutes plus tard, la liste à la main, en direction du directeur artistique. Samuel attendit qu’elle soit face au buffet, de trois-quarts. Il sortit son téléphone, orienta discrètement l’objectif, prit la photo.

Il l’envoya sans commentaire.

Il la vit lire. Elle était en train de dire quelque chose au directeur artistique quand son téléphone vibra. Elle le sortit, regarda l’écran — et une rougeur monta sur ses joues, rapide, qu’elle n’eut pas le temps de contrôler. Elle raccourcit sa phrase, rangea le téléphone dans son sac. Elle balaya la salle du regard — lentement, sans ostentation, comme quelqu’un qui cherche à s’orienter.

Samuel ne bougea pas.

Il prit son temps. Il finit son verre. Il sortit à nouveau le téléphone et envoya une seconde photo — lui cette fois, depuis son épaule jusqu’au bas du visage : la chemise bleue, le col ouvert, le menton. Assez pour qu’elle reconnaisse.

Il la vit chercher encore. Puis son regard s’arrêta.

Il ne détourna pas les yeux.

Elle non plus.

Il écrivit : tu mouilles ?


Elle ne répondit pas.

La présentation commença — le directeur artistique au micro, les lumières légèrement baissées, l’assemblée qui se regroupait face à la scène. Charlotte était sur le côté, debout, la liste toujours dans la main. Elle ne regardait pas son téléphone. Elle regardait la salle avec l’attention de quelqu’un qui vérifie que tout se passe comme prévu.

Samuel attendit.

La réponse arriva quelques minutes plus tard, pendant les applaudissements d’une première annonce. sûrement

Il écrivit : Je veux une vraie réponse.

Elle ne répondit pas tout de suite. Le directeur artistique enchaînait sur la saison de chambre. Samuel regardait Charlotte depuis l’autre côté de la salle — le profil, la nuque, la façon dont elle tenait son téléphone le long de sa cuisse sans le regarder.

oui je mouille évidemment

Prouve-le.


Il la vit partir vers le fond de la salle, puis disparaître dans le couloir qui menait aux toilettes. Il attendit trente secondes. Il s’excusa brièvement auprès de son voisin, longea le mur, prit le même couloir.

Il s’appuya contre le mur en face, dans la pénombre. Il attendit.

La photo arriva pendant qu’il attendait. Il l’agrandit.

De la lingerie — de la dentelle noire, fine et bien coupée, le genre de chose qu’on porte pour soi. L’humidité avait traversé le tissu de l’intérieur vers l’extérieur — le gousset sombre, alourdi, légèrement brillant. Sur la dentelle elle-même, par endroits, une trace pâle et sèche qui avait débordé. Elle se tenait debout dans la cabine, la culotte au niveau des genoux, et elle lui montrait ça.

Il regarda ça plusieurs secondes dans la lumière du couloir.

La porte s’ouvrit.

Charlotte sortit. Elle s’arrêta net en le voyant là.

Il ne bougea pas. Il la regarda — simplement, sans sourire, le téléphone encore dans la main. Elle savait qu’il venait de voir la photo. Elle soutint son regard deux secondes, trois — puis ses yeux glissèrent légèrement sur le côté. Pas assez pour que ce soit une fuite. Juste assez pour dire qu’elle n’était plus tout à fait sur le même terrain qu’en arrivant ce soir.

Elle rentra dans la salle sans rien dire.


Samuel resta dans le couloir une seconde.

Il pensa à ce qu’il avait dans la poche intérieure de son sac, resté sous sa veste à sa place. Il alla le chercher, revint dans le couloir. Il sortit l’objet de sa poche, le tint dans la paume — le plug, noir, petit, lisse. Déjà utilisé dans d’autres circonstances. Il l’orienta dans la lumière du couloir, prit la photo. Le plug dans sa main fermée, le pouce qui en indiquait la taille sans commenter.

Il envoya.

Il rangea le plug dans sa poche de veste et retourna dans la salle.


La présentation reprit. Un second intervenant, puis Charlotte au micro — cinq minutes sur la programmation jeune public, les partenariats scolaires, les dates. Sa voix était posée, le débit régulier, les chiffres exacts. Elle n’avait pas de notes.

À un moment elle leva les yeux vers la salle.

Son regard trouva le sien. Une seconde — pas plus. Elle continua sa phrase sans une variation dans le ton, sans une hésitation. Lui seul savait ce qu’il y avait dans sa culotte en ce moment. Lui seul savait qu’elle avait la photo du plug sur son téléphone éteint dans son sac.

Elle termina son intervention sous les applaudissements. Elle remercia, s’écarta du micro.

Samuel écrivit : tu disais que tu aimais l’anal. Il joignit la photo du plug.

La réponse arriva rapidement. c’est pas possible

Il ne répondit pas.


La présentation marquait une pause — échanges libres, le buffet rouvert. Samuel traversa la salle, naturellement, en s’arrêtant deux fois pour serrer des mains. Il arriva vers Charlotte qui parlait avec le directeur artistique. Il s’intégra dans la conversation — la saison, les partenariats avec les établissements scolaires, une date en novembre qui posait problème.

Il parlait normalement. Sa main droite était dans la poche de sa veste.

À un moment, dans le flot de la conversation, il se décala légèrement vers elle — un demi-pas, rien d’ostensible — et glissa le plug dans sa paume à elle, entre eux, sans geste apparent. Il sentit ses doigts se refermer dessus par réflexe. Il la regarda. Le trouble dans ses yeux était presque de la panique — une seconde, très brève, avant qu’elle le recouvre. La conversation continuait autour d’eux.

Le directeur artistique fut rappelé au micro.

Ils se séparèrent.


Samuel retourna à sa place. Il écrivit :

tu vas aux toilettes. tu te mets le plug. tu enlèves ta culotte et tu me la donnes.

Il la vit lire depuis l’autre côté de la salle. Elle releva les yeux vers lui. Le trouble encore — quelque chose qui hésitait entre l’affolement et autre chose qu’il ne savait pas encore nommer. Elle baissa les yeux sur le téléphone.

Pas de réponse.

Il attendit. La présentation reprit, le directeur artistique concluait. Samuel regardait la salle sans vraiment l’écouter.

Toujours rien.

Il écrivit : Si tu ne le fais pas, il vaut mieux qu’on arrête là.

Il envoya. Il posa le téléphone à l’envers sur sa cuisse.

La présentation se termina sous les applaudissements. Les gens se levèrent, le buffet se remplit, les conversations reprirent de tous les côtés. Samuel parla à quelqu’un sur sa droite — un élu, quelque chose sur le budget de communication. Il répondait correctement. Il ne regardait plus son téléphone. Il avait peut-être été trop loin, trop vite — ça arrivait.

Il était encore au buffet quand il la vit se lever une seconde fois et partir vers le couloir du fond.

Il attendit. Il écrivit : Qu’est-ce qui me prouve que tu as le plug.

La photo arriva quelques minutes plus tard.

Elle s’était penchée en avant dans la cabine, le téléphone tendu derrière elle. Le plug était en place — le métal poli qui brillait entre ses fesses dans la lumière blanche des toilettes, la base ronde bien appuyée. Et dans le cadre, sa chatte — naturelle, le poil court et soigné, les lèvres légèrement entrouvertes, luisantes. Sur l’intérieur d’une lèvre, une trace blanchâtre, épaisse, qui n’était pas là depuis cinq minutes.

Il regarda ça un long moment. Il rangea le téléphone.


Il était au buffet, un verre dans la main, quand elle s’approcha.

Elle parlait de la soirée — le succès de l’annonce, une date de juillet qui avait bien résonné dans la salle. Sa voix était normale. Elle fouillait dans son sac en même temps, comme quelqu’un qui cherche ses clés.

Sa main trouva la sienne, brièvement. Elle lui déposa quelque chose dans la paume.

Il referma les doigts. Le tissu — tiède, la dentelle sous le pouce, le centre clairement humide.

Elle continuait à parler de la programmation.

— Demain soir tu fais quoi, dit-elle dans un souffle, sans le regarder.

Il écrivit : où, quelle h

Elle tapa rapidement, sans lever les yeux de son sac.

chez moi. mon mari est en déplacement, mon fils chez mes parents. je t’envoie l’adresse.


La soirée se termina par degrés — les gens qui partaient par groupes, les lumières légèrement relevées, le personnel qui commençait à débarrasser. Samuel attendit. Quand le couloir fut suffisamment vide il passa par les toilettes.

Il sortit la culotte de sa poche.

Il la déplia. La dentelle noire, le tissu transformé. La trace était plus marquée que sur la photo, plus dense, les bords dorés bien dessinés. Au centre le tissu était encore légèrement collant sous le pouce, une humidité concentrée qui n’avait pas séché. Il l’approcha de son visage. L’odeur montait directement, quelque chose d’animal et de propre en même temps, chaud, le fond d’elle-même après une soirée entière de ça.

Il la replia soigneusement. Il la remit dans sa poche.


Il la croisa dans le couloir d’entrée, les manteaux, les dernières poignées de mains. Elle parlait à quelqu’un. Il attendit qu’elle soit seule une seconde, s’approcha naturellement.

— Bonsoir.

— Bonsoir.

Il lui serra la main — et dans ce geste il lui déposa la culotte dans la paume, plié serré, discrètement. Il la sentit se figer une fraction de seconde. Puis ses doigts se refermèrent.

Il sortit avec les autres.


Dans sa voiture il écrivit :

cette nuit et demain, tu portes la même culotte. tu dors dedans. demain matin tu fais ton sport dedans. tu te masturbes dedans. je veux que tu mouilles dedans, que le tissu soit imprégné, que tu aies honte de me la montrer demain soir. c’est moi qui te l’enlèverai.

Il envoya. Il démarra.


Le lendemain

Ils travaillaient à cinq minutes l’un de l’autre. Samuel le sut en recevant l’adresse — une rue qu’il connaissait, à deux pas du Théâtre de l’Usine. Il n’en dit rien.

La journée passa comme les journées passent. Des réunions, des mails, un déjeuner rapide. Il lui envoya peu de messages — juste assez pour maintenir la tension sans la relâcher. Ce soir il allait la dominer. Il le sentait depuis la soirée, depuis la façon dont elle avait regardé ailleurs quand il la fixait dans le couloir des toilettes, depuis le tremblement dans ses doigts quand elle lui avait rendu la culotte. C’était ça qui l’allumait plus que tout — pas le sexe encore, l’état dans lequel il l’avait mise.

À midi il écrivit : tu portes bien la culotte ?

La réponse arriva dans la minute, comme si elle attendait. oui

preuve.

Le silence dura quelques minutes. Puis la photo arriva.

Elle était dans une cabine de toilettes — debout, de face, la culotte tirée jusqu’aux genoux. La dentelle noire de la veille, mais le tissu transformé : l’humidité avait traversé de l’intérieur vers l’extérieur, le gousset sombre et alourdi, les bords portant la marque d’une nuit et d’un matin entiers. Elle avait dormi dedans, couru dedans, s’était touchée dedans. Ça se voyait.

Il regarda la photo un long moment. Il répondit : ce soir.


La nuit

Il sonna à dix-neuf heures passées de deux minutes, une bouteille de blanc dans la main, directement du bureau — la veste encore sur lui, le badge retiré dans l’ascenseur. Il entra vite, la tête légèrement rentrée, comme quelqu’un qui ne tient pas à être reconnu dans la cage d’escalier.

Charlotte ouvrit. Deux bises — la même distance professionnelle qu’habituellement, le même calme en apparence. Mais ils savaient. Elle savait.

Elle portait une jupe droite en lainage sombre, courte mais sage, qui s’arrêtait au-dessus du genou. Un chemisier fluide en soie ivoire, col légèrement ouvert. Pas de soutien-gorge — les petits seins libres sous le tissu, les mamelons légèrement marqués à contre-jour. Pour elle c’était une audace. Ça se voyait à la façon dont elle croisait brièvement les bras en reculant pour le laisser entrer.

Elle sortit deux verres, il ouvrit la bouteille. Ils trinquèrent debout dans la cuisine ouverte — la présentation d’hier soir, un commentaire sur le programme de juillet, une date qui avait bien été reçue. Des banalités qui prenaient toute la place.

Samuel posa son verre.

— Ça t’a plu ?

Elle leva les yeux vers lui avec le sourire de quelqu’un qui répond à une question sur la soirée.

— Oui, vraiment. Je pense que l’annonce des résidences a bien fonctionné, et—

— Non, dit-il.

Il la regarda.

— Pas la soirée.


Il ne s’approcha pas.

Il alla s’asseoir dans le canapé du salon, posa son verre sur la table basse, s’installa. Il la regarda depuis là.

— Reste là.

Charlotte resta dans l’encadrement de la cuisine, les mains légèrement serrées sur son verre. Elle n’avait pas encore compris l’amplitude de ce qui commençait.

Il parla.

Il lui dit ce qu’il avait su avant de la voir hier soir — les semaines d’échanges, les photos, ce qu’elle lui avait écrit sur l’anal, sur le fait de mouiller, sur la honte. Il lui répéta ses propres mots, calmement, dans cet appartement qui était le sien, avec ses livres et ses cadres et la vie bien rangée autour d’elle. Il lui dit qu’il avait gardé certaines photos. Il ne précisa pas lesquelles.

Puis il lui dit ce qu’il avait trouvé dans la culotte aux toilettes, hier soir, avant de partir. Ce qu’il avait vu. Ce qu’il avait senti. Il ne chercha pas à atténuer. Il décrivit le tissu, la densité de la trace, l’odeur. Il la regarda pendant qu’il disait ça — debout dans son chemisier sans soutien-gorge, dans sa jupe sage, avec la même culotte encore sur elle depuis hier soir.

Elle ne dit rien. Une rougeur était montée sur sa gorge et ses joues, lente, qu’elle ne pouvait pas contrôler. Elle tenait son verre des deux mains.

Il laissa le silence s’installer.

Puis il dit :

— Maintenant tu vas me dire ce que t’as fait hier soir en rentrant.

Elle leva les yeux vers lui.

— Je veux que tu le dises. À voix haute. Ici.

Un long moment.

— Je me suis déshabillée.

— Et le plug.

— Il était encore… je l’avais encore.

— Tu l’as enlevé en rentrant.

— Non, dit-elle très bas.

— T’as fait quoi alors.

— Je me suis touchée. Avec. Dedans le tissu, comme tu avais dit.

— Une urgence.

Elle ne répondit pas. C’était une réponse.

— T’avais honte.

— Oui.

— De quoi exactement.

Elle chercha ses mots. Il attendit, sans l’aider.

— De me sentir… comme ça. De pas pouvoir attendre. D’être rentrée et d’avoir besoin de ça tout de suite. Comme quelqu’un de…

Elle n’acheva pas.

— Dis le mot.

— Sale, dit-elle.

Il hocha la tête lentement, comme quelqu’un qui prend note.

— Et hier soir pendant la présentation. T’avais l’impression que les gens voyaient quelque chose.

— Oui.

— Quoi.

— Je sais pas. Que j’étais pas… normale. Que ça se lisait sur moi. Que quelqu’un allait comprendre.

— Le plug.

Elle ferma brièvement les yeux.

— J’avais peur de le perdre. Pas de culotte en dessous, je savais pas si… j’arrivais pas à me concentrer sur la présentation. J’avais peur de bouger trop vite, de me lever trop vite.

— Mais tu l’as gardé toute la soirée.

— Oui.

— Parce que je te l’avais demandé.

Un silence.

— Oui.

Il se leva, alla chercher la bouteille dans la cuisine, remplit les deux verres sans se presser. Il lui en tendit un. Elle le prit. Ses mains n’étaient pas tout à fait stables.

— Aujourd’hui, dit-il.

— Quoi aujourd’hui.

— Raconte.

Elle regarda son verre.

— Toute la journée j’avais… le tissu. Ça frottait. À chaque mouvement je sentais que j’étais mouillée, que ça collait. Chaque fois que j’allais aux toilettes je me rendais compte de l’état dans lequel j’étais. J’essayais de travailler normalement, de parler à des gens normalement.

— T’y arrivais.

— Je sais pas. J’espère.

— T’étais excitée toute la journée.

Ce n’était pas une question. Elle répondit quand même.

— Oui.

— Sur le fil.

— Oui.

— Poisseuse.

Elle rougit davantage.

— Oui.

Il posa son verre. Il la regarda une longue seconde.

— Comment tu te sens là. Maintenant, dans cette pièce.

Elle réfléchit — vraiment, comme si la question méritait une réponse honnête.

— Gênée. Et… je sais pas. Sur le bord de quelque chose.

— De quoi.

— Je sais pas comment appeler ça.

— Si, dit-il. Tu sais.

Un silence.

— Excitée, dit-elle. Et j’ai honte d’être excitée.

— Bien. Maintenant tu vas me dire ce que tu veux ce soir. Ce que tu veux que je te fasse.

Elle le regarda.

— À voix haute. Avec les mots.

Il y eut un long moment où elle ne dit rien — où il vit dans ses yeux la résistance et la chose en dessous de la résistance, plus forte.

— Je veux… que tu me touches.

— Plus précis.

— Que tu me doigtes.

— Et.

Elle déglutit.

— Que tu me sodomises.

— Pourquoi.

— Parce que j’aime ça. Parce que c’est interdit. Parce que j’ai honte de le vouloir et que ça—

Elle s’arrêta.

— Continue.

— Que ça m’excite encore plus d’avoir honte, dit-elle.

Samuel s’approcha d’elle.

— Plus précis. Comment tu veux être touchée.

— Les doigts. Longtemps.

— Où.

— Sur le clitoris. Dedans.

— Et pour la sodomie.

Elle hésita.

— Peu importe la position. Je veux juste être touchée.

Il hocha la tête. Il posa son verre sur la table basse. Il défit sa ceinture, son bouton, la fermeture. Il sortit sa queue et commença à se caresser — lentement, naturellement, comme si c’était la suite logique de la conversation.

Charlotte ne bougea pas.

Il la regardait en se caressant, sans changer d’expression, sans accélérer. Elle tenait son verre des deux mains. Elle comprenait qu’elle devait rester debout — il ne l’avait pas dit mais c’était évident, comme beaucoup de choses ce soir étaient évidentes sans être dites.

— Enlève ta jupe.

Elle posa son verre, défit le bouton dans le dos, fit descendre la fermeture éclair. La jupe tomba à ses chevilles. Elle ne la ramassa pas.

La culotte était là — la même dentelle noire, mais le tissu transformé. L’humidité avait traversé de l’intérieur vers l’extérieur après vingt-quatre heures — le gousset sombre, alourdi, légèrement brillant sous la lumière du salon. Sur la dentelle elle-même, par endroits, une trace pâle et sèche qui avait débordé pendant la nuit. Elle se tenait droite dans son chemisier fluide et ses talons, le tissu sombre et alourdi entre les cuisses, et elle le regardait se caresser en face d’elle.

— T’as envie de quoi là, dit-il.

— Te sucer, dit-elle.

Il continua à la regarder sans changer de rythme.

— Tu vas me sucer. Mais pas tout de suite.

Il se leva.

Il s’approcha d’elle et posa la main sur elle, par-dessus la culotte. Pas une caresse — une prise de possession, une évaluation. La paume à plat d’abord, qui sentait la chaleur à travers le tissu, puis les doigts qui appuyèrent légèrement, qui tâtèrent le contour des lèvres à travers le coton alourdi, qui mesurèrent.

Charlotte laissa échapper un son bref, involontaire, qu’elle n’avait pas eu le temps de retenir.

Il retira la main.

— À quatre pattes sur le canapé.


Elle alla vers le canapé, s’y mit à quatre pattes. Le chemisier retombait le long de ses flancs, les petits seins libres sous le tissu. La culotte encore en place.

Il resta debout derrière elle.

— Exhibe-toi.

Elle s’immobilisa une seconde. Puis elle creusa les reins, écarta légèrement les genoux.

— Mieux que ça. Montre-moi ce que tu es ce soir.

Elle creusa davantage, les hanches remontées, la tête baissée.

— Dis-le.

— Quoi.

— Comment tu t’appartiens pas ce soir.

Un silence.

— Dis-le, Charlotte.

— Je suis… ta salope.

— Encore.

— Ta chienne. Je t’appartiens.

— T’en es sûre.

— Oui.

— Dis-le comme si t’en étais sûre.

Elle prit une inspiration.

— Je suis ta chienne. Je t’appartiens ce soir. Fais ce que tu veux.

Il posa les deux mains sur ses hanches. Il les garda là, immobiles — juste le poids des mains, la prise. Elle ne bougea pas. Elle attendit.

— Bien, dit-il.


Il recula d’un pas. Il la regarda — à quatre pattes dans le chemisier ouvert, les hanches hautes, la culotte sombre entre les cuisses. Il referma la main sur sa queue et se caressa lentement, sans urgence, comme quelqu’un qui a tout son temps.

— Vas-y. Demande.

Charlotte avait la tête baissée. Elle la releva légèrement.

— Quoi.

— Ce que tu veux. Dis-le.

— Tu sais ce que je veux.

— Je veux t’entendre.

Un silence. Il continua à se caresser en la regardant — la nuque, le dos, ce que la culotte montrait de son état.

— Touche-moi, dit-elle.

— Où.

— Partout. Les doigts. Je veux tes doigts.

— Et.

Elle baissa la tête de nouveau.

— Et derrière. Je veux que tu me prennes derrière.

— C’est tout.

— S’il te plaît.

Il ne bougea pas encore. Il se caressa encore quelques secondes en la regardant dans cette position, en silence.

— S’il te plaît, répéta-t-elle.


Il fit le tour du canapé.

Elle était à quatre pattes, la tête relevée, les cheveux châtains légèrement défaits. Il s’arrêta face à elle. Il la regarda — le visage rouge, les lèvres entrouvertes, quelque chose dans les yeux qu’elle n’essayait plus vraiment de cacher. Le désir avait traversé tout le reste, le vernis, la tenue, la façon dont elle se tenait d’habitude dans une pièce.

Il prit son menton entre le pouce et l’index.

Pas doucement — comme on tient quelque chose qu’on a décidé de tenir. Il leva son visage vers le sien, l’examina une seconde.

Puis il l’embrassa.

Lentement au début — presque calme, presque ordinaire. Sa bouche sur la sienne, sans brusquerie.

Ce fut elle qui bascula.

Ses mains trouvèrent sa veste, ses revers, ses poings qui se fermaient sur le tissu. Sa bouche qui s’ouvrit, qui chercha, qui prit. Un son sourd dans sa gorge qu’elle ne contrôla pas. Elle avait retenu ça toute la soirée, toute la journée, depuis hier soir — et ça sortait là, dans ce baiser, avant même qu’il ait posé la main sur elle.

Il la laissait faire. Il tenait encore son menton.

Quand il recula d’un centimètre elle suivit, les yeux fermés.

Il attendit qu’elle les rouvre.

— Voilà, dit-il.


Il se redressa, s’approcha d’elle d’un pas.

Elle était encore à quatre pattes, les yeux à hauteur de sa queue. Elle le regarda une seconde — puis elle prit la base dans la main, l’orienta, et posa la langue à la pointe. Lentement. Un premier contact, presque prudent, comme quelqu’un qui évalue ce qu’il a devant lui.

Elle fit le tour du gland. La langue à plat dessous, la pointe qui cherchait le frein. Elle prenait la mesure — le poids dans la main, la façon dont il durcissait encore sous sa langue, la chaleur.

Puis quelque chose changea.

Elle le prit dans la bouche — pas à moitié, d’un coup, jusqu’à sentir le fond. Un son sourd monta dans sa gorge, mi-surprise mi-autre chose. Elle ressortit, la salive qui filait, et recommença. Les joues creuses, la langue active dessous, un rythme qu’elle imposa elle-même et qui n’avait plus rien de prudent. Elle suçait avec une application gourmande, les deux mains sur ses cuisses à lui pour garder l’équilibre, la tête qui allait et venait régulièrement. Les sons devenaient plus francs, plus humides, plus audibles dans le silence de l’appartement — elle ne cherchait pas à les couvrir.

Il la laissait faire. Une main dans ses cheveux châtains — pas pour diriger, pour sentir le mouvement.

Elle s’enfonça plus loin, força un peu, laissa sortir un bruit de gorge qu’elle n’avait pas prévu. Elle s’arrêta une seconde, la tête baissée, le souffle court. Un fil de salive entre ses lèvres et lui.

Elle recommença.

Il leva les yeux.

Dans le miroir de l’entrée, en face, il voyait son dos, la courbe des reins, la culotte tendue entre les cuisses. Et sa main — elle avait glissé la main derrière elle, entre ses jambes, et elle se touchait par-dessus le tissu. Les doigts qui frottaient vite, frénétiquement, le coton sombre qui s’écrasait sous la pression.

Il regardait ça dans le miroir pendant qu’elle le suçait. Les deux images ensemble — sa bouche sur lui, sa main sur elle, le rythme des deux qui s’accélérait en même temps.

Il resserra légèrement la main dans ses cheveux — pas pour ralentir. Juste pour qu’elle sache qu’il voyait.

Elle gémit.

Pas malgré elle — parce qu’elle ne pouvait plus faire autrement. Le son monta du ventre, sourd, continu, et il passa à travers sa bouche pleine. La vibration se propagea sur toute la longueur. Sa main entre les cuisses s’agitait plus vite encore.


Il se déshabilla. Elle attendit à quatre pattes sur le canapé, les yeux sur lui.

Quand il s’approcha elle le reprit sans qu’il dise rien.

Mais c’était différent de tout à l’heure. Plus de mesure, plus d’évaluation — elle le prit profond d’emblée, les deux mains sur ses cuisses à lui, la tête qui allait vite, les sons mouillés et francs dans le silence du salon. Elle avait l’air affamée. Quelque chose s’était défait en elle depuis le baiser, depuis les doigts frénétiques sur la culotte, et ce qui restait n’avait plus grand-chose à voir avec la femme qui organisait des soirées de festival.

Elle ne se reconnaissait plus. Il le voyait dans la façon dont elle suçait — sans retenue, presque sans conscience de ce qu’elle montrait. Elle se sentait sale et elle aimait se sentir sale et la honte de ça l’enfonçait plus loin encore.

À un moment elle leva les yeux vers lui. Elle continua à le sucer en le regardant — et dans ce regard il y avait quelque chose de précis, une demande qu’elle n’avait pas encore formulée.

Il comprit.

Elle voulait qu’il jouisse dans sa bouche. Il le voyait dans la façon dont elle l’aspirait, dont elle maintenait le rythme sans fléchir, dont elle ne cherchait pas à s’écarter. Elle n’avait jamais fait ça — il ne savait pas comment il le savait, mais il le savait. Elle trouvait ça avilissant, répugnant même, et c’était exactement pour ça qu’elle le voulait ce soir, dans cet appartement, avec lui — quelqu’un qui ne la connaissait que comme ça.

Il lui laissa le choix. Il ne bougea pas, ne prit pas le contrôle.

C’est elle qui décida du rythme. C’est elle qui alla jusqu’au bout.

Il sentit la pression monter, les cuisses qui se contractaient malgré lui. Sa main se ferma dans ses cheveux.

— Charlotte.

Elle ne s’écarta pas. Elle l’entendit, elle comprit, et elle resta — les lèvres serrées autour de lui, les yeux levés vers lui.

Il jouit dans sa bouche.

Les premières contractions lui arrachèrent un son bas, involontaire. Elle encaissa sans reculer d’un millimètre, la gorge qui se contracta une fois, deux fois. Il sentait le chaud de sa bouche autour de lui pendant que ça continuait, les vagues longues, profondes.

Quand ce fut fini elle resta là encore quelques secondes. Elle s’écarta lentement, les lèvres closes.

Elle le regarda.

Elle ouvrit la bouche — brièvement, juste assez pour qu’il voie, pour qu’il n’y ait pas de doute. Puis elle avala. Lentement, délibérément, les yeux sur lui pendant tout ce temps.

Sa façon de lui montrer.

Il y avait dans son regard la honte encore — mais autre chose aussi, quelque chose de plus fort que la honte. La satisfaction d’avoir été exactement ce qu’elle s’était interdit d’être.


Il s’assit un moment, les yeux fermés. Elle était encore à quatre pattes sur le canapé, et elle attendait.

Il se sentait vidé — le corps lent, la tête légère. Mais elle, non. Il l’entendait dans sa respiration, il la voyait dans la façon dont ses hanches cherchaient vaguement quelque chose, dans la culotte sombre tendue entre ses cuisses. Elle avait faim. Davantage qu’avant.

Il approcha le fauteuil derrière le canapé, s’y installa — bien en face, à hauteur. Comme quelqu’un qui s’attable.

Il posa les deux paumes à plat sur ses fesses.

Pas comme une caresse. Comme une prise de possession tranquille — les deux mains qui couvraient, qui pesaient, qui disaient tu es là et tu es à moi. Il la sentit se tendre légèrement sous ses paumes. Il laissa le poids de ses mains un long moment, immobiles.

Puis il commença à la caresser.

Les fesses d’abord — lentement, en remontant le long du bombé, en descendant dans le creux. Le bas du dos ensuite, les pouces qui traçaient les deux fossettes au-dessus des reins. Il prit son temps. Sa main gauche remonta le long de son flanc, sous le chemisier, et trouva le sein — elle n’avait rien en dessous, la peau directement sous ses doigts. Il le prit dans la paume, le soupesa, fit tourner le pouce sur le mamelon.

Doux d’abord.

Puis il pinça. Pas fort — juste assez pour que la douleur soit là, juste assez pour que ça se distingue d’une caresse. Elle laissa échapper un son bref, entre surprise et autre chose.

Il pinça encore. Un peu plus.

À ce stade tout l’excitait — le son qu’elle faisait, la façon dont son dos se creusait malgré elle, la chaleur de sa peau sous ses mains.


Il se pencha en avant.

Son visage était à quelques centimètres de la culotte — la dentelle sombre, le tissu alourdi, et l’odeur qui montait directement, sans intermédiaire. Concentrée, chaude, animale. Vingt-quatre heures de désir accumulé dans un tissu fin. Il la respira lentement, les yeux ouverts.

Charlotte gémit. Pas pour lui — parce qu’elle n’en pouvait plus. Parce que le fait qu’il soit là, immobile, à regarder et à respirer sans encore toucher, était pire que tout ce qui avait précédé.

Il ne bougea pas tout de suite.

Il regarda. Il prit le temps de graver ça — la culotte tendue, la trace visible sur le gousset, la façon dont les lèvres se devinaient dessous, légèrement gonflées, le contour net dans le tissu humide.

Il posa les mains sur ses hanches.

Et il commença à faire descendre la culotte.


La culotte descendit le long des cuisses, des genoux, des chevilles. Il la prit dans la main.

Il ne se pressa pas.

Il la tint à la lumière — la dentelle noire, le tissu de la doublure retourné vers lui. La trace était là, dense, les bords bien marqués, le coton du centre encore légèrement collant sous le pouce. Il passa le pouce lentement sur le tissu le plus imprégné — l’humidité concentrée, presque visqueuse. Vingt-quatre heures. Il approcha le tissu de son visage et respira. Long, lent. L’odeur montait directement, chaude, animale, le fond d’elle-même après tout ça.

Charlotte le regardait depuis sa position — à quatre pattes, la tête légèrement tournée vers lui, les cheveux défaits. Elle le regardait tenir sa culotte et la sentir et elle ne pouvait rien faire d’autre que regarder. La rougeur était remontée sur ses joues.

Il posa la culotte soigneusement sur l’accoudoir. Pour plus tard.


Il posa les deux mains à plat sur ses fesses, les écarta légèrement. Il regarda une seconde — les lèvres gonflées entre ses cuisses, luisantes, entrouvertes, un fil d’humidité qui courait le long de l’intérieur de la cuisse droite. Il glissa deux doigts entre les lèvres sans préambule.

Elle était trempée. Les doigts disparurent sans résistance, l’intérieur chaud et serré qui se contracta aussitôt, et quand il les ressortit à moitié le bruit était là — franc, mouillé, sonore dans le silence de l’appartement.

Charlotte enfouit la tête dans les coussins.

Il commença à un rythme régulier — les doigts qui allaient et revenaient, profondément, le pouce qui cherchait le clitoris par-derrière dans cette position et le trouvait gonflé, sorti. Elle mouillait davantage à chaque aller-retour, l’humidité qui coulait sur sa main, qui descendait le long de ses doigts jusqu’à la paume. Il ajouta un troisième doigt. Elle s’ouvrit sans résistance.

— Samuel—

— Reste là.

Elle resta. Les bras tendus dans les coussins, les hanches qui cherchaient le rythme de sa main malgré elle. Les sons dans l’appartement devenaient plus francs — les siens, ceux de sa main en elle, les deux mêlés.

Il sentit les premières contractions commencer — les parois qui se resserraient par vagues autour de ses doigts. Il maintint le rythme exactement, sans accélérer, sans s’arrêter.

Elle jouit en silence presque — un son long, étouffé dans les coussins, les cuisses qui serrèrent sur sa main, les contractions profondes et régulières qui durèrent. Il garda les doigts immobiles en elle pendant tout ce temps, sentant chaque vague.

Quand tout se relâcha il retira la main lentement.

Il la regarda — à plat sur le canapé maintenant, les bras mous, le dos qui se soulevait encore dans la descente.

Il n’avait pas encore fini.


Il la fit se retourner.

Elle roula sur le dos, les jambes encore instables, les yeux mi-clos. Il s’installa entre ses cuisses, les écarta d’une pression des deux mains sur l’intérieur des genoux.

Il s’approcha.

L’odeur était différente maintenant — plus concentrée, plus dense qu’avant l’orgasme. Les lèvres étaient gonflées, bien ouvertes, la peau rose vif et luisante, un fil épais qui courait de la fente jusqu’à l’intérieur de la cuisse. Il posa la langue à plat, large et lente, de bas en haut — pour goûter, pas encore pour exciter. Le goût était chaud, épais, animal. Il recommença une fois, deux fois, raclant le long des lèvres, ramenant sur la langue ce qu’elle laissait.

Charlotte posa la main sur sa tête sans appuyer. Juste là.

Il travailla le clitoris — gonflé, hypersensible après l’orgasme, qui la faisait tressauter au moindre contact. Il allégea la pression, fit des cercles larges, laissa le temps à la sensibilité de redescendre légèrement avant de revenir.


Sa main droite chercha le bord du canapé.

Le plug était là — celui d’hier, qu’elle avait gardé. Il le prit, l’orienta. Il le posa contre son entrée pendant que sa langue continuait sur le clitoris — une pression légère, constante, pas encore une poussée.

Elle retint son souffle.

Il le fit entrer lentement, en maintenant le rythme de sa bouche exactement. Elle s’ouvrit progressivement, la résistance initiale puis l’élargissement, et il sentit sous sa main le moment où le plug trouva sa place. Elle expira d’un coup.

Il ne s’arrêta pas.

La langue sur elle, le plug en place — les deux ensemble, le rythme de sa bouche qui reprenait, plus appuyé maintenant. Elle était gluante sous sa langue, visqueuse, les lèvres qui débordaient à chaque passage. Sa main libre maintint les hanches quand elles commencèrent à chercher le contact.

Il la laissa monter un moment. Puis il s’arrêta.


Il recula. Il sortit le plug — lentement, entièrement. Il le posa sur l’accoudoir.

De sa poche de veste il sortit l’autre.

Plus grand. Il le lui montra une seconde, tenu dans la paume — pas pour demander la permission, pour qu’elle voie.

Elle le regarda. Elle ne dit rien.

Il le fit entrer lentement.

Pas un geste brusque — une progression constante, millimètre par millimètre, en regardant. Elle était encore dilatée du premier, encore luisante de ce qu’il avait fait avec sa bouche, et ça aidait. Mais le volume était là — il sentait la résistance, la façon dont son corps s’étirait à mesure, et il maintenait la pression, régulière, sans forcer.

Charlotte avait les mains à plat de chaque côté du canapé, les doigts dans le tissu.

— Respire.

Elle expira. Son corps céda un peu. Il continua.

Le plug s’encastra — le moment précis où la partie la plus large passa, et où l’anneau se referma autour du col. Elle laissa échapper un son bas, long, qui n’était ni douleur ni plaisir mais les deux mêlés dans quelque chose qu’elle n’aurait pas su nommer.

Il ne bougea pas pendant quelques secondes. Il la laissa là.


Elle était étendue sur le dos, les cuisses légèrement écartées, le chemisier ouvert. Les petits seins libres. Le plug en place, son corps refermé autour, la présence continue dans le fond d’elle-même.

Il se leva. Il alla dans la cuisine, prit un verre d’eau, le posa sur le plan de travail sans le boire. Il resta là une trentaine de secondes à regarder par la fenêtre — les façades grises de Saint-Céré, une lumière dans un appartement en face.

Quand il revint dans le salon elle ne s’était pas déplacée.

Il s’assit au bord du canapé, à côté d’elle. Il posa la main à plat sur son ventre — simplement. Elle ouvrit les yeux.

— Tu le sens.

Pas une question.

— Oui.

— Comment.

Elle réfléchit. Pas par pudeur — par recherche du mot juste.

— Comme quelque chose qui est là. Qu’on ne peut pas oublier.

Il hocha la tête. Il laissa sa main là, sans appuyer.

Le silence dura. Elle regardait le plafond. À un moment elle bougea légèrement les hanches — pas vers lui, pas pour chercher quelque chose, juste un ajustement involontaire, comme si le corps cherchait à se faire une idée de ce qu’il contenait. Elle s’arrêta aussitôt.

— Ne bouge pas.

— Je ne bougeais pas vraiment.

— Je sais.

Sa voix était calme, nette — cette façon de se tenir à l’extérieur de ce qu’elle vivait, de se regarder le vivre, même dans cet état. C’était ça qui lui plaisait chez elle.

Il retira sa main.

— À quatre pattes.


Elle prit le temps de se redresser — les bras encore mous, les cheveux défaits dans le dos. Elle se mit à quatre pattes sur le canapé, les genoux dans les coussins, les paumes à plat. Le chemisier retombait le long des flancs.

Il se plaça derrière elle.

Il sortit le plug — lentement, entièrement, dans le même mouvement qu’il l’avait fait entrer, et elle s’ouvrit derrière lui avec un bruit discret. Il le posa sur l’accoudoir.

Il la regarda.

Tout était là — les lèvres gonflées et luisantes, l’entrée arrière légèrement béante encore, dilatée, offerte sans qu’elle ait eu à décider. Un fil épais coulait le long de l’intérieur de sa cuisse gauche.

Il s’approcha. Les deux mains sur ses hanches, les pouces qui écartèrent légèrement, pour regarder. Elle ne bougea pas.

Il s’orienta contre elle — pas la fente avant, l’autre — et commença à entrer.


Elle était serrée, malgré le plug. Plus que tout ce qui avait précédé. Il y alla par pressions successives, sentant la résistance progresser puis céder par paliers, centimètre par centimètre. À un moment elle dit son prénom — pas pour qu’il s’arrête, juste comme ça, comme quelqu’un qui reprend pied dans quelque chose.

Il continua.

Quand il fut entièrement en elle il s’arrêta. Il resta immobile. Il sentait la chaleur de l’intérieur, le serrage — les parois qui l’enserraient de tous les côtés, différemment, plus étroit, plus concentré. Il posa les deux mains à plat sur ses reins.

Elle avait la tête baissée entre ses bras.

— Ça va.

— Oui.

Il commença à bouger. Lent d’abord — presque rien, de petits allers-retours qui maintenaient la pression sans aller chercher la profondeur. Elle ne s’échappa pas. Elle resta dans la position, les bras tendus, le dos légèrement creusé. Les sons dans l’appartement changeaient de nature — plus feutrés, plus intimes.

Il sentit qu’elle cherchait quelque chose avec ses hanches — un angle, un rythme. Il amplifia le mouvement. Elle trouva.


Il accéléra.

Il avait une main dans ses cheveux — pas pour tirer, pour tenir, pour qu’elle sente qu’il était là et qu’il restait là. Elle gémissait à chaque aller — des sons involontaires, brefs, qu’elle ne cherchait pas à retenir. Sa main droite chercha la fente devant, les doigts qui trouvèrent le clitoris gonflé dans l’humidité, et il travailla les deux ensemble, le mouvement des hanches et les doigts, sans les dissocier.

Elle dit :

— Je vais—

— Je sais.

Les contractions arrivèrent brutalement — un orgasme différent, plus profond, qui partait du fond et irradiait, et il sentit le resserrement de partout en même temps autour de lui. Il maintint le rythme exactement le temps que ça dure — les vagues longues, serrées, qui se suivaient.

Il jouit dans sa foulée.

Les deux en même temps — ou presque, quelques secondes à peine. Il s’enfonça entièrement et se retint là, la main dans ses cheveux, les yeux fermés.


Après.

Il s’écarta lentement. Il s’assit sur le bord du canapé, les avant-bras sur les genoux. Elle resta à plat, le chemisier encore ouvert, les cheveux étalés. Une longue minute de silence — leurs respirations seulement, qui descendaient par paliers.

Il regarda la culotte noire sur l’accoudoir. Le tissu alourdi, refroidi maintenant.

Charlotte se redressa. Elle s’assit en tailleur sur le canapé, le chemisier qu’elle resserra sur elle sans le reboutonner. Elle avait la rougeur encore sur le cou, les joues, cette rougeur qu’elle ne pouvait pas contrôler et qui la trahissait mieux que n’importe quel mot.

Elle le regarda.

— Tu prends la bouteille en partant.

Il sourit légèrement. Pas de commentaire.

Il prit la bouteille.

Il reprit sa position, posa sa bouche sur elle de nouveau, et commença à introduire le second plug pendant que sa langue reprenait exactement là où elle s’était arrêtée.